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Mehdi Mahjoub, Tombé en humour

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Mehdi Mahjoub, Tombé en humour

Le rire est le meilleur des antistress, le plus économique et le plus facile à mettre en place. Rire détend les muscles, et l’individu tout entier par la même occasion, dilate les vaisseaux sanguins… et la rate oui, on le sait ! Il permet donc au sang de mieux circuler dans tout notre organisme. Un bon éclat de rire réduit le taux des hormones du stress (epinéprine et cortisol). Et c’est bien de rire qu’il est question avec Mehdi Mahjoub, puisque l’humour est son métier. Encore méconnu il y a quelques années, cet humoriste en herbe fait de plus en plus parler de lui. Finaliste au concours de l’humour du Nescafé Comedy Show à la seconde place, rien, pourtant, ne présageait d’une telle tournure dans la vie de ce doctorant en Finance.

par Jaouida Ben Aouali

Ayant, durant une dizaine d’années, travaillé dans l’enseignement universitaire et le coaching auprès de nombreuses universités sur tout le territoire tunisien (ENIT, IHEC, Ecole Polytechnique, SUPCOM, Dauphine, ESPRIT, MSB…), spécialement dans le domaine de l’entrepreneuriat et l’innovation, il percevait le manque d’humour comme un déficit de créativité, voire un manque de crédibilité et de sérieux, et l’humour comme une des expressions les plus fortes de la créativité. Il a ainsi fait de l’humour, une philosophie et un art de vivre, une approche créative, amusante et lui permettant de penser en dehors des sentiers battus. Une attitude positive qui lui a permis de gagner la confiance de ses responsables, de ses clients et son entourage et de gravir les échelons dans différents domaines mais, surtout, d’aborder les problèmes et accidents de la vie en les transformant en atouts et leçons.

Qui est Sami ? Manage-t-il votre carrière ?

C’est un ami depuis les études secondaires au collège. En fait, j’ai sollicité l’intervention de tous mes amis pour gérer différentes parties de l’organisation : pour l’opération de teaser les photos ont été prises dans le bureau de l’un d’entre eux, celles des affiches ont été réalisées par un autre, la mise en scène a été prise en charge par Hatem Karoui, un autre de mes amis… c’est le système D qui a fonctionné dans mon cas.

Comment a commencé l’aventure de Mehdi Mahjoub ? Faisiez-vous rire votre maman ?

J’avoue que non (rires) ! Ma mère et mon père sont les deux seules personnes que j’évite d’aborder sous cet angle !

En fait tout a commencé quand j’assurais un travail d’entrepreneuriat, de lancement de projets, dans le cadre de l’achèvement d’une thèse en Finance. Alors que je me sentais peu crédible dans mon rôle de coach, j’ai entendu parler de « Lamma Slam » de Hatem Karoui et Anis Zgarni, une scène ouverte à tous et à toutes au Café Culturel Liber’thé, et je m’y suis rendu pour découvrir cette manifestation mensuelle où tous les sujets peuvent être abordés librement à la façon slam. J’y ai alors découvert le sens de la scène, avec une performance à partir d’écrits en français ou en arabe. A ma troisième performance, qui abordait le thème des gens d’antan, j’avais oublié le papier que j’avais préparé et je me suis lancé sans filets. La réaction de l’auditoire a été tellement positive face à ma prestation que j’ai décidé de poursuivre l’expérience. Passionné par le théâtre, je me suis présenté au concours de l’humour du Nescafé Comedy Show où j’ai été sélectionné parmi les finalistes. Ce qui m’a permis de devenir chroniqueur avec Jaâfar Guesmi sur IFM dans son émission ramadanesque « Ezz El Gharghour », et j’ai bénéficié de ses conseils. L’avantage à la radio, c’est que c’est une ambiance très conviviale, avec un Jaafar qui investit le studio de la même façon qu’au théâtre et j’y ai beaucoup appris à ses côtés. J’ai également assisté à la préparation de ses spectacles, à sa manière de tester sa mise en scène et son éclairage, au sérieux de son travail, veillant au moindre détail. Lorsque je lui ai parlé de l’idée d’un spectacle sur la vie de couple, inspiré du livre Les hommes viennent de Mars et les femmes viennent de Vénus, il m’a vivement encouragé à réaliser cette idée et à faire un stand-up.

Le premier exercice à Kairouan en 2014 était très difficile, le public était essentiellement composé d’hommes alors que le thème de mon spectacle traitait des relations hommes-femmes, en outre, les spectateurs n’étaient pas venus pour un stand-up mais pour une prestation de chant. La deuxième étape s’est déroulée à Bizerte et là, j’ai totalement pris confiance en moi, avec un public différent et plus interactif. Ce fut ensuite un enchainement positif avec Sfax et Djerba, sans compter mon passage à Kélibia où la communication passait tellement bien avec le public que les organisateurs me faisaient des signes me signifiant que j’ai débordé sur mon créneau horaire. J’ai alors compris que j’avais de la matière et que je pouvais attaquer les petites salles. J’ai fait une expérience de dix minutes au Café Théâtre pour repérer les lieux et c’est alors que je me suis fixé pour objectif cet espace pour un vrai spectacle. Il me fallait alors recourir aux services d’un metteur en scène pour la gestion de l’éclairage, du jeu de scène, de la musique d’accompagnement… C’est à Hatem Karoui que je me suis adressé, cet ami de longue date qui a toujours été à mes côtés, qui m’a coaché lors d’un Lamma Slam et à qui j’ai exposé le texte que j’avais préparé, la veille, pour la finale du Nescafé Comedy Show. Je n’oublierai d’ailleurs jamais sa tête à ce moment là, semblant vouloir me dire « non, pas ce texte ! ». Nous avons alors travaillé toute la nuit et j’ai passé la journée entière sur les nerfs. Cela pour vous dire qu’il a été d’un très bon conseil pour moi, me dissuadant même de passer sur les plateaux télé alors que je commence à peine ma carrière d’humoriste, risquant de rater le coche à vouloir brûler les étapes. Cependant, Hatem a continué à m’accompagner et m’aider dans la préparation d’un spectacle que je voulais organiser et ce, durant deux mois à raison de deux fois par semaine, entre lesquelles je faisais des essais avec mes amis Sofiène et Borhane le soir après le travail. Il s’agit du Stand-Up Show au Café-Théâtre Le Mondial. Nous nous sommes finalement, avec Hatem, décidé pour le vendredi 12 février, sachant que mon spectacle traitait des couples, que la Saint Valentin tombait un dimanche et que le samedi était peu propice à une manifestation théâtrale. Depuis, toutes les trois semaines je fais mon apparition.

Le plus drôle, dans toute cette aventure, c’est qu’il y a trois ans de là, nous faisions, avec un ami, la liste des rêves que nous souhaitions réaliser, parmi lesquels j’avais mis le tour du monde, la rédaction d’un livre et monter sur scène, ce qui constituait l’objectif le plus difficile à atteindre à mes yeux.

Vous êtes un véritable boute-en-train sur scène, êtes-vous un joyeux luron dans la vie ?

Complètement. Je pense que la vie doit être pleinement vécue et riche d’expériences. Je porte plusieurs casquettes étant à la fois travailleur, enseignant, bénévole, j’aime aussi beaucoup rigoler, et ne sont mes amis que les plaisantins, faire des randonnées, partager, aider les autres. Il me semble même parfois que le sommeil est une perte de temps.

Sachant que le rire est une thérapie, quel impact a, sur vous, le fait de faire rire ?

J’ai choisi de me lancer dans le métier d’humoriste parce que j’aime rire et j’aime voir rire autour de moi, j’aime partager cette bonne humeur. D’ailleurs l’idée m’est venue à travers les workshops et les conférences que je suis amené à faire et où je mets beaucoup d’humour pour capter l’intérêt de mon auditoire. Je me nourris, par ailleurs, du rire des autres.

Au cours de votre intervention au Nescafé Comedy Show, vous avez qualifié la femme en ces termes : « Emsah, dok, ross, koul ». A travers cette boutade, quelle critique adressez-vous à la société tunisienne quant à la question de la femme en Tunisie ?

La démarche consistait en un balayage historique, géographique, culturel, avec une référence à l’héritage culturel et mes recherches relatives aux proverbes tunisiens sur les hommes et les femmes se sont basées sur deux ouvrages de Tahar Fezaâ, je n’y ai trouvé qu’un seul proverbe sur les hommes : « On ne peut faire confiance ni aux hommes ni au temps ». Alors qu’une multitude d’adages concernaient les femmes. J’ai même consulté mon grand-père pour compléter mes informations. J’ai donc voulu, à travers ma bouche, faire parler les gens d’antan. Pour approfondir, qui a inventé ces proverbes si ce ne sont les femmes elles-mêmes ?

Je voulais faire un étalage du produit tunisien au Tunisien, de son histoire, de son héritage, y compris dans la vie de couple. Dans mon autre spectacle je rappelle aux Tunisiens ce qu’a fait la femme pour la Tunisie, d’Alyssa à Aziza Othmana en passant par La Kahéna et que la plus grande civilisation produite a été celle initiée par Alyssa, qui a duré plus de 950 ans ce qui n’est pas négligeable. Je voulais dire à l’homme tunisien « connais ton héritage et ton histoire, la femme y a joué un grand rôle ». Je conclus d’ailleurs avec cette idée que nul n’est mieux que l’autre, même si l’on ne peut changer un héritage mais cela suscite la remise en question.

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