Nos Plus

Le jogging vert…

Publié le
Le jogging vert…
par Emma

Le parcours de santé à Tunis, moi, j’aime. Ça sent les pins, l’ambiance est bon enfant, personne ne se regarde le nombril comme dans certaines salles de sport, et surtout on s’y sent en sécurité. Bien sûr on préfèrerait courir droit devant soi en admirant le paysage, plutôt que de tourner en rond comme un poisson dans son bocal, mais après avoir essayé une ou deux fois de s’aventurer seule au Belvédère désert avec la peur de faire une mauvaise rencontre, on pèse le pour et le contre et on opte pour la tranquillité d’esprit. On n’est d’ailleurs pas le seul, puisque les joggers semblent définitivement bouder ce parc pourtant magnifiquement situé et chargé d’histoire, et qui aurait tout pour être notre Central Park à nous, les habitants de Tunis.

Mais ce matin-là, courant pour mettre en pratique les conseils de mon magazine, sacs en plastique et autres déchets ne cessaient d’accrocher mon regard. Très vite, je rêvais d’en débarrasser ce lieu, plutôt relativement préservé d’habitude. J’oublie de préciser qu’un match de foot avait été disputé la veille, et que ça n’avait rien arrangé.

Qu’à cela ne tienne. Pendant mes derniers tours de piste, j’avais élaboré dans ma tête toute une stratégie de nettoyage. N’ayant pas apporté avec moi de sac poubelle XXL (j’y pense parfois avant d’aller à la plage, mais pour aller courir jamais encore), j’avais un plan. Lorsque ma course se terminera, je n’aurais qu’à ramasser quelques sacs plastiques jonchant le sol, et les remplir avec les bouteilles qui avaient connu le même sort. La nature est bien faite, quand même! Les ignobles sacs en plastique ont bel et bien dans cette situation une formidable utilité! Et hop, d’une pierre deux coups !

Dernier tour de course terminé, je commence donc à ramasser : en 3 minutes chrono, j’ai récolté 5 sacs en plastique remplis de bouteilles, et je dois m’arrêter … car j’ai déjà les mains pleines ! Avec un défi nouveau à relever : trouver une poubelle… Je continue mon chemin avec confiance, croise quelques marcheurs : la plupart semblent vaguement étonnés, l’un deux me remercie, j’ai mon petit succès. Mais mon tour terminé, l’évidence m’apparaît : pas l’ombre d’une poubelle (si si, c’est véridique)… Suis-je condamnée à rentrer chez moi les bras chargés de déchets ?

Quatre messieurs assis, visiblement payés pour être là (je suppose que leur mission consiste entre autres choses à maintenir les lieux dans un état de propreté relative, mais en tout cas ils n’en laissent rien paraître), devisent tranquillement. Je trouble pourtant leur quiétude, et munie de mes sacs en plastique et de mes bouteilles, je leur demande de m’indiquer la poubelle la plus proche. Visiblement troublé par mon attirail et par ma question, l’un m’indique nonchalamment un point à gauche de la sortie. Je m’y rends … mais toujours rien. Je reviens bredouille vers ces messieurs qui cette fois sont à court d’idées, et aperçois enfin au loin un grand seau de jardinier, à moitié rempli de branches et de feuilles… qu’importe, je jette une fois pour toutes mon encombrant bagage, dont je brûle désormais de me débarrasser…

En repartant, je m’échauffe et je rêve d’une grande action collective, où un groupe dûment muni de sacs poubelles et de gants, viendrait à bout de tous ces déchets (sans doute en moins d’une heure, ce n’est finalement pas grand-chose…), interpellerait les coureurs, les marcheurs, prendrait des photos (ça ferait un joli Avant-Après), et voire même, (soyons fous), ferait grossir le flot des volontaires dans un formidable élan collectif … La suite logique consisterait à emmener tout ce beau monde nettoyer les abords du parcours, le jardin du Belvédère, Nahli et j’en passe…. Bien sûr, de telles initiatives existent déjà (je ne suis quand même pas la première à y avoir pensé), mais avouons-le, il y a encore du boulot. Alors regroupons les bonnes volontés, et devant l’ampleur de la tâche, frappons un grand coup, mettons les bouchées doubles, appelons au sursaut citoyen ! (oui oui je vous l’ai dit, je m’échauffe !).

Bon enfin, en attendant le grand jour, je constate que, finalement, ma journée a bien commencé, que je me sens en super forme (se baisser pour ramasser les poubelles, c’est aussi du sport), et fière du devoir accompli. Une preuve de plus s’il en fallait qu’un petit geste de rien du tout, c’est toujours quelque chose… et que ça fait un bien fou !

Emma