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Etre une femme libérée …

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Etre une femme libérée …

Et voilà, je termine la lecture de mon magazine, et plus que jamais, je suis prête à dévorer la vie à pleines dents. Plus aucun doute, en 2011 je serai libre comme l’air, sans entraves, délivrée de mes chaînes. Et par la même occasion, je serai plus belle, plus épanouie, plus femme, en pleine osmose avec moi-même, mes aspirations profondes, ma personnalité, mon karma…

par Emma

Je saurai dire non, prouver que j’existe, affirmer qui je suis. 2011 me voilà, rien ne sera plus jamais comme avant !

… Bon euh … ok, mais … je fais quoi, maintenant ?

C’est quoi, mes aspirations profondes ? C’est qui, la femme forcément supérieure qui sommeille au fond de moi ? Et puis, suis-je vraiment sûre d’avoir le choix, moi qui suis née de l’autre côté de la Méditerranée ? Bon d’abord physiquement, je dois être longue et fine ; c’est non négociable, un véritable « must ». Socialement, je dois me constituer un carnet d’adresse, à faire pâlir d’envie la Reine d’Angleterre, et compter quelques centaines de fans et d’amis sur Facebook. Côté boulot, je dois m’éclater dans une activité que j’adore, et occuper des postes de pouvoir en tailleur Chanel, pour damer une bonne fois pour toutes le pion aux hommes et à leurs fantasmes de toute puissance. Tout ça sans oublier de m’occuper avec passion des enfants, de la maison, de la popote… Car même dans nos sociétés « émancipées », la célibataire sans progéniture n’a pas franchement la cote… et rares sont les papas qui attendent devant les écoles la sortie de leurs enfants…

Bref, en gros, je peux naviguer entre la business woman aux dents longues, la bourgeoise bohème, la hippie chic,ou la décontractée en jeans-baskets. Et dans tous les cas, je ne manquerai pas d’être émancipée mais pas trop, consciente de mes droits et de mes devoirs. En un mot comme en cent : n’être ni pute, ni soumise. Un beau slogan qui résume tout. Maintenant qu’en serait-il si j’étais née un peu plus au sud, en Tunisie par exemple, submergée par des images de femmes aux antipodes les unes des autres ?

Vous ne voyez pas ce que je veux dire ?

Alors, allumez vite votre télé munie de sa miraculeuse Dream Box, et zappez gaiement, au hasard, sans discrimination. D’un côté, vous tombez sur les chaînes occidentales, véhiculant les images de femmes décrites plus haut ; jusque-là, on peut s’y retrouver.
Mais passez ensuite sur certaines chaînes du Golfe : là, en l’espace d’un centième de seconde, c’est le grand écart : Plus question de montrer le bout d’un cheveu, voire même pour certaines, le bout de leur nez…
Vous courez alors vers les chaînes libanaises, pour tomber en arrêt devant des sortes de poupées Barbie vaguement orientales, aux jambes interminables et aux décolletés vertigineux.
Et là, alors que vous ne savez plus à quel « sein » vous vouer, commence un clip improbable; un homme, transi d’amour pour sa dulcinée, elle-même jeune, belle, et folle de lui, et tous les deux courant au ralenti, le vent dans les cheveux avec en arrière plan le plus kitsch des paysages de roman-photo…
Bon, entre nous, franchement, s’imaginer en 2011 que l’amour puisse ressembler à ça, je vous le dis tout net, ça s’appelle croire au père Noël …
Etrange quand même, dans ces contrées… Bref, comme toutes les femmes du monde, les Tunisiennes, pour trouver leur équilibre et leur place dans la société (se marier notamment), doivent concilier l’image qu’elles se font d’elles-mêmes et l’image attendue par les autres.
Mais que choisir ? Etre filiforme, sexy et bronzée toute l’année façon Eva Longoria, ou bien oie blanche et potelée pour satisfaire certaines belles-mères rescapées de l’ancien temps ? Etre timide et sage, baisser les yeux devant ces messieurs, ou se la jouer délurée, croquant les hommes en veux-tu en voilà ? Arriver vierge au mariage, ou tester avant de se décider ? Réel dilemme, quand on veut correspondre aux standards, être à la page… et assurer son avenir…

Bon, ceci étant dit, nous les femmes, qu’on soit d’ici ou d’ailleurs, on fait quoi maintenant ? C’est quoi notre stratégie pour 2011 ? Tout d’abord, comme le disait Cookie Dingler (j’ai cherché sur Internet, et franchement je n’avais jamais entendu son nom avant), on prend conscience qu’« être une femme libérée, tu sais, c’est pas si facile ». Et qu’être libre, c’est peut-être d’abord dans la tête, et pas dans le tour de taille, la longueur de ses jupes ou l’état de son hymen. Alors on ne change pas trop, et en 2011, on répète toutes après moi : laissez-nous vivre, acceptez-nous telles qu’on est, on s’occupera du reste. Rester la même, toujours la même… mais en mieux !
Alors, haut les coeurs… et bonne année ! 