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Ouf, Lamine Nahdi s’en est sorti !

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Ouf, Lamine Nahdi s’en est sorti !

Tout a commencé fin août, un dimanche soir, lorsque Lamine Nahdi est pris d’un malaise lors d’une répétition de son spectacle « Mekki ou Zakia », programmé au théâtre romain de Carthage. Cette représentation devait sceller la réconciliation orchestrée par notre confrère Nordine Boutar sur les ondes de Mosaïque, avec Moncef Dhouib, l’auteur et le metteur en scène de sa pièce. Fidèle à son habitude, Lamine s’est donné à fond dans ses répétitions.

par Rym Benarous

Mais, ce qu’il ne sait pas alors, c’est que son coeur ne fonctionne qu’à 40% et que sa vie est en danger. Averti que son père a perdu connaissance, Dali accourt au Centre culturel d’El Menzah d’où l’artiste sera rapidement transféré en ambulance vers la clinique Ibn Zohr à Tunis.

Un jour tu ris, un jour tu pleures

Alerté, Dr Charfi, médecin traitant de Lamine qui se plaint de migraine, lui fait passer un scanner qui ne révéle rien d’anormal. Le docteur aura alors comme réflexe d’ordonner une radio du coeur. Pour Dali et sa famille, c’est la nuit la plus longue et la plus pénible qu’ils aient vécue. Ils étaient soudain confrontés à un mal inconnu, l’impression de vivre un cauchemar, eux qui avaient toujours connu un Lamine fort, vigoureux et en bonne santé. Les résultats ne sont tombés que le lendemain matin : Lamine a les veines bouchées. Tout de suite, les médecins lui proposent deux choix : celui, momentané, mais contraignant à long terme, l’insertion de ressorts ou celui plus radical qu’est la chirurgie. De telles opérations sont devenues courantes en Tunisie et le taux de réussite s’élève à plus de 80%, assurent les spécialistes. Après concertation, Lamine opte pour la chirurgie, refusant de se faire opérer en France. « J’ai entièrement confiance dans le savoir-faire et les compétences de nos médecins Tunisiens. » confie-t-il à ses proches. Mais, ce qui les aura le plus étonné, c’est sa décontraction et l’insouciance avec laquelle il accepte les faits. Il aura affronté sa maladie avec beaucoup d’humour et de courage. Bravo l’artiste !

Tic-tac, tic-tac…

L’opération à coeur ouvert de Lamine aura duré 6 heures. Un quadruple pontage coronarien sera réalisé par l’équipe du Pr Daouess. L’opération terminée, Lamine s’est normalement réveillé et les spécialistes ont vite parlé de réussite. Toute la Tunisie a poussé un grand « ouf » de soulagement. Un peu trop tôt, peut-être. En effet, le soir venu, Lamine Nahdi souffrait de complications post-opératoires. Le diagnostic n’était guère rassurant. Sa vie était menacée à 70%. Comme quoi, la vie ne tient qu’à un fil parfois. Notre artiste est transporté d’urgence à l’hôpital militaire grâce à la bienveillante intervention du chef de l’Etat qui charge alors Pr Mohamed Gueddiche de suivre de très près l’état de santé de Lamine Nahdi.

La Tunisie prie pour Lamine

A l’hôpital militaire, les visages sont crispés. Les médecins ont diagnostiqué une infection pulmonaire due à un germe que Lamine aurait attrapé au service de réanimation. Les organes de Lamine fonctionnaient à peine alors. Panique générale ! Pire encore, au moment où ses reins se mirent à re-fonctionner normalement, les médecins décèlent une médiastinite, infection rare mais redoutable de la plaie, pouvant survenir suite à une intervention chirurgicale cardiaque. Due à une bactérie, elle retarde le rétablissement du patient opéré et donc son hospitalisation d’au moins 25 jours. Lamine est rapidement transféré au bloc opératoire pour subir un lavage, un drainage et une réparation chirurgicale de la plaie. Chaque moment qui passait était crucial. Et là, il s’est passé une chose magique, un miracle dont chaque artiste rêve. Tout le monde s’est mis à prier pour Lamine. Dans les mosquées, après salat Tarawih, on invoquait Dieu pour lui, pour qu’il guérisse. A la Mecque, les Tunisiens partis effectuer leur petit pèlerinage ont prié pour lui. Dali nous rapporte quelques anecdotes qu’il a personnellement vécues. A l’hôpital militaire, une dame au chevet de son fils agonisant suite à un accident de la route est sortie de sa chambre pour interpeller Dali et lui demander des nouvelles de son père. Les yeux bouffis de larmes, elle lui a dit qu’elle ne cessait de prier pour son fils ainsi que pour Lamine. Toujours à l’hôpital militaire, un vieil homme ayant subi quelque temps auparavant une opération à coeur ouvert, a appelé Dali et lui a également demandé des nouvelles de son père. Puis, comme s’il n’était pas assez assuré, il lui dit qu’il voulait aller lui rendre visite dans sa chambre. Il lui a dit qu’il allait faire semblant d’être très malade pour être admis au service de réanimation, là ou était Lamine. Pour un homme mais surtout pour un artiste entre la vie et la mort, l’amour de tout un peuple n’est-il pas le plus beau des présents et le meilleur des remèdes.

Tout est bien qui finit bien

Heureusement, Lamine s’en est finalement sorti. Aujourd’hui, il va beaucoup mieux grâce notamment à la compétence et au professionnalisme de tout le staff de l’hôpital militaire qui a veillé sur lui comme on veille sur un être cher. Notre artiste sortira de l’hôpital dans une dizaine de jours. Excellente nouvelle également, Lamine pourra remonter sur les planches et se produire sur scène d’ici (allez soyons optimistes !) six à huit mois. Mais avant cela, il devra suivre une rééducation et faire régulièrement des exercices cardio-vasculaires. Il devra également adopter une nouvelle hygiène de vie et bannir à vie le tabac, l’alcool et tout effort physique démesuré. Car pour aller loin avec ce coeur remis à neuf, il devra le ménager. Et même si la vie lui en fait des siennes, désormais Lamine n’a plus le choix, il devra en rire ! Pour sa part, Dali a maintenant repris les répétitions de son one-man-show « Rihet lebled et tout, et tout, et tout… » et règle également les derniers détails de son nouveau court métrage « Il était une fois à l’aube », qu’il présentera lors des prochaines JCC.
L’aube se lève enfin sur un avenir radieux, chargé de rire et d’émotion pour les deux hommes liés par le sang et l’humour…