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Nouvelles techniques pour arrêter de fumer

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Nouvelles techniques pour arrêter de fumer

Le tabagisme est un fléau de santé publique. Il est la première cause de cancer pulmonaire et de pathologies respiratoires dans le monde et dans notre pays. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), un décès sur dix est lié au tabac dans le monde. Le tabagisme tue environ six mille hommes et mille femmes par an. Le tiers des jeunes et des adolescents de 13 ans et plus fument régulièrement. Les campagnes anti-tabac se succèdent mais quelles sont les nouvelles armes dans cette guerre contre le tabac ?

par Hela Kochbati

Les facteurs d’addiction au tabac

Il existe trois facteurs d’addiction au tabac. Le premier, un facteur physique lié àl’inhalation de la fumée et l’absorption des différentes substances composant la cigarette. Le second, un facteur psychique lié, par les produits addictifs, à la création d’un besoin de fumer et le troisième facteur, quant à lui comportemental, qui consiste à fumer pour pallier à un état de stress ou autre.  

Le tabagisme en Tunisie

La moitié des hommes adultes fument dans notre pays. De même, environ 5  à 10 % de la population féminine fume. Le tabagisme touche également les femmes durant leur grossesse. 

Les nouvelles techniques  et armes de sevrage tabagique

1-Les médicaments anti-tabac: Certains médicaments visent à diminuer, voire éradiquer la dépendance au tabac. Parmi ces médicaments, il y a la varénicline  qui, selon une étude scientifique publiée, dans la revue « Lancet », a démontré une grande efficacité de cette molécule thérapeutique dans la prise en charge des personnes addictes au tabac.

2-La cigarette électronique : Alternative de substitution qui est similaire à une cigarette classique. Elle est munie d’une cartouche interchangeable avec un liquide aromatisé  qui peut être additionné ou non d’une certaine quantité de nicotine. Un dispositif électronique permet de réchauffer et vaporiser le fluide arômatisé. Cependant, les scientifiques s’opposent sur les avantages et les inconvénients de cette méthode. Par ailleurs,  l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) indique qu’il ne s’agit pas d’une thérapie valable de sevrage tabagique  puisque il n’y a pas de preuves, ni d’affirmations scientifiques qui permettent de relever ce rôle d’efficience et d’innocuité.

3-L’hypnose : Ce traitement donne de bons résultats dans 80 % des cas et permet près de 95 % de chance de réussite directe à stopper la dépendance au tabac. Il intervient dans la prise en charge  de toutes les contraintes et les troubles que le fumeur rencontre. Ce traitement hypnotique repose sur deux piliers. Le premier est d’arrêter le tabac et le second est d’éviter la récidive.

4-Les thérapies cognitives et comportementales  (TCC): Une psychothérapie adaptée permet de prendre conscience de la nocivité du tabagisme et  est pratiquée par un spécialiste en psychiatrie. Ces thérapies ont acquis ces derniers temps une  place importante  dans la prise en charge des fumeurs. Ces techniques sont accentuées sur une restructuration comportementale et un apprentissage pour se débarrasser progressivement du tabac. La réussite  de la thérapie se fait grâce à  une volonté  propre et dynamique du fumeur permettant de parvenir rapidement à un sevrage efficient. La prise en charge des patients se fait par une compréhension complexe d’un certain nombre de facteurs interférents associant des troubles anxieux et anxio-dépressifs.

5-Les techniques de relaxation : Ces techniques permettent de libérer le fumeur des facteurs de dépendance et relâcher l’anxiété du fumeur par différentes méthodes comme le training autogène, le yoga et l’aromathérapie.

L’avis du spécialiste

Dr Inès Saâda Sspécialiste des maladies respiratoires – Allergologue

1/Quels sont les avantages  des  nouvelles techniques pour le sevrage tabagique ?

Quel que soit le stade, l’arrêt du tabagisme apporte un bénéfice ; l’aide au sevrage tabagique doit toujours être proposée au patient. Plusieurs médicaments et méthodes sont disponibles pour accompagner le sevrage. Les substituts nicotiniques sont destinés à remplacer la nicotine, agent principal responsable de la dépendance tabagique, ce qui permet de réduire les symptômes de sevrage. 

Le principe est de remplacer la cigarette par la nicotine (substance qui n’est pas dangereuse) le temps de se déshabituer. On distingue toute une série de substituts différents : les patchs à la nicotine, ils permettent une diffusion progressive et continue de la nicotine sur la durée de la journée. Il existe également des formes orales : des gommes à mâcher, des pastilles sublinguales ou des pastilles à sucer. Tous les substituts nicotiniques sont efficaces. L’’inhaleur et le spray buccal peuvent être  utilisés seuls ou en association avec les autres substituts nicotiniques  chez les fumeurs pour lesquels la gestuelle est très importante. D’autres méthodes ont été développées ces dernières années pour faire face aux conduites addictives comme les thérapies comportementales et cognitives. Même si le terme paraît compliqué, le principe est simple: ce sont des méthodes permettant d’aider à changer un comportement. Il s’agit d’un apprentissage de stratégies pour faire face à l’envie de fumer (évitement, remplacement..) et permettant aussi de penser à l’arrêt du  tabagisme à long terme.

Certains traitements médicamenteux ont prouvé leur efficacité; le Bupropion commercialisé est un antidépresseur ayant une action efficace dans l’aide à l’arrêt du tabac et la Varenicline ciblant les récepteurs nicotiniques neuronaux par un double mode d’action ce qui soulage des symptômes de manque.

La Varenicline ne doit jamais être proposée en première ligne, mais après échec des substituts nicotiniques et en suivant régulièrement l’état anxio-dépressif des patients.

La cigarette électronique  fait l’objet de nombreuses controverses. La toxicité à court terme semble faible, par contre la toxicité au long court reste inconnue. L’intérêt de la cigarette électronique dans le sevrage tabagique n’est pas établi. De nombreux composés de l’e-cigarette peuvent provoquer des allergies chez des personnes prédisposées de l’entourage du vapoteur.

La désensibilisation (vaccinothérapie), la mésothérapie, l’hypnose, l’acupuncture n’ont pas démontré d’efficacité de ces méthodes, on ne peut donc pas les recommander pour le sevrage tabagique.

2) Quelles sont les recommandations pour les patients qui souhaitent stopper le tabac ?

Le tabagisme est une addiction : le sevrage est difficile et se caractérise souvent par des rechutes. Les traitements sont efficaces mais toujours associés à un soutien psychologique. Le risque de sevrage sans aide médicamenteuse est l’irritabilité, l’anxiété et la prise du poids liés au manque. Le fumeur entre dans la phase de sevrage à une date prévue, avec un accompagnement thérapeutique spécifique.  Le médecin doit revoir le fumeur au début du sevrage dans les jours qui suivent (idéalement 8 jours après), à la recherche d’un surdosage ou d’un syndrome de manque, afin d’adapter au mieux la thérapeutique spécifique en fonction des signes cliniques. La meilleure  manière est d’associer les patchs aux formes orales pour pouvoir gérer les moments de souffrance liée au manque. Généralement un sujet qui fume un paquet de cigarettes par jour doit commencer par le patch le plus fort. Il faut savoir que le sevrage est un apprentissage : il faut réapprendre à vivre sans tabagisme, vaincre le syndrome de manque par les substituts nicotiniques et favoriser les plaisirs : faire du sport par exemple.

3) Quel message adressez-vous aux lecteurs de  Livret Santé ?

Il n’est pas facile d’arrêter de fumer. Il s’agit de renoncer à une habitude quotidienne solidement installée, de changer de comportement. Cela prend du temps et se fait généralement en plusieurs étapes : d’abord, on n’y pense pas vraiment, un jour, on commence à se poser des questions.  Et puis, on se décide. On se renseigne alors sur les différentes méthodes, on se prépare, on se fixe une date et on passe à l’action. Après quelques mois d’arrêt, les choses sont plus faciles, les nouvelles habitudes se consolident.