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Mohamed Ali Ben Hénia Première

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Mohamed Ali Ben Hénia Première

Dans l’ambiance feutrée d’un bistrot, Dali, scénographe hors pair, se dévoile au fil de la conversation et se livre sans prétention aucune et avec beaucoup de spontanéité. Cet artiste dans l’âme, qui travaille avec son label «Armaguedon », est spécialisé dans l’organisation d’évènements, de soirées et de tournages cinématographiques.

Il a ainsi contribué à la soirée cubaine de Tunisiana, aux soirées Fashion TV et Fashion Week, il a été chef décorateur sur les tournages de « Prison Brika », « Njoum Ellil I » et de la sitcom « Colloque », il s’est également engagé dans la réalisation des spots publicitaires de Total, de l’OMS, du PNUD et d’ONU Sida et enfin Samsung lui a confié la soirée de lancement de ses nouveaux produits.

En quoi consiste, pour vous, le métier de décorateur ?

C’est un chemin d’études, une culture née chez soi. Tout le monde peut être décorateur, il suffit d’avoir du goût, c’est le côté technique qui est à apprendre et à développer. La décoration consiste à adapter et améliorer un espace, à le rendre fonctionnel et agréable tout en conjugant le rapport  entre les vides et les pleins, les ombres et les lumières. Il faut décorer un espace avec une logique spaciale technique et axionométrique afin de concevoir un environnement agréable et fonctionnel, où il fait bon vivre, qu’il s’agisse d’une maison, d’un salon de thé, d’un plateau de tournage, etc.

Justement, étant donné que la scénographie est votre spécialité, quelle est la différence entre l’aménagement d’un espace privé ou professionnel et celui d’un plateau de tournage ?

Le principe de la scénographie n’a aucune commune mesure avec l’architecture intérieure. Cette dernière obéit à des codes et des normes internationales, une porte ne doit pas dépasser les 2,20 m par exemple, mais en tant que scénographe on n’est astreint à aucune règle. Le scénographe est libre de jouer avec l’espace comme bon lui semble et d’enfreindre des normes universelles, en ce sens que l’on peut créer une porte de 4 m sur 3 m ou un lustre démesurément grand par rapport à la pièce où il se trouve. La scénographie est du domaine du théâtral et de l’imaginaire où la notion du concret est très personnelle et donc malléable.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Le quotidien m’inspire beaucoup bien sûr, mais le retour aux sources entre pour une grande part dans ma créativité ; le Moyen Âge, le Classicisme, Antonio Gaudi, Salvador Dali, Leonardo Da Vinci, tous ceux qui nous ont précédés…Pour moi, le retour aux sources est essentiel car nous innovons à partir d’une culture passée. Nous sommes en train d’adapter ce qui a déjà été créé ou vécu pour le transposer à notre époque, je me suis inspiré, par exemple, de la seconde guerre mondiale pour créer un décor théâtral.

Y a-t-il eu un courant artistique ou un évènement qui vous a marqué ?

Je suis un  grand passionné du Moyen Âge pour la richesse de cette période. Cette période est à la base de toute une culture, que ce soit sur les plans, social, économique ou artistique, elle a été le berceau de la Renaissance, de la révolution de la perception, du maniérisme du XVIè siècle, avec lequel on a commencé à adapter l’espace de façon subjective. Je suis également passionné par la mythologie grecque où l’imaginaire transcende tous les récits ; elle regorge de sources d’inspiration et « Les Métamorphoses » d’Ovide, chargées de faits surnaturels et poussant le surréel à l’excès, me viennent immédiatement à l’esprit.

Alors peut-on dire que le courant surréaliste, dont Salvador Dali et Magritte sont les illustres représentants, fait également partie de vos références ?

Absolument. Lors d’un évènement pour Samsung à l’Acropolium, j’ai reconstitué une scène du débarquement de César à Carthage en mêlant histoire et surréalisme pour mieux marquer certains caractères des personnages.

Si vous ne deviez conserver que trois éléments de décoration dans votre salon, lesquels seraient-ce ?

Le canapé, c’est évident, le lustre, c’est un élément de décoration dont je raffole, et la table basse, objet pratique et fonctionnel, car je n’aime pas les choses qui traînent par terre.

Quelles sont les tendances 2013 qui vous parlent le plus ?

Nous vivons actuellement une époque très riche à tous les niveaux, particulièrement dans les domaines de la mode et de l’art où le style minimaliste flirte avec un style baroque revisité, on le voit bien avec Roberto Cavalli et Mac Queen dans la mode. Pour ma part, alors que chez moi le décor est épuré, dans mon travail j’opte souvent pour le baroque qui répond parfaitement aux besoins de la mise en scène et des tournages où tout est dans l’exagération. Par ailleurs, et de nos jours, toutes les tendances se côtoient et l’expression artistique n’a jamais été aussi prolixe. Ce qui s’explique par la rapidité avec laquelle les sociétés évoluent et, surtout, les progrès scientifiques et techniques qui ont permis de repousser les limites de la créativité. On peut fabriquer un lustre en aluminium, par exemple, ou réaliser une maison en verre…Voyez actuellement la toute dernière invention qui est l’imprimante 3D et qui permet de reproduire à l’identique un objet quelconque.

Votre métier ne comporte pas de régularité au niveau horaire et les périodes de stress sont nombreuses. Comment faites-vous pour les gérer ?

Dans les domaines de événementielle et de la décoration le travail lui-même est irrégulier. Il m’arrive de travailler durant huit mois non stop, comme je peux aussi passer quatre à cinq mois sans aucune commande. Ce sont ces périodes que je mets à profit pour me ressourcer et prendre du repos. Je voyage, je fais de la peinture, c’est également pour moi l’occasion de me mettre à jour et de faire les salles de cinéma et de théâtre. Autrement, et pendant le travail, sachant que le stress est inévitable, je fais avec et je m’organise en répartissant les tâches dont j’ai la responsabilité. Ceci me permet de supporter les poussées d’adrénaline sans paniquer, d’autant que je récupère, à chaque fois que c’est possible, en m’isolant et en dormant.

Comment faites-vous pour rester en forme ?

Je commence ma journée avec un petit-déjeuner complet et très copieux, avec beaucoup de lait, les fruits, les céréales et les œufs font, bien sûr, partie du menu. Je bois aussi beaucoup d’eau, car une bonne hydratation fait partie d’une bonne forme physique, et je marche aussi beaucoup.

Une bonne santé psychique est également essentielle à l’organisme, c’est pourquoi je profite du moindre moment pour m’amuser et me détendre, ce qui me permet de traverser les moments de tension extrême sans aucun problème. Lorsque la tête va, tout va.

Prenez-vous soin de votre santé ?

Bien entendu. Hormis le fait de manger sainement, je fais du sport, cyclisme et natation, même si ce n’est pas très régulier du fait de ma profession.

Quels sont vos gestes santé au quotidien ?

Au quotidien, je n’ai aucun rituel santé, par contre, et au moins une fois par semaine, je me réserve une séance de massages ou de hammam.

Quelles sont les maladies dont vous vous méfiez ?

Les MST sous toutes leurs formes. J’ai travaillé avec l’association ONU Sida et cela m’a beaucoup impressionné.

Quels conseils donneriez-vous à nos lecteurs ?

Il faut être positif et croire en ses rêves, se fixer un but et se donner les moyens pour l’atteindre.  Il faut aussi être bon et généreux car le retour ne peut qu’apporter l’équilibre et la richesse intérieure. Une alimentation saine et équilibrée est, bien sûr, recommandée, même si parfois on déroge à la règle.
Ne dit-on pas « un esprit sain dans un corps sain » ?

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