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Hichem Rostom Comédien avant tout

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Hichem Rostom Comédien avant  tout

Rencontre avec Hichem Rostom, acteur tunisien

Avec un métier comme le vôtre qui nécessite de longues heures de tournage pendant des semaines d’affilée, que faites-vous pour vous maintenir en forme ?

Du sport. Il faut être en excellente condition physique pour pouvoir exercer ce métier, pour les tournages bien sûr, mais également quand on donne des représentations théâtrales qui demandent beaucoup d’énergie. J’ai toujours fait beaucoup de sport. Je faisais partie d’une équipe de natation quand j’étais jeune, je faisais également du volley-ball, du basket. En fait, j’aime vraiment le sport. Je continue à en faire régulièrement, essentiellement de la natation. Je marche aussi beaucoup.

En dehors du sport, quels sont vos gestes santé au quotidien ?

Je dîne rarement le soir, sauf quand mes obligations professionnelles me l’imposent. Je prends un excellent petit-déjeuner ainsi qu’un déjeuner consistant, mais j’évite de manger le soir. Je suis suivi par un nutrionniste qui m’aide à maintenir mon poids de forme. C’est important, non seulement pour mon métier mais également pour ma santé. Dans ce métier, il faut durer le plus longtemps possible. Il n’y pas de retraite pour nous. Donc, plus longtemps on travaille, mieux c’est. Il ne faut pas oublier que le corps est l’unique outil de travail dans notre profession, il est primordial d’en prendre soin.

Etes-vous d’un naturel stressé et angoissé ?

Tout à fait. Je suis habité d’une passion qui fait de moi un être perfectionniste, et bien sûr, tout perfectionniste est un homme angoissé. Ce métier est bien plus qu’un simple métier. Mon identité d’artiste, de comédien, d’homme de théâtre est ce qui m’importe le plus sur terre. Cette passion ne s’éteindra qu’à ma mort.

Comment faites-vous pour gérer votre stress ?

Ma résolution pour 2012 est de commencer des cours de yoga. Notre métier est très stressant et déjà dans la formation d’acteur, le cours intitulé «comment gérer le stress et le trac» est inclus. On nous enseigne un certain nombre d’exercices à faire qui se basent sur la respiration et la concentration. Ce stress là est ponctuel et on a appris à le gérer. Mais aujourd’hui, notre profession fait face à un stress beaucoup plus insidieux, celui généré par les incertitudes de la situation actuelle. D’ailleurs, de nombreux confrères dépriment, car les perspectives de travail sont assez sombres. On a perdu beaucoup de marchés ces derniers mois. Beaucoup de tournages ont été annulés, surtout des compagnies étrangères, qui ont préféré partir au Maroc, par exemple. La production locale est aussi en veilleuse. C’est une énorme source de stress. Outre les perspectives réduites de travail, on ne sait pas non plus comment s’exprimer. On ne sait pas trop comment raconter les choses, comment se comporter.

Vous voulez dire qu’il y a une censure ?

Du temps de Ben Ali, on s’auto-censurait directement.
L’ennemi était connu, on savait comment s’en cacher, comment le contourner… Là, c’est plus insidieux. L’ennemi est plus subtil. Avant, notre vis-à-vis était clair, et nous annonçait ouvertement la couleur : «vous devez parler de ci, vous n’avez pas le droit de parler de cela». Désormais, on ne sait même pas à qui parler. Toutes les personnes auxquelles on s’adresse vous répondent «je suis là provisoirement, je ne peux pas prendre de décision». On a l’impression de se déplacer dans des sables mouvants. Mais je n’ai pas vraiment l’impression que la liberté d’expression soit menacée parce que si cela arrive, on descendra tous dans la rue. Ce qui m’inquiète en revanche, c’est qu’on puisse interférer au niveau de la création, c’est-à-dire, nous « suggérer » de parler de l’histoire de l’Islam par exemple. Le problème, c’est que les acteurs et les metteurs en scène de ma génération sont tous francophones et le discours actuel va plutôt vers une culture plus arabophone qui veut se détacher de l’inspiration occidentale, or cela n’a pas de sens. Le théâtre par exemple a une origine complètement occidentale. Il n’existait pas de représentations théâtrales dans le monde musulman dans l’antiquité. Si je veux monter une pièce de Shakespeare par exemple, qu’on ne vienne pas me dire : «pourquoi ne pas avoir choisi un auteur arabe ?»

Est-ce que vous tournez actuellement ?

L’analyse et la dramaturgie ne peuvent être réalisées qu’après un travail de défrichage. C’est pour cela que j’ai choisi de m’éloigner de la création pour le moment et de m’orienter davantage vers l’enseignement. Jusqu’à l’an dernier, j’enseignais le cinéma de manière académique en parallèle avec mon métier d’acteur. Mais cette année j’ai choisi de diriger uniquement des ateliers. Il y a très peu de créations cinématographiques ou théâtrales depuis un an, parce que pour créer, il faudrait pouvoir prendre un peu de distance, avoir du recul par rapport à la situation actuelle et ne pas tomber dans le cliché de l’auto-satisfaction «vive la révolution, nous sommes des révolutionnaires, vive nous !»

Et quand vous ne tournez pas et que vous ne jouez pas sur scène, quelles sont vos occupations, qu’est-ce que vous aimez faire en dehors du théâtre et du cinéma ?

En dehors du cinéma, j’aime le cinéma. Je regarde 4, 5 films par jour. Je lis énormément. Je travaille sur des projets futurs, poésies, scénarii, pièces de théâtre… En fait, toute ma vie tourne autour du cinéma. Je suis comédien dans l’âme. Même quand je suis au chômage, je continue à être comédien. Mon regard sur les choses est celui d’un comédien. Si j’étais pianiste, j’aurais joué du piano tous les jours. Si j’étais peintre, j’aurais peint des tableaux tous les jours. Je suis comédien, je suis donc comédien tous les jours, même quand je ne tourne pas. Quand je ne peux pas exprimer mon état de comédien en jouant, je m’exprime à travers l’écriture.

Est-ce que vous encourageriez les jeunes à embrasser cette carrière ?

Tout dépend de l’origine du désir de devenir acteur. Si ce désir vient du fond de soi-même, comme un besoin impérieux, quasi-vital et qu’il est impossible ne serait-ce que d’envisager une autre carrière, alors il faut se lancer sans hésiter. Parce que même quand ce sera difficile, cette passion continuera à être un moteur.