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Un grand souffle d’humanité

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Un grand souffle d’humanité

Pr Brahim el Gharbi: Profess eur en Pneumologie, Membre fondateur et président du Croiss ant Rouge tunisien.

En prévision de la journée mondiale de la Croix-Rouge ce 8 mai, nous avons rencontré l’éminent pneumologue Brahim El Gharbi. Il a marqué l’histoire et l’éthique de la médecine tunisienne, et a contribué à lui donner le visage qu’elle a aujourd’hui. Homme de coeur, il s’est engagé toute sa vie dans l’action humanitaire et la défense des droits de l’homme. A 88 ans, le Pr El Gharbi continue à recevoir ses patients chaque matin, tout en consacrant ses après-midis au Croissant-Rouge, l’ouvrage de sa vie. Aperçu d’un parcours d’exception.

Comment êtes-vous devenu pneumologue, Professeur?

Après des études médicales à Paris, j’ai été interne dans un sanatorium, d’où l’origine de ma vocation. Je suis ensuite revenu exercer à Tunis en 1951 à l’hôpital Abou Kacem El Chebbi, puis en tant que chef de service pneumologie à l’hôpital Charles Nicolle à partir de 1960. Mon tout premier combat a concerné la tuberculose, fléau de l’époque et première cause de mortalité en Tunisie. Aujourd’hui, nos efforts ont permis d’éradiquer presque complètement cette maladie, et notre priorité sanitaire concerne désormais les cancers du poumon, l’asthme ou les bronchites chroniques, malheureusement en augmentation constante.

Quelle a été votre contribution à la médecine tunisienne?

J’ai été à l’origine de la création de l’hôpital militaire de Tunis, puis de l’Institut de pneumo-phtisiologie de l’Ariana que j’ai dirigé pendant 20 ans.
Je me suis aussi beaucoup impliqué dans la formation des jeunes médecins, puisque j’ai été professeur à la Faculté de médecine de Tunis de 1974 à 1986. J’ai par ailleurs toujours été actif au sein du Conseil de l’Ordre des Médecins que j’ai présidé de 1969 à 1985, et dont je reste le Président honoraire, ainsi que dans le syndicat des médecins. Aujourd’hui, je continue à participer aux activités de la Ligue nationale contre la tuberculose et les maladies respiratoires, particulièrement axées cette année sur la lutte contre le tabagisme ; j’en préside d’ailleurs le comité antitabac.

Pourriez-vous nous parler du Croissant Rouge tunisien?

Après l’Indépendance en 1956, et suite au départ de la Croix Rouge française qui nous a légué tous ses biens, Abdelaziz Jallouli a fait appel à moi pour créer le Croissant Rouge. Un demi-siècle plus tard, nos missions sont toujours très variées, et le volet social reste encore et toujours ma priorité: deux restaurants à Tunis et Ghardimaou pour les nécessiteux et les enfants d’âge scolaire, les dons et allocations de rentrée scolaire dans les zones et les écoles déshéritées, l’accueil des réfugiés, l’aide aux malades…
Le Croissant Rouge est par ailleurs depuis toujours présent à l’étranger en cas de guerre ou de catastrophe naturelle. J’ai moi-même été secouriste dans de nombreux pays, avec notamment mon ami Saïd Mestiri ou le Pr. Ali Tritar. Aujourd’hui, je suis fier d’affirmer qu’en cas de besoin, nous avons à notre disposition des centaines de médecins prêts à s’engager immédiatement dans les secours humanitaires.
Notre dernier volet d’action, dont s’occupe plus particulièrement mon collègue et ami le Dr. Tahar Cheniti, est la formation du public et des professionnels aux défis humanitaires et sanitaires comme la prévention du sida, la lutte contre le tabac, le don du sang, les soins d’urgence et de premiers secours, la réponse aux désastres et l’éducation aux principes et valeurs humanitaires. Cet aspect essentiel est la clé du succès de notre action.

Comment envisagez-vous l’avenir du Croissant Rouge?

Le nombre des volontaires du Croissant Rouge augmente sans cesse, notamment chez les jeunes. Parfois déboussolés par le chômage et les problèmes sociaux, ceux-ci trouvent chez nous le goût de l’action humanitaire et les valeurs éthiques essentielles à leur vie d’adulte. La relève est là, motivée et résolue, et le Croissant Rouge tunisien, après 50 ans d’existence, n’a pas fini d’oeuvrer en faveur de la solidarité dans notre pays.