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Les pionniers de la médecine tunisienne

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Les pionniers de la médecine tunisienne

Après l’ophtalmologiste Ridha Mabrouk, le nutritionniste Khémaïs Nagati et le pneumologue Brahim el Gharbi, Livret Santé poursuit sa série « les pionniers de la médecine » en brossant le portrait d’un homme brillant et généreux qui, comme ses éminents confrères, a façonné le visage de la médecine tunisienne d’aujourd’hui. Nous avons cité le Pr Hassouna Marrakchi, l’un des pionniers de la chirurgie O.R.L en Tunisie et que nous avons rencontré pour vous.

par Emmanuelle Houerbi

Pr Hassouna Marrakchi

Chirurgien en O.R.L

❖ Quel a été votre parcours et d’où vous est venue votre vocation ?
Petit garçon, tous les matins, sur le chemin de l’école, je passais devant l’hôpital de Sfax et j’admirais les médecins sans oser imaginer devenir un jour l’un des leurs. Venant d’une famille plutôt modeste, la raison aurait voulu que je
choisisse des études courtes. Pourtant, parti à Montpellier pour une maîtrise de sciences naturelles, je n’ai pu résister à la tentation de m’inscrire en médecine. Quant au choix de ma spécialité, je le dois au professeur Yves Guerrier, alors chef de service d’ORL de l’hôpital St Charles à Montpellier, que j’admirais beaucoup. Dès le premier jour, il m’a accordé sa confiance et m’a généreusement transmis son savoir et son expérience, ainsi que ses valeurs, auxquelles je demeurerai fidèle toute ma vie. Ma plus grande satisfaction a été la Médaille d’Hippocrate qui m’a été décernée à la fin de mes études médicales, me donnant droit au titre de lauréat de
Faculté de l’année 1962.

❖ Quand êtes-vous retourné en Tunisie ?
Dès la fin de mes études, en 1963, j’ai intégré le service d’ORL de l’hôpital régional de Sfax. J’y ai effectué diverses opérations inédites ou encore très rares à Sfax: la thyroïde opérée par un ORL en avril 1964, la chirurgie de la surdité, le bec de lièvre. En 1968, j’ai rejoint l’équipe de l’hôpital Charles Nicolle, où, avec mes collègues Mustapha Attallah et Noureddine Zaoui notamment, j’ai passé 20 années d’intense activité : Notre service effectuait plus de 1500 opérations sous anesthésie générale par an, et plusieurs milliers d’opérations intéressant la pathologie de l’oreille: surdité, tympanoplastie et chirurgie de propreté.

❖ Que représente pour vous la profession de médecin ?
Je suis encore et toujours fasciné par ces hommes et ces femmes qui soignent leur prochain, et j’ai apparemment
transmis à mes enfants mon amour pour ce métier, puisque trois d’entre eux sont aujourd’hui médecins. Toute ma vie, j’ai été fidèle à mes principes; je n’ai jamais refusé mon aide et mes soins à tous ceux qui ont fait appel à mes services. J’ai aussi participé à la formation de générations de praticiens et spécialistes ORL. J’ai toujours soutenu la recherche médicale, par la participation aux principaux congrès et la publication tout au long de ma carrière de travaux scientifiques. Aujourd’hui, je m’éloigne de ces sujets pour me pencher sur notre histoire familiale qui compte, grâce à ma femme, des médecins exceptionnels. Je citerai notamment les Dr Ahmed Akrout et Azzedine Hajeri, tous deux disparus aujourd’hui.

❖ Outre votre activité médicale et scientifique,vous participez depuis toujours aux activités du Lions Club ?
En effet, aider son prochain, passe aussi par l’action sociale et humanitaire. J’ai été l’un des membres fondateurs du Lions Club de Sfax Doyen en juin 1968, et j’ai rejoint en 1996 le Club Tunis Doyen; j’ai d’ailleurs reçu en 2008 la médaille de 40 ans de « lionisme ». Enfin, et ceci restera l’un de mes souvenirs les plus émouvants, j’ai été honoré en 2003 par le président international, M. Kay K. Fukushima, pour les réalisations sociales de mon Club et nos efforts en faveur du centre d’animation d’El Agba dans le gouvernorat de Tunis. Cet espace, destiné aux enfants et aux jeunes d’un quartier très défavorisé. Il permet d’échapper à la rue en leur proposant de nombreuses activités sportives et culturelles. J’en appelle à la générosité et à l’enthousiasme de tous pour permettre à de tels projets d’être concrétisés et poursuivis, pour la santé et le bien-être de tous les Tunisiens.