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Les pharaons du Caire & les aigles de Carthage

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Les pharaons du Caire & les aigles de Carthage

 

Inscrit entre les deux indépendances, celles de l’Algérie et des Etats Unis, le 3 juillet 2013 sera désormais une date à commémorer dans l’histoire de l’humanité et du monde musulman en particulier. Une indépendance non vis-à-vis d’un état ayant statut de colonisateur, mais par rapport à un pouvoir d’idéologie religieuse et d’essence théocratique. Nulle part de mémoire d’homme, on n’avait vu pareil rassemblement : 10 millions d’Egyptiens, la tête haute, à l’instar de leurs pyramides éternelles, au rendez-vous de leur histoire. Une véritable leçon de dignité se donnait à ciel ouvert et en direct, via les satellites, Place Ettahrir, pour la libération de l’obscurantisme, du fanatisme et de la tyrannie. Le monde entier s’est incliné devant le courage et la détermination de ce grand peuple d’Egypte, défiant la canicule pour arracher les rênes de l’oppression, reprendre son destin en main et à bras levés, se réapproprier une révolution usurpée. Courageux et formidables dans leur adversité représentée par le pouvoir exercé par les Frères musulmans, ils se sont rebellés : « Tamarrod » désobéira aux porte-paroles de dieu ici-bas, porteurs d’une idéologie mortifiante et mortifère. Le berceau frériste n’a pas longtemps bercé son mort-né.

Les frérots, n’auront pas fait long feu, leur 85 années d’âpres luttes pour le pouvoir, n’ont pu résister plus de treize mois à la tête de l’état, cédant à la pression de la rue, aux cris de la voix du peule. Une conclusion lamentable pour des affamés de pouvoir. Le feu d’artifice de la liberté, dans le ciel du Caire, fêtera ce grand soir pour les peuples arabes et musulmans et sonne le glas annonciateur de la fin du commerce de la religion, la banqueroute des marchands d’islam. Bizarrement, et dix jours après la destitution de l’émir du Qatar, Mohamed Morsi, président élu au suffrage universel est, de façon plutôt cavalière, remercié, par la volonté du peuple et la force des baïonnettes. L’histoire millénaire de l’Egypte inscrira, dans ses pages noires et dans sa galerie de présidents, le règne éphémère d’un despote obscurantiste, pharaon caricatural et fantoche.

Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé ne serait que pure coïncidence. «La Tunisie n’est pas l’Egypte» déclarait, Ali Larayedh, chef du gouvernement provisoire, dans un entretien avec France 24, inversant volontairement ou inconsciemment les propos tenus par les partisans de l’ancien président Hosni Moubarak, avant sa chute. Et « l’armée tunisienne est différente de celle d’Egypte » armée, est-ce la seule ?, ayant juré de défendre le peuple. Les propos de son commandant général pour qui « il est plus honorable pour l’armée de mourir que de voir le peuple (…) terrorisé et menacé » semblent pourtant devoir théoriquement se vérifier pour toutes les armées du monde. Le ridicule ne tue pas mais il met mal à l’aise et au rayon ressemblance, y a pas photo, malgré toutes les meilleures volontés de se voiler la face. Les revendications de liberté, de dignité, de démocratie sont universelles. Une faillite généralisée à tous les niveaux : économie chancelante, tourisme en berne, explosion de la misère, boom du chômage, expansion de la cherté de la vie, et en sus tous les aléas concomitants : commerce parallèle, insécurité, criminalité. Sur la scène mondiale, l’image des deux pays est peu reluisante, pour ne pas dire noire, et le meilleur sera pour nous : une milice folle et déchaînée contre les libres penseurs, les universitaires, les journalistes,les artistes …. Et prochainement les non-jeûneurs. Une régression économique et sociale fulgurante en un temps record et qui montre ce que les hommes pieux font du pouvoir : double langage, cupidité, affairisme, abus en tout genre. Il va sans dire aussi qu’il est difficile, voire aberrant, d’imposer à une population de joyeux vivants une conception fascisante de la religion.

Et les révolutions arabes auront eu le mérite de démontrer concrètement aux peuples musulmans les dangers de l’islamisme politique. Ils ont vu la piété à l’œuvre, l’utilisation de la parole de dieu dans l’exercice du pouvoir et ne sont pas près de l’oublier. Même les franges les moins instruites des populations ont compris l’ampleur de l’hérésie.

Toute tentative de « reproduire le scénario égyptien en Tunisie » pourrait conduire à d’éventuels dérapages dangereux que pourrait jouer le pays » nous prévient-on. En effet, que peut-on recommander de plus sage, quand on a la mort aux trousses ? Les mordus de la toile, eux, en tout cas expriment ouvertement la vague d’espoir qui s’exprime sur le net : « Nous avons passé le relais de la révolution à nos frères égyptiens, ils nous le rendent en nous montrant comment faire dégager les incapables et les marchands de la religion qui se drapent d’une fausse écharpe démocratique, tentant de berner tout le monde alors qu’en réalité ils se bernent eux-mêmes. ». Les fanas de foot, quant à eux, décrivent avec causticité les prouesses politiques de ceux qui ont fait les révolutions arabes, en mode sportif : « Les pharaons du caire mènent devant les aigles de Carthage. Espérons que l’égalisation ne tardera pas à venir. »