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Les pionniers de la médecine tunisienne

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Les pionniers de la médecine tunisienne

Un chirurgien made in USA
Pr Mahmoud Robbana
Après un doctorat en médecine à Paris, le Pr Robbana s’est spécialisé en chirurgie aux Etats-Unis. Polyglotte, très attaché à son pays d’adoption, il est pourtant revenu en Tunisie en 1966, bardé de diplômes et de projets ambitieux. Récit d’une vie bien remplie, jalonnée de succès, de quelques déceptions et d’une motivation toujours vivace. Sans oublier une bonne dose d’humour et la fierté du devoir accompli.

par Emmanuelle Houerbi

Vous avez apparemment beaucoup apprécié les études…

(Rire…) Effectivement ! Après un premier diplôme de Physique Chimie Biologie, je comptabilise 6 années de médecine à Paris, suivies de 8 années de résidanat et de spécialisation en chirurgie générale, cardiovasculaire et thoracique aux Etats-Unis. L’Amérique était pionnière dans ce domaine, et j’ai rapidement fait miennes les pratiques médicales de ce pays, la profonde rigueur et l’exigence professionnelle et académique de mes confrères. Pendant ma double formation, j’ai eu la chance de profiter à la fois des enseignements du Pr Charles Dubost, mon maître à l’hôpital Broussais à Paris, et du Pr Michael De Bakey à Houston, Texas, tous deux pionniers reconnus de la chirurgie cardiovasculaire.

Comment avez-vous décidé de retourner en Tunisie ?

En 1961, le président Bourguiba s’était rendu aux Etats-Unis, sur l’invitation du président Kennedy, accompagné entre autres du Pr Amor Chedly, fondateur de la faculté de médecine de Tunis et directeur de l’Institut Pasteur. A cette occasion, j’ai eu la chance de pouvoir discuter avec eux de mes travaux et notamment de ma première publication, qui traitait de la forme juvénile de l’infarctus du myocarde. Ensuite, sur la demande du président et de nombreux confrères, comme le Dr Mohsen Bahri, je suis revenu à Tunis en 1966, où j’ai dirigé le service de chirurgie de l’hôpital Ernest Conseil, aujourd’hui l’hôpital de la Rabta.

Quelles ont été vos premières réalisations ?

J’ai tout d’abord participé à la réorganisation de mon service de chirurgie, en mettant l’accent sur deux points essentiels : l’asepsie et une rigueur extrême. Le chirurgien a la vie du patient entre ses mains et ne doit rien laisser au hasard. J’ai ensuite obtenu en 1968 l’achat des deux premiers pacemakers par la Tunisie, nouveauté qui a fait l’objet d’une communication dans « La Tunisie Médicale » en 1968. Enfin, j’ai tenté de créer à l’hôpital Ernest Conseil un service de chirurgie cardiovasculaire. Ce projet, qui me tenait à coeur depuis mon retour, bénéficiait du soutien du président Bourguiba, du Pr Michael De Bakey, et du Pr Mattingly, le cardiologue du président Eisenhower, qui fut dépêché auprès du président Bourguiba lors de son premier infarctus en mars 1967. Pour de multiples raisons, ce service n’a finalement pas vu le jour, ce que j’ai beaucoup regretté.

Qu’avez-vous fait ensuite ?

Après avoir été nommé professeur agrégé à la faculté de médecine en 1973, j’ai pu créer un nouveau service de chirurgie au sein de l’Institut de neurologie de l’hôpital de la Rabta, grâce à la collaboration de mon grand ami le Pr Abdelkrim Bettaieb. Ce service, de petite taille, comprenait un bloc opératoire, un service de réanimation et une quarantaine de chambres pour l’hospitalisation. Mon plus grand souci a été de former une équipe soudée et à la pointe de la technique, bénéficiant de formations régulières et variées. Les malades nous étaient envoyés de toute la Tunisie, par des confrères des hôpitaux de Tunis et de l’intérieur. L’accent était mis sur la prise en charge et le suivi méthodique de tous nos patients, lors de staffs réguliers à l’amphithéâtre de l’institut.

De quoi êtes-vous le plus fier ?

Tout au long de ma carrière, je suis resté très proche de la communauté scientifique médicale aux Etats-Unis, et je n’ai pas ménagé mes efforts pour faire avancer la médecine de mon pays. Avec le recul, je suis particulièrement fier des marques d’amitié et de reconnaissance que m’ont témoignées mes confrères, mes malades et les élèves que j’ai formés. Ce sont autant de satisfactions profondes qui justifient amplement le choix de ce métier, à la fois si beau et si exigeant.