Nos Plus

‘O sole mio !

Publié le
‘O sole mio !
par Héla Msellati

Indispensable à toute vie, le soleil est omniprésent dans de nombreuses cultures.

Il y est communément le frère de la lune, le plus souvent considéré comme de genre masculin et de nature actif, donneur de vie et symbole de pouvoir.
Râ puis Aton chez les Pharaons, dans la mythologie gréco-romaine, il est Apollon, fils de Zeus ou Hélios qui lui sera d’ailleurs  assimilé. Sol est le frère de Luna, pour les Romains ou de la lune Máni dans la mythologie nordique chez qui il conduit aussi les chevaux tirant le char du soleil.
Utu, chez les Sumériens, est également, en raison de sa position dans le ciel, le dieu de la justice, le seul qui puisse tout voir sur Terre. A Babylone, Shamash avait également ce pouvoir, c’est pourquoi il cumulait divination et justice. En Perse, son nom est Mithra, l’esprit du bien chevauchant le char du soleil, dieu aux mille oreilles et aux dix mille yeux, lui permettant d’embrasser tout l’univers.
Surya conduisant un char de lumière tiré par sept chevaux, les 7 jours de la semaine,  est, lui,  le dieu brahmanique du soleil, celui qui donne la vie, mais aussi la mort, émetteur d’un tel éclat que sa femme même finira par le fuir.
Au commencement du monde chinois, il y avait dix soleils et, chaque jour, l’un d’eux était autorisé à se lever et à partir en ronde dans le ciel, à bord d’un char aussi, tiré par six dragons ; l’obscurité retombait sur Terre, dès son retour auprès de ses frères.
Belenos dieu celte du soleil, quant à lui,  est jeune et beau comme l’éclat de l’astre qu’il symbolise, il réchauffe l’âme et le corps et  provoque, par là même, l’illumination spirituelle.

L’illumination, les anciens l’avaient déjà bien vite compris,  est nécessaire à la vie; le soleil balaie les idées noires, améliore l’humeur et apporte au corps le bien-être dont il a besoin pour son équilibre.

Nous concernant, le printemps donne le coup d’envoi, de saisons chaudes de plus en plus étalées depuis le réchauffement planétaire, sur-dosant ainsi nos besoins en chaleur et lumière. Celle-ci pénètre par la rétine  pour arriver au cerveau et augmenter la production de la mélatonine, hormone du sommeil, et passe également  par la peau, rechargeant ainsi immédiatement nos accumulateurs. Les rayons ultraviolets, les scientifiques l’ont suffisamment  prouvé, contribuent à la consolidation de notre structure osseuse, préviennent  rachitisme et ostéoporose et, à dose moindre, soignent certaines maladies de peau, psoriasis ou  vitiligo.

Si dès l’Antiquité, l’héliothérapie, exposition délibérée aux rayons solaires, était prescrite par Hippocrate  dans la lutte contre les bactéries et autres inflammations,   tuberculose ou rhumatismes ; les vertus microbicides, cicatrisantes, analgésiques  et stimulantes  du soleil seront louées jusqu’à la fin du XIXème siècle.  Néanmoins, pendant des siècles, pour la noblesse, le teint diaphane était un trait distinctif de naissance et de bonne situation qu’il fallait veiller à conserver par l’usage  de  produits à base de poudres de riz, de céruse, voire d’arsenic.

C’est par un malheureux coup de soleil  qu’en 1920 Coco Chanel  mit, de façon non moins involontaire, le teint hâlé  à la mode, tendance que diffusa le jovial succès de l’exotique Joséphine Baker. Marque extérieure du privilège du tourisme balnéaire naissant, apanage des classes aisées d’alors, il devenait aussi signe de beauté et de sensualité. Dès les années 1950, les magazines féminins encouragèrent alors la vogue et dans la vague apparurent les premiers produits solaires, ce qui donna même naissance dans les années 1970, à la première Barbie-Malibu : teint basané, lunettes de soleil et crème bronzante.

Adoré  ou fuit, tantôt recommandé, de plus en plus abhorré, la relation de l’homme au soleil est cyclique et passionnelle. Honni soit qui mal y bronze ! Récemment, des chercheurs soulignaient ses bienfaits dans la lutte contre certains cancers, recommandant pour le cœur, 30 minutes d’exposition aux rayons solaires. Mais pas davantage car qui s’y frotte s’y pique et la liste des risques en est interminable, prenant des rallonges au fils des années et des découvertes.  Depuis les coups de soleil aux  insolations, en passant par la  photosensibilisation de la peau, conséquence de médicaments et crèmes, tout en n’oubliant pas dans le long terme, les lésions oculaires, le vieillissement cutané ou la kératose solaire, l’apothéose restant, bien sûr,  le cancer de la peau.

Pour ne pas s’user, ne pas en abuser car, durant l’enfance, cinq coups de soleil avec brûlures  suffisent à lui préparer, à l’âge adulte, un terrain propice. Ce qui remet en question notre rapport à l’astre solaire et aux métaphores qui en découlent. « ‘O sole moi » serait équivoque et chanter « tu es le soleil de mes jours » pour le moins ambigu.