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Mohamed Driss Le parcours du combattant d’un bienfaiteur inlassable

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Mohamed Driss Le parcours du combattant d’un bienfaiteur inlassable

« Mon fils ! Ne manque jamais d’aider les gens dans le besoin ». Telle fut la dernière recommandation que lui a faite son père avant de rejoindre un monde meilleur. Des mots qui raisonnent encore et toujours dans les oreilles de Mohamed Driss, qui en a même fait un devoir prioritaire. Voilà comment ce brillant homme d’affaires, qui dirige l’un des groupes les plus importants du pays, a hérité ce sens de la générosité hors du commun. Un homme au coeur grand comme ça !

par Chiraz Ounaïs

 

Mais voila ! Ce ne fut pas une sinécure sous un règne où l’intérêt individuel prime au-delà de toute autre
considération. Pour exaucer les derniers voeux de son défunt père et satisfaire ce qui est devenu une passion qui lui colle à la peau, un vrai besoin. Et s’il a réussi à en assouvir certains en organisant annuellement des cérémonies de circoncision en faveur de garçons dans le besoin ou en ne ratant aucune occasion pour offrir des dons et des soutiens matériels, ses projets les plus ambitieux se sont échoués sur les récifs des « seigneurs » insatiables qui régnaient sans partage. Il faut dire que Mohamed Driss n’y allait pas par le dos de la cuillère quand il s’agissait de bienfaisance. Ce fut d’abord un projet de cité universitaire de luxe lancé dès le mois de mars 1987, juste en face du campus universitaire sur un terrain mitoyen du centre Alyssa. Mais l’endroit suscitait des convoitises aux desseins peu scrupuleux. Et dire que les étudiants démunis devaient en bénéficier à titre gracieux. Hélas ! Le changement changea tous les plans et c’est un projet immobilier qui fut érigé en lieu et place de l’oeuvre sociale. Qu’à cela ne tienne ! Notre mécène n’était pas du genre à se laisser démonter par pareille ignominie. Nous sommes cette fois en 1994, en pleine ascension de la nouvelle famille régnante, les Trabelsi. Mohamed Driss revient à la charge avec un projet encore plus éblouissant en proposant de prendre en charge la création d’un centre culturel doté d’une cité universitaire de 300 lits, avec toutes les commodités qui vont avec : bibliothèque, salle de réunion, sanitaires individuels dans chaque chambre, sur un terrain situé aux Berges du Lac et généreusement offert par le propriétaire de céans, Cheikh Salah Kamel. Mohamed Driss comptait même faire plus en prenant en charge l’hébergement des étudiants locataires des lieux. Sacrilège, Monsieur Driss ! Les Berges du Lac étaient dans le collimateur de la horde de caïds lâchée à la conquête des biens du pays par le palais de Carthage. Nouveau revers pour les plus démunis. En fait, le seul projet qui a échappé à l’avidité sans scrupule des vautours de la régence c’est celui du dispensaire de la localité de Barrama dans le gouvernorat de Siliana initié et totalement pris en charge par Mohamed Driss, dès le mois de décembre 1992. Donc bien avant l’instauration du 26-26, qui a rempli les coffres du palais de Sidi Dhrif, et qui doit sa concrétisation au fait qu’il enlevait une épine du pied du « sauveur masqué » en lui réalisant l’une de ses promesses suite à sa première visite à des zones de l’ombre. Et puis, la région n’était d’aucun intérêt pour les ambitions de la famille régnante.

Le cadeau empoisonné
Ce vaste parcours de bienfaisance a fini par amener notre bienfaiteur à croiser, malgré lui, le chemin de l’épouse du
président déchu, Leïla Trabelsi. Celle qui, à un moment donné, s’est érigée en apôtre exclusif des bonnes cause,
allant même jusqu’à décider des bonnes oeuvres d’autrui. Une mésaventure que va vivre Mohamed Driss en
proposant pour la énième fois ses bons et loyaux services pour venir en aide aux personnes âgées. « Quant j’ai

« Ben Ali a détourné mon don au 26-26 en falsifiant le chèque »

« Chaque année, et comme tous les Tunisiens, je participais à la campagne de dons en faveur du 26-26.

Et avec conviction je peux dire puisque, comme tous les Tunisiens également je pensais que cela servait de bonnes causes. Pour la dernière campagne de 2010, j’ai donc signé comme d’habitude un chèque de dons à l’ordre du 26-26. Là, la précision est importante et il faut bien noter que c’est à l’ordre du 26-26, car ce que les gens ne savaient pas c’est que ce n’est pas la même chose que le Fond de solidarité nationale (FSN). En effet, l’argent qui était versé à ce fond, allait directement dans la poche de Ben Ali. D’habitude moins regardant, cette fois j’ai bien fait attention de suivre à la trace ce dernier chèque. Et pour cause ! Suite à mon versement, le fameux Sadok Aoun me contacta par téléphone pour m’annoncer que Ben Ali n’était pas satisfait du montant de la donation, 99.000 DT, et qu’il en voulait 100.000 Dt. Je ne pu qu’obtempérer en ajoutant le million supplémentaire, mais tout en prenant soin de mener ma propre enquête pour savoir pourquoi le président déchu s’intéressait en personne aux montants des dons remis individuellement. Cet argent était en fait illicitement détourné dans le compte du FSN, en quelque sorte le compte personnel du président, par simple rature de la mention 26-26 dans l’ordre du chèque et son remplacement par Fond de solidarité nationale. Et le tour était joué ! »

appris que le ministère des Affaires sociales avait décidé

d’instaurer une journée nationale dédiée aux personnes âgées, et compte tenu de la place importante qu’occupe le volet social dans ma vie, l’idée de construire une maison d’accueil pour les plus défavorisées d’entre elles m’est tout de suite venue à l’esprit. J’ai alors contacté l’autorité de tutelle pour proposer mon projet. A l’époque, un projet similaire prévu à Gammarth était à l’étude, mais était resté lettre morte, et l’on me proposa de le réactiver. Le terrain à bâtir que l’on me présenta m’a émerveillé et l’endroit était propice pour offrir une retraite paisible aux vieilles personnes démunies. J’ai même décidé une extension des plans prévus initialement et qui prévoyaient des logements pour 84 personnes que j’ai fait passer à 132 en ajoutant un deuxième étage à la bâtisse », nous raconte Mohamed Driss. Tout semblait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes et notre homme d’affaires était si enthousiaste qu’il pensait déjà à un projet similaire à monter à Sfax, mais sa condition première était que ces oeuvres portent le nom de son défunt père, Sadok Driss, son mentor en terme de bienfaisance, encore plus généreux que le fiston même. Et c’est là alors que va intervenir le cadeau empoisonné qu’allait lui proposer l’ex-président. « Je m’attendais à la présence d’un ministre tel que celui des Affaires sociales pour la cérémonie de pose de la première pierre, mais un certain Sadok Aoun, « grandes oreilles » de Ben Ali au ministère de l’Intérieur, m’a joint au téléphone pour m’annoncer que le président voulait me faire une fleur en m’envoyant sa propre épouse pour la cérémonie. Et quelle fleur ! Le nom de mon père n’avait alors plus ieu de cité sur la plaque commémorative. La liste des personnes que j’ai invitées a été totalement rejetée par la présidence, et pourtant elle ne comportait que les noms de ma famille la plus proche. Ainsi ni ma femme, ni mon frère, ni encore mon fils auquel je voulais inculquer la culture de la générosité telle que me l’a transmise mon propre père, n’ont pu assister à ce jour que j’avais imaginé historique pour ma famille au début, mais qui a tourné à une vraie peine et déception personnelle. Dieu merci, j’ai pu réparer cette injustice, et aujourd’hui une nouvelle plaque commémorative trône à l’entrée de la maison d’accueil dont les travaux se poursuivent et qui arrivera à terme comme je l’avais toujours promis ». En attendant que cette maison de retraite dorée fasse le bonheur des plus démunies, notre mécène a ajouté une nouvelle pierre à son édifice de charité en prenant en charge les soeurs du héros national, Mohamed Bouazizi, qui se sont installées à Tunis. Mohamed Driss les a ainsi logées dans son hôtel « Le Diplomat », le temps que l’appartement qu’il leur a offert soit prêt. Aujourd’hui les deux soeurs ont reçu leurs clés et logent désormais dans leur nouveau lit douillet.Que du bonheur !■