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Fichta

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Fichta

 

Décembre sonne le glas de 2012 qui bat de l’aile, étirant sournoisement ses derniers jours avec de mélancoliques gestes d’adieu. Il faut reconnaître qu’il est toujours difficile de céder élégamment son siège, quand on a été fêté un mois durant, répété mille fois par de multiples bouches, transcrit en tête de cahiers, registres, circulaires, mails et feuilles de rendez-vous, au bas de contrats ou de textos. Dur pour l’usager de faire taire les tics ancrés par 365 jours de côtoiement intensif, de corriger bic ou clavier, pris en flagrant délit de confortable familiarité acquise par la force de l’habitude. Gênant de classer cette bien bonne année et de rectifier un deux effilé et longiligne en un opulent trois.

Les derniers jours s’étirent et lambinent dans une véhémente allégresse, celle de la fuite en avant, l’occasion de faire leur fête aux jours qui fuient. Une année de plus, enregistrée sur les traîtreuses cellules qui n’en manquent pas une de valider concrètement les signes extérieurs de vieillesse, ni de les surligner, d’ailleurs, et ironiquement, sur la feuille de route d’un chaotique itinéraire physique.

Un an déjà et l’inconscient panique devant le décompte essoufflant d’un vécu pour le moins incertain qui n’a rien à envier quant à la sérénité des années à venir. Autant fermer les yeux, comme dans les montagnes russes ou se faire diplomatiquement autruche car la machine dont le ressort est irréversiblement bandé fait défiler à toute allure, une actualité plus lumineuse et glaciale que l’hiver polaire, plus hilarante qu’une caméra cachée, plus poétique encore que les alexandrins d’un monsieur Jourdain. Celle des pages d’un interminable roman-fleuve ou d’un mauvais conte populaire et avorté.

A califourchon entre Vendémiaire et Nivôse, si l’on se réfère au calendrier révolutionnaire, décembre est le mois de rituels païens, en terre d’Islam, importés et adoptés pour les besoins de la fête, l’occasion d’ouvrir une parenthèse à l’intérieur du temps social, de chercher une raison d’être à la quotidienneté. « Faire la fête », locution empruntée à nos ancêtres les Gaulois et qui nous auraient reniés depuis ; la « festa » latine a néanmoins donné vie à une descendante lointaine, parente pauvre et donc éloignée, d’origine arabe et tunisienne de nationalité, la « fichta ». Cette dernière, de même qu’elle a maquillé ses inflexions, colore à sa façon, c’est-à-dire criarde et bigarrée, les derniers jours de l’année, les agrémentant d’un caractère parodique et les relevant d’une tonalité débonnaire frisant le bon aloi. Petits et grands y puiseront de bonnes raisons de célébrer, dans la déraison. Pour les plus jeunes, c’est une aubaine, la « chikha » dont les plus anciens se souviennent dans la formule faussement puérile de « chikha fi barouita ». Allez chercher pourquoi une chance inattendue ou une occasion rêvée viendrait, sur ses grands chevaux et, « fi barouita », précisément ? Dans une brouette et non avec les honneurs dus à sa jovialité, à bord de la calèche de Cendrillon ! Il aura fallu plusieurs décennies pour que l’expression trouve une explication étymologiquement justifiée et métaphoriquement illustrée. Ne serait-ce pas la barouita, justement, d’un renégat canonisé depuis, qui a amené cahin-caha la nouvelle ère, remplaçant ainsi l’ère nouvelle ? Elle aura bouleversé le temps historique d’une horloge cardiaque, accélérant l’évènement via FB, cumulant temps morts et lenteur reptilienne, donnant à une virtuelle progression, les traits singuliers d’une actualité à reculons.

Bien cher 2013, on te dessinerait en bonhomme de neige, Michelin obèse et fondant au soleil sur les baies vitrées de nos hôtels déserts. D’autres verront en toi un jaune poussin frais éclos d’une coque à peine brisée, bébé vagissant d’un décembre moribond et de nombreux zaouajs orfis, conçu à la sauvette, sous les noires bâches de l’anonymat. Tu serais loufoque en zéro ventru, allègrement sanglé à la taille, pour les besoins d’une éventuelle nouba de quartier. En illusoire pièce de monnaie dorée et superposée, tu ferais rêver plus d’un crédule, espérant des vaches aussi grasses que ton ventre replet.

Mystérieux 13 que les nombreuses incidences dans divers domaines entourent de mystère et drapent de la superstition des triskaidékaphobes. Il n’est pourtant que le 6ème plus petit nombre premier, seulement divisible que par 1 et par lui-même. Selon le calendrier maya, la fin du monde aurait lieu le 21 décembre 2012, date qui correspond à la fin du même calendrier, en compte long, soit 13.0.0.0.0., faisant circuler les informations les plus folles sur le net et ailleurs, laissant présager le pire. Dans le Tarot de Marseille, la treizième arcane représente un squelette en train de faucher, symbolique qui peut signifier le remplacement d’anciens schémas par de nouvelles bases, si on veut bien y voir comme une renaissance.

13, c’est aussi le nombre de types de triangles amoureux, relation passionnelle impliquant trois personnes. Une relation triangulaire amicale, amoureuse, familiale ou politique.

2013 est déjà là et la fête ne fait que commencer ; alors, bonnes fêtes !

Héla Msellati