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La ferme thérapeutique de Sidi Thabet Une entreprise stimulante et gratifiante

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La ferme thérapeutique de Sidi Thabet Une entreprise stimulante et gratifiante

Par ces temps d’incertitude où l’on se trouve aux lendemains d’une révolution dans le flou le plus total, où de nombreuses entreprises sont quasiment paralysées, où les revendications pleuvent de toutes parts, rendant les choses de plus en plus compliquées, on peut parfois rencontrer un îlot qui semble vivre dans une parfaite harmonie, à l’écart du monde, semblant ignorer tous ces aléas, tous ces troubles que connaît notre pays, un espace en somme comparable à celui évoqué par Voltaire dans Candide, ignorant toutes les vicissitudes et où les occupants sont heureux, car occupés à « cultiver leur jardin »

par Moncef Machta

La ferme thérapeutique de Sidi thabet répond en effet à cette définition voltairienne. Dès qu’on pénètre dans son enceinte, on est d’emblée envahi par un sentiment de bien-être et de paix qui émane de cet espace si bien agencé et fonctionnant comme une ruche d’abeilles.Leila Gasmi, la présidente de l’association,  est une bénévole qui partage son temps entre d’une part son enseignement à l’Institut supérieur des langues de Tunis et d’autre part la ferme qu’elle dirige avec beaucoup de compétence et surtout de passion, en ayant en charge des enfants handicapés en apprentissage au sein de cette institution.Quand je suis allé la voir dans son bureau, elle était en compagnie de deux de ses collaboratrices : Hajer Zehani et de Myriam Ben Brahim, membres de l’association.

Peut-on avoir une idée sur la façon dont cet espace s’organise ?

Il s’agit d’ un espace ouvert spécialisé dans la prise en charge d’handicapés surtout mentaux appartenant à des familles nécessiteuses.  Il y a trois ans, lors du début de son fonctionnement, la ferme thérapeutique pour handicapés ne comptait pas plus de six handicapés. On en est à présent à 60 bénéficiaires  dont on doit prendre en charge l’éducation, la thérapie et la  formation professionnelle. Ce sont des handicapés mentaux, des autistes légers, des polyhandicapés. Ils appartiennent pour leur majorité  à des familles nécessiteuses

Pour ce qui est du personnel, il est composé de 25 salariés comprenant des éducateurs, une équipe paramédicale formée d’un orthophoniste, d’un psychologue ;  des médecins psychiatres bénévoles sont présents  à la demande.

Quelles sont les activités auxquelles ces enfants s’adonnent ?

Tous ces jeunes participent à des ateliers de théâtre, de musique, de peinture, de pâtisserie, de sensibilisation à la nature, aux différents cycles de la vie, aux animaux et à la bio-diversité.

Ils bénéficient aussi  des ateliers de zoothérapie par la médiation des animaux.

Quant à la formation professionnelle assurée par ce centre, elle est orientée vers  trois directions :

Vers la cuniculture ou élevage de lapins,

Vers la fabrication de fromages frais et de yaourts à boire

Vers l’horticulture.

Ces jeunes bénéficient là d’une formation diplomante au terme de laquelle ils obtiennent un CAP professionnel. Le centre s’occupe aussi de leur insertion professionnelle et sociale. Sur le plan de l’infrastructure, il y avait au début juste la grande salle. Au fur et à mesure des besoins, on a rajouté 4 salles de classe, un clapier pour l’élevage des lapins, une basse- cour, une bergerie, un manège de chevaux ouvert et un autre  couvert, un espace pour la zoothérapie, une fromagerie, un centre de recherche pour la zoothérapie, deux serres, un espace convivial, un terrain de jeux, et un petit rucher pour la production de miel.Le centre, bien sûr, bénéficie d’un environnement rural particulièrement attrayant.

Le centre a-t-il subi les conséquences des troubles qui ont fait suite à la révolution du 14 janvier (grèves du personnel par exemple)?

Notre personnel est très attaché à son association. Il éprouve un sentiment très fort d’appartenance et il est pour cela très motivé.

Venons-en à vos sources de financement

Nous disposons tout d’abord d’un budget d’exploitation destiné au paiement des salaires, à l’élevage et aux soins donnés aux animaux , au fonctionnement de la ferme. Budget alimenté par des mécènes très fidèles qui nous permettent d’avancer avec sérénité ainsi que par nos collectes de fonds réalisées lors  des manifestations qu’on organise, comme les Fermidays, les kermesses, les tournois de golf, de tennis, les dîners de rupture de jeûne, de thés dansants  et aux quels prennent part des sponsors et des donateurs. Malheureusement cette année, avec les événements qui ont secoué le pays, un coup d’arrêt a été porté à toutes ces activités, ce qui en fait une année très difficile pour nous. La deuxième  source  de financement est consacrée aux  infrastructures : Nous préparons l’étude des microprojets que nous voulons réaliser, ensuite nous essayons d’obtenir des subventions pour cela auprès de certains bénévoles au grand cœur. Il s’agit là de deux budgets différents.

Et les enfants que vous avez à charge, dans quel état d’esprit se trouvent-ils ?

Nos enfants sont heureux et sont tous fiers de leur ferme à laquelle ils sont profondément attachés. Chaque fois que nous surprenons dans leur regard une lueur de bonheur, un sourire, c’est une raison supplémentaire pour que nous soyons à notre tour motivés tout en constatant à quel point nous accomplissons une tâche ô  combien gratifiante. Ce que nous recherchons, c’est qu’ils puissent jouir d’un  certain bien-être, faire l’apprentissage de leur autonomie et surtout développer des compétences susceptibles de les amener à dépasser leur handicap.A côté de cette aide précieuse que l’on apporte aux enfants handicapés, on prend aussi  en charge leur famille. Nous disposons pour cela  d’un réseau d’amis de la ferme qui est vraiment extraordinaire. A chaque rentrée scolaire, 97 jeunes bénéficient de tabliers, de cartables, de chaussures et de fournitures scolaires.     Des aides sont aussi distribuées aux familles lors des fêtes religieuses de Aid Sghir et Aid el Kebir.

Le mot de la fin

Nous sommes très heureuses de voir nos jeunes évoluer, notre ferme se développer et nous sommes conscients que beaucoup reste à faire et que la tâche est très lourde.  Heureusement  que ce n’est pas la volonté qui manque. …

01-06-11