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A la légère…

Publié le
A la légère…
par Héla Msellati

Les beaux jours allègent en vêtements et force est de remarquer, dans la consternation, les séquelles de la morne saison. Ce constat désolant se fait en général, au sortir du bain et en début de matinée, ce qui donne inéluctablement le ton de la journée. Il y a d’abord celles qui ont mordu à l’hameçon, avalant forcément un haricot, sous la couette et qui en exhibent la conséquence provisoire mais tangible, sous la forme d’une excroissance ovoïdale. Il est bien connu que les légumineuses en tous genres sont denrée courante, les mois d’hiver. Et puis, il y a les autres, ceux dont les gloutonneries résultent forcément des huis clos et têtes-à-têtes de l’hibernation.

Cet embonpoint a signifié, dans notre société, et continue d’ailleurs parfois à laisser entendre, que l’on est, dieu bénisse en bon point, c’est-à-dire, en bon état. En fait et littéralement, cet état, c’est la bonne santé. La réussite matérielle et sociale ou le bien-être qui avoisine la satisfaction, voire l’extase  apparaissent tous forcément dans les assiettes, se matérialisant conséquemment sous forme de rotondités sur le physique.

Dans la réalité, les rondeurs, notamment lorsqu’elles sont en voie de se muer en obésité, sont l’issue concrète et palpable, de petits plats goûteux ou de repas inconsidérés, de desserts gourmands ou de fringales inopinées. Certains la répartissent consciencieusement sur tout le corps, n’omettant ni surface concave, ni courbe convexe. Chez d’autres, les points névralgiques se trouvent soudainement mis en relief. D’autres encore, le sexe fort en l’occurrence, arborent en début de saison nouvelle, de modestes chambres à air. Celles-ci sont harmonieusement équilibrées au-dessus de la ceinture, laquelle désormais se situe au niveau des hanches. Ce ne sont certes encore, que de longitudinaux pneus de bicyclette, mais en voie certaine de se muer en pneu de 4 CV, et sauf, frein sec, en roue de véhicule de type OM 40. A l’heure des sorties inaugurales de saisons festives, il faut honnêtement admettre qu’il vaut mieux ne pas ressembler au bonhomme Michelin. Cette assertion est à faire valider, bien entendu, pour les deux sexes. Y compris les modèles mutants et les entités transversales, complexes ou ambiguës.

Mais, si l’homme est, par défaut ou définition, un tant soit peu narcissique ; les femmes, elles, sont par nature coquettes. Reconnaissons qu’il est préférable d’arborer à son bras un compagnon filiforme, plutôt qu’un époux sphérique. Sans compter, les aléas du quotidien qui accompagnent la vie commune. A ces grands maux de la vie moderne, aujourd’hui, les spécialistes de la beauté et de la santé recommandent de la légèreté avant toute chose. Poids léger, repas léger, plats légers ; et puis légèreté rime avec beauté, faisant de la paire  le couple glamour des canons de l’esthétique moderne. Sauf que les couples, justement, semblent le plus souvent assortis en dépit de l’harmonie la plus élémentaire. Les liens indéfectibles qui gèrent leur cohabitation, selon des règles d’entente cordiale sont d’une simplicité désarmante. Ainsi, si un homme replet et rubicond est un bon vivant, dans le même cas de figure, une femme enrobée se laisse aller. L’équivalence présente, de toute évidence, une légère différence. Le premier à évaluer l’ampleur des dégâts est, bien entendu, celui dont elle a vaillamment porté, neuf mois durant, une progéniture multiple grâce à laquelle il a contribué, cordialement et à sa manière, à arrondir ses courbes en la transformant en baudruche.

La littérature publicitaire qui fleurit de mars à septembre est intarissable sur la question. La problématique existentielle qu’elle traite régulièrement est organisée en un triptyque : jeune, belle et sexy. Le sujet est inépuisable et la question insoluble. La loi du milieu étant impénétrable, l’éventualité même d’une forme masculine de la trilogie est peu envisageable voire inconcevable. Il y a là, comme un léger différend. Nul ne s’est jamais demandé si  aucune ne s’est laissée aller à envisager un « homo tunisianus » grand comme une pyramide, blond comme les sables du Sahara, mince comme une vapeur de jasmin, sexy comme un toréador et qui aurait l’élégance européenne, le luxe et la générosité des Arabes du temps jadis associés à la délicatesse tunisoise.

L’assemblage des pièces d’un puzzle dont chacune reflète un souhait ou raconte une attente, exprime un rêve ou manifeste un désir donne le portrait-robot de celui que l’on cherche désespérément. Mais il est également connu que les montages donnent naissance  à des monstres, « mix » de fantasmes les plus rédhibitoires. De plus, il est inutile de se leurrer car cet être hybride a certainement la tête légère, ô le vilain défaut ! Autant alors conserver ses rondeurs, signe extérieur de bonheur. Et surtout supporter son destin dans l’allégresse et tolérer son quotidien dans la liesse et le cœur léger.