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« Francofaune »

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« Francofaune »
par Héla Msellati

Si, selon la sagesse des nations, l’hirondelle annonce le printemps, le mois de mars ramène, lui, comme chaque année et depuis bientôt vingt ans, la semaine de la Francophonie. Elle se déroulera donc du 16 au 24 mars, neuf jours pleins, articulés autour de la date clé, la Journée internationale de la Francophonie, célébrée le 20 du même mois. La langue de Molière, outil d’enseignement et de communication mais aussi moyen de développement et d’échanges économiques sera donc le centre d’intérêt d’une bonne partie des citoyens du monde. 220 millions de francophones, si l’on ne comptabilise que ceux qui maîtrisent l’écrit et l’oral, mais 900 millions si l’on considère aussi tous ceux dont le niveau est resté élémentaire. Sans compter les 85 millions de jeunes et d’adultes de la planète qui apprennent le français durant leur cursus, dans les écoles et lycées français répartis aux quatre coins du globe. Chaque année, la Semaine de la langue française et de la Francophonie est toujours un moment privilégié au cours duquel le réseau culturel et éducatif se mobilise, de façon plus particulière, pour célébrer l’amour de cette langue, son immense richesse et ses multiples spécificités ainsi que les valeurs dont elle est, essentiellement depuis 1789, véhiculaire.

Ce rendez-vous régulier est l’occasion de milliers de manifestations et d’animations en France et dans plus d’une centaine de pays, au centre desquels rayonne la langue française, vecteur d’un espace linguistique et culturel commun et partagé par les francophones de France et de Navarre. En marge et en avant-première de ces festivités, le Lycée Pierre Mendès-France, «Mutu» pour les anciens, récompensait des lauréats d’exception. Les jeunes têtes, bien faites, en plus d’être bien pleines, y avaient été convoquées afin de recevoir des lauriers largement mérités, et administration et enseignants s’étaient associés le concours des «anciens» pour que la chaîne soit complète et la famille entièrement réunie, lors de la remise des couronnes.

Etaient primés des majors frais émoulus et désormais en classe «prépa»; d’heureux bénéficiaires de bourses d’excellences récompensant des jeunes, de nationalité autre que française; des lauréats du concours général, examen dont les exigences sont supérieures à celles du baccalauréat et valorisant des travaux qui seront désormais référence, relativement à l’ensemble des classes. Il y avait la pétulante équipe tunisienne, lauréate de la première édition du concours mondial « la Course Aux Nombres », organisée par l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Étranger, portant haut l’étendard tunisien, devant le Liban, Madagascar, le Canada, l’Espagne, ainsi que les 14 autres équipes participantes. Le lauréat du concours international pour une compréhension mutuelle

«Les Chemins de la culture de la paix», lancé par l’UNESCO à l’occasion de la Journée internationale de la paix dont l’originalité du scénario a été primée par le jury, y avait été récompensé pour sa vision et sa pratique de la paix et de la non-violence au quotidien. Son scénario répondait à un critère décisif : «la capacité (…) à mettre en exergue les valeurs fondamentales de la culture de la paix et de la non-violence, y compris le respect pour la diversité, le dialogue interculturel et interreligieux, ainsi que la justice et l’équité». Autant de valeurs dont la promotion est visée par la Décennie internationale du rapprochement des cultures (2013-2022) proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies, en décembre 2012. Et puis, il y avait les «Ambassadeurs en herbe», finalistes du tournoi de joute oratoire, action pédagogique pilote-Monde proposée par l’AEFE aux établissements d’enseignement français à l’étranger, sous la houlette de l’Unesco. Le thème de leurs joutes, pratiquées en français, arabe et anglais, portait sur la question de «l’égalité fille / garçon, homme / femme en tous lieux, en tous pays». L’équipe tunisienne totalisait les meilleurs scores parmi l’Algérie, l’Égypte, la Libye et la Tunisie et y donc désignée pour représenter la zone géographique Maghreb-Est– Machrek.

La liste des nominés est longue et l’humilité dont ils ont fait preuve, lors de leur consécration, autorisera, non leur anonymat, mais le qualificatif générique de «Mutusien», pour la vieille école, «francofaune» pour rester dans une causticité bien voltairienne. Unis par les liens d’un même enseignement, aussi indéfectibles, sinon davantage, que ceux d’une langue maternelle. Une « francofaune » dont le plus célèbre ressortissant reste Bourguiba, celui-là même qui rebaptisa leur lycée, lui donnant le nom de son ami, Pierre Mendès-France.

Et cette «francofaune» partage justement ces valeurs communes : le «respect de l’État de droit et des droits de l’homme, (l’) égalité hommes-femmes, (la) solidarité et (la) diversité culturelle». Des valeurs, somme toute, universelles dont doit bénéficier l’ensemble de l’humaine condition.