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Bons baisers de Rio

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Bons baisers de Rio

Des Jeux Paralympiques de Rio, les romantiques retiendront qu’ils ont été marqués de moments d’intense émotion et de baisers.

par Héla Msellati

La magnifique image du joueur de basket canadien, en fauteuil, Adam Lancia,embrassant l’athlète Jamey Jewells, les prothèses en équilibre sur le fauteuil de sa femme pour l’enlacer.
L’autre baiser dont la photo a circulé sur la toile est celui des deux médaillés d’or, Tony Yoka et Estelle Mosselli, boxeurs français.
Le plus bouleversant et non moins controversé restera celui de la joueuse de rugby brésilienne, Isadora Cerullo, à son amie, scellant une demande en mariage dans l’enceinte du stade, affichant une homosexualité épanouie et insolente au regard de la planète entière.

De Rio 2016, les pragmatiques, eux, retiendront des chiffres, le nombre des médailles remportées, des espoirs déçus, des résultats escomptés, atteints ou non battus.

A l’origine, « paralympique » était un mot gigogne contractant « paraplégique » et « olympique », puis, par contamination, le préfixe grec « para », signifiant « à côté de » ou « parallèle » a trouvé toute sa signification dans son association à la terminaison « lympique ».
Ludwig Guttmann, médecin neurologue anglais avait eu l’idée en 1948 de donner la possibilité à ses patients paraplégiques de pratiquer, eux aussi, un sport. Les jeux qui, parallèlement aux Jeux Olympiques, réuniraient des athlètes handicapés de tous les pays virent le jour en 1960, sous le titre de « Jeux mondiaux des chaises-roulantes et des amputés ». Les Premiers Jeux paralympiques handisports
étaient nés. Depuis, ils connaissent un développement sans cesse croissant, 160 pays présents à Rio, représentés par 4350 athlètes
du monde entier, l’engouement montant de la part du public : 170 000 spectateurs.
Tout en soulignant que ce record dépasse l’affluence quotidienne connue durant les Jeux Olympiques.

75ème au tableau des médailles aux Jeux Olympiques de Rio, les Tunisiens (déçus de leurs performances) pourront se targuer, cet été, d’avoir encore une fois fait la une de l’actualité, sportive, cette fois.

Ils peuvent se réjouir d’être (aussi) devenu le pays qui « s’est spécialisé dans la formation et le soutien de ses athlètes handicapés. » 21ème avec un total de 19 médailles, (7 or, 6 argent, 6 bronze), uniquement en athlétisme, ce qui fausse un peu la donne.

Ces médailles paralympiques de Rio valent leur pesant d’or, elles sont innovantes, et personnalisées. Pour que les athlètes malvoyants puissent les identifier, chaque catégorie comporte des billes en nombre différents, leur permettant d’émettre un bruit autre lorsqu’on les secoue.
Des médailles incluant également des éléments sensoriels, en alphabet braille portant l’inscription : « Jeux paralympiques de Rio 2016 ». Les athlètes peuvent donc non seulement mordre leurs médailles, mais aussi les palper, les caresser, les écouter. Car elles sont durement méritées.

5ème au classement mondial, « l’athlétisme tunisien rafle tous tes titres et fait bien mieux que tous les athlètes valides du pays. » commentent les journalistes, à l’international qui s’interrogent d’ailleurs sur le secret de réussite du petit pays. Pour les personnes
porteuses de handicap, le handisport est l’activité qui leur permet de s’affirmer, de prouver qu’ils existent.
Les médaillés tunisiens deviennent fonctionnaires de l’état, avec un salaire à la clé et une prise en charge par le ministère de tutelle ce qui constitue une motivation supplémentaire. Souvent issus de milieux défavorisés, le handisport offre à beaucoup, une vie meilleure que celle qu’ils vivaient, auparavant.
Entraîneurs et recruteurs, tout un réseau de fonctionnaires pilotés depuis la fédération les suivent, en plus de leurs fans pour lesquels ils sont une source de fierté. Youssef Chahed, lui, s’est déplacé à l’aéroport de Tunis-Carthage, pour accueillir en personne le retour des médaillés tunisiens.

Désormais les primes accordées aux uns et aux autres seront égales et relatives aux résultats obtenus lors des Jeux Olympiques.
L’initiative de mettre fin à la discrimination entre « athlètes paralympiques et athlètes olympiques » constituera une autre (bonne) motivation.