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Mouled et tout le Saint-Frusquin

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Mouled et tout  le Saint-Frusquin
par Héla Msellati

Le 3 janvier du calendrier grégorien correspond cette année au 12 du mois de  rabia al awall, troisième de l’année musulmane et date approximative de la naissance du Prophète. Partout dans le monde, bon nombre de musulmans, sunnites ou chiites, s’accordent à célébrer cette fête qui reste controversée par les plus orthodoxes parce que non authentiquement sacrée. Tout comme son pendant chrétien, Noël, tardif dans les pratiques et sans origine biblique, la fête préférée des Tunisiens ne figure pas dans la sunna et est encore moins mentionnée par le Coran. Tant et si bien que de nombreux théologiens et différents courants de jurisprudence islamique continuent à en discuter la légitimité.  Innové en 984 (362 de l’hégire), annulé en  972 (490 de l’hégire) il est de nouveau fêté en 1207, d’abord par les chiites, une « bidâa » étrangère à l’Islam et  instaurée par la dynastie fatimide. Celle-ci, qui avait pour coutume de célébrer quantité d’anniversaires, celui du Prophète et d’Ali, de Fatma et du calife au pouvoir, dans la lancée importa la cérémonie au Maghreb sous sa domination à cette époque.

De nos jours, le Mouled est férié dans la plupart des pays musulmans ; il fut célébré  pour la première fois dans la capitale du califat fatimide d’alors, Le Caire. Cette dernière ne le considère pourtant pas comme un évènement proprement religieux. Dans le berceau des civilisations, toutes les occasions pour propices à faire la fête, se réunir et bien manger et, à l’instar de l’Egypte pharaonique où chaque ville a un dieu local, aujourd’hui encore chaque village ou quartier a un saint à fêter. Si le Mouled Ennabaoui reste la plus importante naissance à fêter, à travers toute l’Egypte,  les autres Mouled y sont tout aussi nombreux, d’obédience tant islamique  que copte, davantage traditions populaires que rites religieux. Sanctuaires ou mosquées, zaouïas ou marabouts portent ainsi  le nom d’un saint, d’un cheikh  ou d’un imam qui y est inhumé, faisant connaître aux Egyptiens, l’année durant,  de joyeuses festivités commémoratives.

Il y a d’abord au mois de juillet l’anniversaire de Fatma Al-Nabawiya, fille du prophète, dans le quartier de Darb al-Ahmar, au Caire. En août, la ville fête Sayyedna El-Hussein, petit-fils du prophète, puis vient celui  d’Essaïda Zeïneb, sa petite-fille; la cérémonie se tenant derrière la mosquée à son nom et où elle est inhumée. Très couru, ce Mouled draine beaucoup de monde en septembre. Le même mois la Citadelle du Caire fête   Mouled Al-Refai alors qu’à une dizaine de kilomètres d’Assiout, Mouled Al-Adra, un Mouled copte est consacré à la Vierge Marie et se tient au monastère de la Sainte  Vierge. En octobre et après la vente des récoltes de coton, dans le delta du Nil et à Tanta, quatrième ville d’Égypte, à mi-chemin entre Le Caire et Alexandrie, c’est le Mouled Essayed El-Badawi, très populaire et attirant plus d’ un million de personnes. La fête dure sept jours rythmés de « dhikrs » et louanges rendus au saint par des adeptes en transes. Octobre, c’est aussi un autre Mouled copte, celui de Mari Girgis, à Louxor. Cette ville accueille également Mouled Abou al-Hagga al-Uqsuri, au cours du mois musulman de chaâbane.  Non sans oublier ceux de l’imam Ali Ben Abi Taleb, petit-fils du prophète, de Noufissa et de Aicha. Vient ensuite, l’anniversaire de Sayed Al Morsi Abou al Abbas à Alexandrie. Autant de festivités qui se tiennent dans les places et ruelles avoisinant le lieu consacré au saint.

En Egypte, la préparation du Mouled démarre avec les « mawalidiyas », pourvoyeurs de services spécialisés dans cette fête et se déplaçant, de l’une à l’autre, pour fournir balançoires, éclairage, haut-parleurs, cafés et stands de vente de friandises, de  jouets et de  vêtements. Les bénévoles et adeptes du saint célébré décorent les rues   de  lampes colorées, de  banderoles de bienvenue et de louanges à Dieu et à son saint. Des tentes colorées sont mises en place pour  loger les différentes confréries soufies ainsi que les nombreux visiteurs de provenance diverses et abriter les séances de « dhikr », où les chanteurs populaires inventorient qualités et bonnes actions du saint. Quinze jours avant le Mouled, toutes les régions connaissent une effervescence autour de l’achat des gâteaux propres à cette  fête, semblable à nos veilles d’Aïd.  On consommera halawet el-Moulid, bonbons spécifiques à la fête, du houmous, bien sûr, des gâteaux secs, tablettes ou de rondelles de différentes variétés, le clou en étant, aroussat el-Moulid, mariée ou poupée en sucre pur décoré de feuilles brillantes et destinée aux enfants. Le soir le plus important d’un Mouled reste  « Leila el-Kébira », le grand soir et  dernier jour de la célébration. Soufis et cheiks vêtus de costumes bigarrés défilent dans les rues en effectuant des danses rituelles au rythme de tambours et tambourins, pendant que les « mounchidines » récitent  des chants liturgiques. Prières, musique et chant, manèges et stands de tir sont au programme  jusqu’à l’aube, après quoi les  « mawalidiyas » plieront leurs tentes jusqu’au prochain Mouled itinérant.