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Nouvelle constitution tunisienne Le droit à la santé

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Nouvelle constitution tunisienne Le droit à la santé

Pour la première fois en Tunisie, les citoyens sont impliqués dans l’élaboration d’un projet de réforme touchant l’un des secteurs les plus stratégiques et les plus épineux qu’est le secteur de la santé.

par Chiraz Bouzaeien

Lancé le 8 octobre 2012, le dialogue sociétal sur les politiques, les stratégies et les plans nationaux de santé est dans sa phase finale. La Conférence nationale de la santé s’est déroulée du 2 au 4 septembre au Palais des congrès et a réuni près de 300 participants : des citoyens, des professionnel, des associations et experts du secteur de la santé et hors santé, ainsi que des représentants des partenaires sociaux, institutions et administrations. Cet événement a pour but de débattre ensemble, des résultats du Livre blanc sur la santé. Les  réunions régionales du 11 au 13 juin 2014 à Kerkennah ont été l’occasion pour les citoyens de s’engager dans l’élaboration des principes de base du nouveau système.

 

Le rôle de l’OMS

 

Alaeddine Alouane, directeur du bureau de la région est-méditerranéenne relevant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a salué le courage et l’application tunisienne en vue de l’instauration d’un système sanitaire novateur et performant. De son côté, le Dr Guido Sabatinelli, le représentant de l’OMS en Tunisie, confirme le soutien de l’OMS pour réussir le pari et épauler la Tunisie dans son projet de réforme en prenant en charge le recrutement des consultants internationaux spécialistes dans différents domaines et qui ont contribué dès le début du dialogue sociétal jusqu’à l’élaboration du Livre blanc.

 

Les enjeux  pour le système de santé

 

Les patients interrogés dans les zones reculées sont unanimes pour demander plus de services spécialisés dans leurs localités. Ce qu’ils veulent tous c’est « réduire les inégalités régionales… ».

 

Reconstruire la confiance et l’attractivité du système public de santé : 

la confiance du citoyen envers le système public de santé a été largement touchée à cause de l’échec partiel de ce dernier dans la réalisation des droits individuels à la santé. Des insuffisances révélées lors des réunions et qui touchent à la qualité de l’équité des soins, ont abouti à un jugement collectif de non assurance vis-à-vis du secteur public.

Pour remédier à cela il faut :

• Améliorer la qualité des services de soins et l’intégration des normes de qualité dans les institutions sanitaires.

• Mettre en place des mécanismes de transparence et de lutte contre la corruption et les conflits d’intérêts.

• Développer la communication et l’information au sein des structures sanitaires publiques.

• Développer les compétences des professionnels de la santé en matière d’accueil et d’orientation afin d’améliorer la relation soignant/soigné.

Développer une vision commune, faire des choix réalistes et les mettre en œuvre

Il faut développer une vision commune vis-à-vis du système de santé en Tunisie suppose une participation de tous les acteurs concernés et des usagers en particulier aux réflexions sur les attentes et les responsabilités de chacun pour développer un système de santé équitable, démocratique et efficace.

Oser faire des choix réalistes et acceptables est possible lorsque la population et tous les autres acteurs ont été impliqués de manière active et consciente dans la définition des besoins et des moyens dans tout le processus qui a mené à ces choix, quels qu’ils soient. La participation des acteurs à tous les niveaux est un garant de l’acceptabilité.

• Mettre en œuvre de façon consistante ces choix, requiert une gouvernance efficace, crédible et disposant des moyens nécessaires pour mettre en œuvre ces choix et opérationnaliser la redevabilité. Lorsque, à titre d’exemple, les acteurs de santé s’accordent sur un paquet de soins dans la prise en charge d’une maladie donnée, le système de santé se doit de l’appliquer pour donner de la consistance à ces choix et accroître ainsi la confiance du citoyen dans ce système en jouant le rôle de garant de l’accès aux services dans le paquet de soins quel que soit son niveau de revenu et lieu de résidence.

• Construire sur tous les potentiels en décloisonnant le système

Renforcer les mécanismes existants d’intersectorialité et en créer d’autres pour planifier et apprécier les conséquences sanitaires des politiques publiques.

Redéfinir la solidarité entre filières de soins et renforcer la CNAM en lui confiant la gestion de toutes les formes de couverture maladie obligatoire, y compris l’assistance médicale gratuite.

 

• Assurer la solidarité et l’équité

 

La fragmentation du système de financement de la santé en Tunisie est source d’iniquité majeure. Dans ce cadre, le défi serait d’ouvrir de nouvelles formes de financement de la santé, créer des voies de communication entre les différentes filières de couverture sociale, simplifier les procédures et aligner les différents acteurs (prestataires de soins public et privé, et payeurs-assurances sociale et assurance complémentaire, ministère des Finances, ministère de la Santé) autour d’une stratégie cohérente de financement de la santé.

• Promouvoir la santé et prévenir les maladies à travers des approches pan-sociétales et pangouvernementales.

Faire de la santé et du bien-être un centre d’intérêt commun

 

Pour une gestion adéquate de déterminants socio-économiques et environnementaux, il est impératif que les politiques de santé publique renforcent les stratégies et les programmes de promotion de la santé et de manière plus large, que les politiques publiques non sanitaires (agriculture, urbanisme, environnement, éducation…) soient « saines ». Cela suppose la mise en place de mécanismes pour l’évaluation systématiques de l’impact de toute politique publique sur la santé et les inégalités en santé. Cette approche correspond au concept de santé dans toutes les politiques recommandé à l’échelle internationale.

Le rôle des industries pharmaceutiques pour la santé et le bien-être est essentiel. Deux exemples débattus lors des rendez-vous de la santé sont : le rôle des industries polluantes pour mener des activités de promotion de la santé et le sucre dans l’alimentation.

 

Les déterminants immédiats de la santé

 

• La Tunisie a réalisé des progrès remarquables dans l’éradication et l’élimination de nombreuses maladies transmissibles. La vaccination obligatoire à travers le programme national de vaccination assure une couverture très élevée et a un impact démontré sur la baisse de la mortalité chez les enfants de moins de 5 ans. On craint ce pendant une réémergence de certaines maladies transmissibles (en particulier les zoonoses et les maladies hydriques) liées aux changements environnementaux.

• La Tunisie connaît une transition épidémiologique avec l’augmentation des maladies non transmissibles liées au mode de vie et au vieillissement de la population. Les données partielles et récentes sur les conduites addictives, en particulier chez les jeunes, ont alarmantes.

• Il existe peu de données sur la santé mentale en Tunisie. Cependant, certaines études parcellaires, les focus group et un « sentiment général » permettent de penser que la santé mentale s’est rapidement dégradée sur les dernières années.

• La mortalité maternelle a connu une baise importante mais les progrès ne permettent pas d’atteindre les objectifs de l’OMD. Cette mortalité néonatale et particulièrement la néonatale précoce.

• On remarque une évolution de l’étiologie du handicap et de l’accidentologie (route, accidents de travail, accidents domestiques).