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Halim Karabibène Artiste visuel J’invente des plats futuristes

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Halim Karabibène  Artiste visuel J’invente des plats futuristes

Il est l’un des plus dignes représentants de l’art contemporain en Tunisie et dans le monde. Mais dans son œuvre, il explore un monde hybride et enchanté à la fois ludique et onirique. Il vit entre Bizerte, Paris et Berlin.

par Salem Djelassi

Quels sont vos gestes santé au quotidien ?

Eviter la première cigarette de la journée en buvant du thé. De toute façon, je vais arrêter de fumer et dans quelques jours je vais entamer ma cure d’acupuncture. D’ailleurs, c’est pas ma première cure… mais cette fois j’ai l’impression que c’est la bonne.

C’est votre troisième cure, pourquoi n’avez-vous pas arrêté après les deux premières ?

La première fois parce que je n’ai pas fait de sport, mais j’ai tout de même arrêté pendant six  mois et c’est pas rien quand même ! La deuxième fois  parce que je n’ai pas obéi au règles de sommeil. En fait, après la cure qui était à Tunis  il faut tout de suite dormir mais à l’époque je devais rentrer à Bizerte juste après la séance et donc cela n’a pas fonctionné. Cette fois je pense que  je vais réussir puisque j’ai déposé mes bagages à La Marsa pour L’expo.

Est-ce que vous êtes un bon cuisinier ?

Je suis un bon cuisinier pour  les autres mais, de temps en temps, je me gâte et j’invente des plats futuristes que j’expérimente sur ma propre personne ! Les ingrédients proviennent de mon jardin.

Quel est votre meilleur plat ?

Mon meilleur plat est le plat qui mijote ! J’adore le plat qui est en train de se faire ! Après il peut refroidir et décevoir. J’adore le processus de la cuisson plus que le plat fini. Donc, j’arrête pas de goûter pendant la cuisson. La cuisine, c’est aussi une œuvre  d’art, d’ailleurs j’ai commencé à faire la cuisine lorsque j’ai commencé à faire des aquarelles. Parce que la cuisine c’est l’art du temps, il faut toujours gérer le temps quand on cuisine. L’aquarelle, c’est exactement la même chose. J’ai même fait des œuvres avec des épices que j’ai jamais exposées et c’était une expérience magnifique.

Si vous n’aviez pas été peintre, qu’est-ce que vous auriez voulu être ?

Musicien ! Ou cinéaste  d’ailleurs, il y a du cinéma dans mes peintures.
Mais je crois que la musique est le degré absolu du bonheur. Tiens j’aurais aimé apprendre à jouer au piano.

La tendance bio pour entretenir la santé,  ça vous inspire ?

Oui évidement, personnellement je ne mange pas de conserves, je ne congèle jamais ce que je mange car je ne mange que du frais. Mon bonheur, lorsque je suis en Tunisie en été c’est de manger  du poisson à Bizerte, des légumes et des fruits.

Si vous aviez une baguette magique, quelle est la maladie que vous auriez éliminée  de la surface de la terre ?

Le rhume, parce que je suis souvent enrhumé !

Vos conseils pour les jeunes ?

Je leur dirais qu’il faut rester jeune. Lorsque je rencontre des jeunes sans projets et sans folies, je me rends compte que je suis encore jeune car à 52 ans j’ai appris l’art de la gravure et à 53 ans je me suis marié pour la première fois, et la dernière j’espère ! 

Vous avez  inventé un concept où vous détournez la cocotte de la cuisine en symbole de militantisme …

Après la révolution comme beaucoup de personnes j’ai eu l’espoir réel que le musée des arts modernes  allait exister en Tunisie.  Mais il fallait imaginer quelque chose pour le protéger. Inspiré par les comités de quartier, j’ai créé le Comité de protection du Musée. J’ai commencé à  être le premier soldat avec la cocotte comme armure  et la pelle comme arme, avant d’être rejoint   par d’autres artistes.  Mais il fallait que d’autres me rejoignent, j’ai donc fait poser des artistes,  des galeristes avec le même uniforme et  je leur ai laissé juste le choix de leur arme.   Maintenant je continue à être connecté avec la réalité car le projet officiel du Musée d’art moderne et contemporain est très flou.  Au début et avant la révolution le musée était programmé dans la deuxième tranche de la Cité de la culture qui n’existe pas encore.  Mais  personne après la révolution ne voulait parler du Musée. Mais grâce à la pression qu’on a effectuée avec d’autres artistes, ils nous ont dit qu’ils allaient faire ce musée mais dans la première tranche. On n’a pas accepté cette réponse parce que  l’espace réservé au musée était trop petit et,   même si c’est provisoire, ce n’était pas à la hauteur de la collection tunisienne.  De toute façon, un musée n’est pas qu’une collection, il doit être dans la dynamique de la création contemporaine.

A un certain moment vous avez coupé avec la peinture, vous avez déserté votre atelier pourquoi ?

C’était une rupture mais pas avec la peinture en soi car j’aime peindre.  Mais la peinture a ses limites par rapport à  la réalité   C’est vrai qu’après la révolution j’ai quitté mon atelier.  En deux  ou trois ans je n’ai fait que deux tableaux. D’ailleurs, même le médium a changé, c’est pour cela que j’ai fait de  la photo et de la vidéo.  Mais après plusieurs  déceptions, je suis retourné me ressourcer dans mon atelier, mais cette  fois j’ai repris avec la gravure. J’ai appris la gravure à Paris et à Berlin, j’ai exploré des techniques très rares et c’est cela qui m’a ramené à la  peinture.