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L’institut pasteur de Tunis se penche sur son histoire

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L’institut pasteur de Tunis se penche sur son histoire

La journée du vendredi 8 octobre 2010 a été consacrée à l’histoire de l’Institut Pasteur de Tunis qui, pour l’occasion, a invité trois personnalités du monde médical à se pencher sur quelques pans de sa glorieuse et non moins prestigieuse histoire.

par Mohamed Bergaoui

Devant un parterre de médecins dont des membres de l’Association Tunisienne d’histoire de la médecine conduits par leur Président, le Pr Hamza Saddam, d’historiens, de journalistes, d’étudiants et autres chercheurs, trois conférenciers se sont succédés, à savoir : le Pr. Anne Marie Moulin, chercheur au CNRS, le Dr. Maurice Huet, auteur du livre : « Le Pommier et l’Olivier, une biographie de Charles Nicolle » et le Pr Amor Chadli qui a longtemps présidé aux destinées de l’Institut Pasteur.
Au commencement, rappelle le Pr Anne Marie Moulin, l’Institut Pasteur de Tunis, créé en 1893, était un laboratoire de vinification, mais son rôle ne s’arrêta pas à cette mission qui fut suivi, du temps de son premier directeur, Adrien Loir par des activités de recherches microbiologiques. Cet exposé, qui se voulait une sorte de réhabilitation d’Adrian Loir, qui a dirigé l’Institut Pasteur de 1893 à 1900, a permis à l’assistance de mesurer l’étendue de l’oeuvre du premier directeur de l’Institut Pasteur. Pour le Pr Moulin, l’esprit Pasteurien a commencé avec Loir. Et, pour cause : Un service de traitement antirabique, n’avait-il pas commencé une année seulement après l’ouverture de l’Institut ? Il y allait de même du centre vaccinogène et du laboratoire d’analyses créés à quelques mois d’intervalle. A Adrian Loir, auquel le premier médecin Tunisien musulman Béchir Dinghizli avait apporté une aide appréciable en « lui ouvrant une fenêtre sur la Tunisie », précise Pr Moulin, succéda Charles Nicolle, personnalité hors pair, auquel le Dr Maurice Huet a consacré un livre biographique paru en 1995. Ce dernier, qui a longtemps travaillé dans le même Institut en qualité de Chef de laboratoire, est bien placé pour parler de Charles, prix Nobel de médecine en 1928, pour avoir découvert l’agent de transmission du typhus, maladie épidémique faisant de véritables coupes dans les populations, non seulement en Tunisie, mais dans bien d’autres pays. Retraçant les différentes péripéties de cette découverte, Dr Huet s’étendra également sur la découverte du vaccin ayant permis de mettre fin à ce fléau arrivé à un moment où bien d’autres maladies sévissaient dans la société Tunisienne et de part le monde, telles le trachome, la peste, etc. Paul Duran et Hélène Sparo, Polonaise ayant atterri à l’Institut Pasteur en 1924 ont trouvé, souligne le conférencier, « la manière élégante de ce vaccin » qui mit fin à ce fléau. Du générique avec les deux premiers conférenciers, l’assistance a eu droit à un brillant exposé sur « l’histoire de la poliomyélite et l’Institut Pasteur » donnée par le Pr. Amor Chadli, premier directeur de l’Institut Pasteur de Tunis après l’indépendance. Cette maladie connue dans les pays développés, n’évoluait que faiblement dans les pays en voie de développement, souligne le conférencier, ajoutant qu’en Tunisie, ce n’est qu’en 1937, qu’on retrouvait pour la première fois une trace de l’existence de cette maladie. En effet, précise-t-il, à cette date, la Tunisie importait de l’Institut Pasteur de Paris des doses de vaccins contre la poliomyélite.
Après l’indépendance du pays et plus précisément en 1958 et 1959, des centaines de doses furent importées avant de voir cette maladie prendre les allures d’une véritable épidémie ayant nécessité une vaccination à grande échelle. Option fut prise pour la vaccination buccale. S’inspirant des Russes, qui avaient opté pour ce mode de vaccination moins coûteux et pouvant toucher le plus grand nombre d’enfants, la Tunisie suit. Un vrai succès. 1 million 200 mille enfants âgés entre 3 mois et 12 ans, soit plus de 90% des enfants, furent vaccinés en un temps record et les rappels furent aussi administrés avec la même célérité. Aujourd’hui, cette maladie, qui ressurgira en 1966 avec 105 cas recensés, n’est plus qu’un mauvais souvenir.