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Judith E. Heumann: Du coeur à l’ouvrage, au service des handicapés

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Judith E. Heumann: Du coeur à l’ouvrage, au service des handicapés

La deuxième quinzaine du mois d’octobre a été bien remplie pour Judith E. Heumann (*) qui n’a en tête qu’une seule idée : défendre la cause des handicapés là où ils se trouvent. Elle est très bien placée pour ce faire, étant elle-même handicapée moteur depuis une soixantaine d’années.

par Neïla Slim

A partir de sa chaire de haut responsable (depuis le 7 juin dernier), la conseillère spéciale au département d’état américain, parcourt le monde et tente de déplacer les montagne en faveur des handicapés.
Que fait-elle au juste? Elle s’emploie à booster le moral de la communauté des handicapés, et de toute autre personne en mal de vivre, et à les encourager à se passer de l’aide d’autrui. Malgré un emploi du temps surchargé, elle a eu l’amabilité de recevoir «Livret Santé».

Lors d’un séjour éclair en Tunisie, du 13 au 16 octobre (2010), Judith Heumann n’est pas restée les bras croisés. Plusieurs rendez-vous ont ponctué son agenda : rencontres officielles et officieuses, ainsi qu’une série de visites d’établissements pour handicapés. Avec le ministre des Affaires sociales, de la Solidarité et des Tunisiens à l’étranger elle a examiné le dossier des handicapés tunisiens, prenant connaissance des nombreuses mesures prises depuis le Changement, en leur faveur, et envisageant un panel de projets dans ce domaine.

Américaine en présence de l’Ambassadeur des USA en Tunisie et de Imeddine Chaker, président de l’Union nationale des aveugles, Judith E. Heumann devait déclarer :« Nous souhaitons établir avec la Tunisie une coopération à long terme, avec pour premier objectif, de travailler surtout sur l’accès des handicapés aux différents moyens de transports car le transport reste une priorité pour cette frange sociale qui rencontre des difficultés dans ses déplacements …».

Judith E. Heumann raconte : « Il y a quelques années, alors que j’étais à New York, les chauffeurs de bus ne savaient même pas manipuler les équipements facilitant la descente des handicapés ; mais aujourd’hui, le monde a changé, et continue à changer… Les handicapés, qui n’avaient que rarement leur place dans la société civile, sont désormais des éléments actifs de cette société, présents un peu partout, et non plus marginalisés comme autrefois ».

Faisant part à la presse de ses impressions « tunisiennes » après la visite de quelques centres spécialisés, dont notamment celui de l’Association Basma que préside la Première dame de Tunisie, elle a relève le succès de la Tunisie dans le domaine social, comme dans tous les domaines, grâce à la politique du Président Ben Ali .

Rappelant que la Tunisie fait partie des premiers pays à avoir ratifié la convention internationale relative aux droits des personnes handicapées (en 2005), Judith E. Heumann devait conclure qu’« Un programme de partenariat avec ce pays qui sait où mettre les pieds ne peut qu’être fructueux sur tous les plans ».

Propos choisis

« Oui, les médias, tous supports confondus, sont parmi les premiers à être concernés. Puis, vient le rôle de la société civile. Il est important qu’elle s’implique davantage dans la vie de tous les jours des handicapés. Vient ensuite la création d’emplois pour cette communauté qui a beaucoup à donner à sa société. Une chose est sûre, l’handicapé n’a pas besoin qu’on s’apitoie sur son sort. C’est un citoyen qui doit assumer à 100% son handicap. En vivant avec, il se sent très bien dans sa peau et pourrait émerger par son talent, sa créativité, sa motivation…».

✔ « Avec le ministre, nous avons parlé du système de transport, de l’accessibilité des handicapé et de l’infrastructure. Il y aura une collaboration étroite au niveau de la législation. Outre l’emploi, nous oeuvrerons à résoudre les problèmes de l’accessibilité dans tous les domaines : moyens de transport public, lieux d’hygiène, rampes d’escaliers dans les immeubles et les aéroports, emplacements spéciaux dans les avions, non seulement pour faciliter la mobilité de l’handicapé, mais aussi pour assurer plus de commodité aux femmes enceintes et aux personnes âgées. Il y aura du travail au niveau de l’emploi, de l’éducation et des sports et loisirs pour cette frange sociale. Aujourd’hui, le monde vit dans un cadre de plus en plus homogène grâce à l’Internet. Les USA sont en train de travailler sur les technologies les plus sophistiquées pour venir en aide à l’handicapé qui a, lui aussi, le droit d’être constamment connecté au nouveau monde…».

✔ « La mobilité, l’autonomie et la communication de l’handicapé avec son milieu demeurent une priorité ».

✔ « Il y aura toujours des insuffisances, des lacunes, et c’est à nous d’examiner tout et en permanence…»

✔ « Il faut que les élèves soient prêts aussi à apprendre à vivre au rythme d’un camarade handicapé si différent mais si proche d’eux…».

Le cas irakien

Sur le sort des handicapés victime des bombardements en Irak, Judith E. Heumann déclare : « C’est vrai, dans cette situation, nous sommes grandement impliqués, et le président Obama en est conscient. Les USA travaillent sur le volet des handicapés et surtout sur les femmes victimes de cette guerre en Irak. Pour ce dossier spécial Irak, il y aura des fonds et des investissements. Ça ne va pas tarder…».

Bio express

Judith E. Humann a aujourd’hui 62 ans. Elle vit avec son handicap moteur depuis 60 ans, dont 30 passées au service d’organisations internationales. Le 7 juin dernier, elle a été nommée Conseillère spéciale au département d’Etat américain, chargée des droits internationaux des handicapés.
Auparavant, elle avait occupé le poste de conseillère principale auprès de la Banque mondiale, chargée des handicapés et de leur développement avec, en parallèle, une mission de consultante principale au Parlement mondial pour le handicap et le développement.
Elle avait servi dans l’administration Clinton de 1993 à 2001.

Imeddine Chaker président de l’Union nationale des aveugles « Toujours plus pour les non-voyants »

« Il y a vingt ans, la Tunisie ne comptait que quatorze associations pour handicapés. Elle en compte aujourd’hui, une centaine parrainées par l’association Basma.
Nous comptons beaucoup sur les nouvelles technologies.
Le Président Zine El Abidine Ben Ali, qui est passionné de nouvelles technologies et qui veut communiquer cette passion aux handicapés, a été derrière l’achat de scanners adaptés afin de rendre les aveugles plus autonomes…Aujourd’hui, les non-voyants ont accès, au même titre que les autres personnes, au programme du ministère de l’Education. Ils sont près de 700 élèves dans les écoles primaires et secondaires, et 200 étudiants dans les universités à suivre les mêmes cours que le leurs camarades. Ceux qui ne peuvent pas suivre sont orientés vers le centre de réhabilitation de Sidi Thabet pour apprendre un métier et espérer s’insérer dans le monde du travail. Une panoplie d’idées est actuellement à l’étude et sera mise en application à l’occasion de la journée nationale pour les handicapés qui aura lieu le 29 mai prochain »