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Malades du Sida la vie devant soi

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Malades du Sida la vie devant soi

Dr Mohamed Chakroun est un spécialiste, au niveau national, des questions traitant des maladies infectieuses en général et du Virus de l’Immunodéficience Humaine (VIH) en particulier. Pour Livret Santé, il évoque la prise en charge des personnes vivant avec le VIH (PVVIH).

Comment est gérée la préparation des malades au traitement antirétroviral ?

Le traitement antirétroviral n’est pas systématique chez toute personne vivant avec le VIH (PVVIH). Il est indiqué chez les personnes symptomatiques ou lorsque le déficit immunitaire est modéré à sévère avec un taux de lymphocytes CD4 < 350/mm3.
Lorsque l’état clinique et/ou immuno-virologique du patient nécessite un traitement antirétroviral, celui-ci ne doit pas être proposé dans l’urgence. En effet, comparativement à d’autres thérapeutiques disponibles, le traitement antirétroviral présente deux particularités, à savoir une durée actuellement indéfinie et la nécessité d’une bonne observance.
L’observance, qui correspond au respect des prises des médicaments selon les directives et les consignes du médecin traitant, constitue un élément clé du succès de tout traitement antirétroviral. De ce fait, il est important de faire précéder l’initiation du traitement par une bonne préparation afin d’optimiser l’observance. La préparation au traitement doit comporter l’information explicite du patient sur les modalités du traitement et sa sensibilisation sur les conséquences graves de tout arrêt thérapeutique. Cette étape est également importante pour apprécier son acceptabilité à entamer le traitement et son degré de motivation pour le poursuivre pendant une longue durée. Il est préférable de différer l’initiation d’un traitement antirétroviral chez les PVVIH non motivées afin de ne pas compromettre les options thérapeutiques ultérieures.

Quels sont les objectifs actuels du traitement antirétroviral ?

L’objectif principal de la trithérapie antirétrovirale est la restauration de l’immunité cellulaire. Une trithérapie puissante et efficace devrait permettre l’obtention d’une charge virale plasmatique (CVP) indétectable à 6 mois et une augmentation notable du nombre des lymphocytes CD4.
La restauration de l’immunité se traduit cliniquement par une amélioration de l’état général avec une reprise de l’appétit et une prise du poids, une reprise d’une activité normale et donc une amélioration de la qualité de vie. Elle s’accompagne également de la disparition du risque de survenue d’infections opportunistes et de certaines formes de néoplasies, ce qui entraîne une diminution notable de la mortalité liée à l’infection à VIH.

Dr. Mohamed Chakroun est professeur hospitalo-universitaire en maladies infectieuses, Chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital Fattouma Bourguiba Monastir, membre du comité national de prise en charge médicale et psychosociale des PVVIH, consultant national dans le domaine de l’infection à VIH, coordinateur scientifique des recommandations nationales sur la trithérapie antirétrovirale (2011) et ancien président de la Société Tunisienne de Pathologie Infectieuse (2007-2010).

Quelles sont les difficultés rencontrées par les malades pour suivre leur traitement ?

Il y a quelques années, les ruptures de stocks des ARV représentaient le principal obstacle à la poursuite du traitement. Avec les progrès réalisés dans la gestion des commandes et des stocks, ce problème ne se pose plus. Il en est de même pour les difficultés d’accès au centre hospitalier en raison des ressources limitées de certaines PVVIH. L’apport bénéfique des assistantes sociales et les aides présentées par les associations doit également être souligné.
Plusieurs facteurs peuvent influencer le degré d’adhésion au traitement. L’apparition d’effets indésirables gênants ou la crainte d’une toxicité a un impact négatif sur le degré d’observance. Le nombre élevé de comprimés et les horaires de prise inadaptées au mode de vie du PVVIH peuvent favoriser les prises irrégulières.
La dépression et la poursuite de la consommation d’alcool peuvent aussi être des facteurs d’oublis de prise. De même, la crainte d’être vu en train de prendre les médicaments favorise les sauts de prise et les écarts dans les horaires.
Ainsi, à chaque consultation, le médecin doit rechercher et identifier les difficultés éventuelles (psychologiques, relationnelles, matérielles, etc.) du PVVIH et détecter l’apparition d’effets indésirables qui peuvent perturber l’observance thérapeutique.

Comment peut-on améliorer l’observance du traitement par les antirétroviraux ?

A la différence d’autres classes thérapeutiques, l’efficacité des antirétroviraux est étroitement dépendante de leur degré d’observance. Plusieurs études récentes ont montré que l’observance thérapeutique peut diminuer brutalement d’un moment à l’autre d’où l’importance de l’accompagnement et du soutien psychologique de la PVVIH tout au long du traitement. Pour cela, il est recommandé de prévoir, au cours des consultations de suivi, des séances d’éducation thérapeutique qui visent à aider les PVVIH au maintien de la motivation nécessaire à la gestion de leur maladie, de leur traitement et à l’amélioration de leur qualité de vie. A chaque consultation de suivi, il est important de vérifier la tolérance du traitement et de détecter à temps les difficultés socio-professionnelles.
Au cours des séances d’éducation thérapeutique, le médecin doit toujours rappeler l’importance des mesures hygiéno-diététiques, encourager l’exercice physique régulier et aborder deux notions importantes : la prévention de la transmission du virus et la prévention des complications.

Quels sentiments vous animent et quels messages avez-vous à transmettre aux PVVIH ?

Environ une trentaine d’années après la notification du premier cas d’infection à VIH dans le monde, la physionomie et le pronostic de l’infection à VIH se sont transformés. D’une maladie grave et meurtrière, nous sommes passés à une infection chronique, compatible avec une activité professionnelle, sociale et familiale tout à fait normale. Les PVVIH peuvent dorénavant prévoir des projets familiaux et professionnels à moyen et à long terme. Grâce aux progrès accomplis dans le domaine de la prévention de la transmission mère-enfant du VIH, les couples séropositifs et séro-différents peuvent, actuellement, envisager d’avoir des enfants indemnes et construire une famille. L’espérance de vie des PVVIH traités a dépassé celle d’autres maladies infectieuses ou néoplasiques.

Le mot de la fin ?

A l’heure où les traitements ont transformé radicalement le pronostic de la maladie, il est essentiel de ne pas relâcher les efforts de prévention et de dépistage mais plutôt les renforcer et les maintenir à un rythme soutenu au cours de l’année, en adaptant les messages et les moyens à chaque groupe à risque.
La création de centres de conseil et de dépistage anonyme et gratuit (CCDAG) dans toutes les régions constitue un acquis important sur la voie du dépistage précoce et de la prévention de l’infection à VIH. Toutefois, des efforts de promotion de ces centres auprès des jeunes et particulièrement auprès des populations les plus à risque et les plus vulnérables sont nécessaires.
Enfin, il faut espérer que les années à venir apportent d’autres avancées déterminantes telles que l’avènement de médicaments moins toxiques et plus efficaces, permettant de réduire les réservoirs viraux, et d’éradiquer le virus ou la découverte d’un vaccin anti-VIH ayant une efficacité raisonnable.