Nos Plus

Peau en danger

Publié le
Peau en danger

Chaque année près de 60 mille cas de cancer de la peau sont recensés. Le type de cancer de la peau qui engendre le plus de dégâts est le mélanome. En effet, annuellement, il est responsable de 1500 à 2000 décès par an et ce nombre ne cesse d’augmenter. Des signes précurseurs permettent de déceler les lésions précancéreuses et d’agir à temps.

par Hela Kochbati

Plus la maladie cancéreuse est diagnostiquée tôt, plus les chances de guérison augmentent. Lorsque le cancer de la peau est découvert tardivement, des thérapies lourdes sont prescrites.
Quels sont les différents signes du cancer de la peau ? Quels sont les types de cancers cutanés ? Et quelles en sont les options thérapeutiques ?

Interview de Dr Houda Kennou – Dermatologue

Comment déterminer les signes d’un cancer de la peau et quels sont les types de cancers qu’on rencontre le plus souvent ?

Pour le cancer de la peau, il n’y a pas un seul cancer mais des cancers de la peau. Le diagnostic de ces cancers diffère selon le type. On distingue les carcinomes et les mélanomes :

– Pour les carcinomes, on distingue deux types : le carcinome basocellulaire et le carcinome épidermoïde. Généralement le cancer basocellulaire touche les personnes âgées, à teint blond et clair avec les yeux clairs. Dans les zones du corps exposées au soleil, on retrouve des lésions suspectes que seul le médecin peut déceler. Il y a l’observation par dermoscopie et la biopsie qui vont montrer le diagnostic. Pour le cancer épidermoïde, ce sont des lésions de la peau qui apparaissent subitement et se développent sur une lésion précancéreuse préexistante déjà, ce sont des tumeurs bourgeonnantes qui siègent dans des zones exposées au soleil, soit au niveau des lèvres pour les fumeurs.

– Pour les mélanomes, ils peuvent survenir à tout âge. Dans 80% des cas, il y a une apparition de taches noires, qui sont pigmentées, qui apparaissent d’une manière insidieuse et qui évoluent en grandissant. Le médecin effectue le diagnostic en bio-option en faisant une biopsie. On le voit aussi par dermoscopie qui est une méthode de diagnostic assez courante chez un dermatologue. Parfois ce sont des nodules qui font leur apparition qu’ils soient pigmentés ou non. Dans 20% des cas de mélanomes, les lésions apparaissent sur la base d’un naevus mélanocytaire. Les signes apparaissent quand ces naevus commencent à augmenter de taille spontanément ou changer de couleur, commencent à saigner spontanément. Il est à souligner que dans les pays africains et méditerranéens, il y a le mélanome acral qui survient au niveau des extrémités des membres (paumes, plantes et ongles) qui sont des zones dépigmentées par rapport au corps. Il est observé chez 2% à 10% chez les sujets à peau blanche. Il est à savoir que plus on est bronzé, mieux on est protégé contre les méfaits du soleil à long terme.

Comment se déroule l’examen clinique du cancer de la peau ?

L’examen clinique peut déjà nous donner une idée sur le diagnostic. Puis, il y a la dermoscopie. On pose le dermoscope (appareil qui permet d’observer la peau en profondeur) afin de poser un diagnostic. On peut passer à la biopsie quand la lésion est assez grosse. Quand la lésion est petite comme un petit basocellulaire, on peut carrément l’enlever et puis le faire analyser pour être sûr que ses limites sont saines. L’examen diagnostic est clinique, dermoscopique et histologique.

Quelles sont les principales causes d’un cancer de la peau et qui sont les personnes à risques ?

Parmi les principales causes du cancer de la peau, les rayons ultraviolets pour les mélanomes, les carcinomes basocellulaires et épidermoïdes. Les patients commencent à développer des lésions précancéreuses qui peuvent aboutir à la fin à un cancer de la peau, soit un cancer épidermoïde. Concernant le carcinome basocellulaire, il est provoqué par des expositions solaires, brèves mais excessives. Ce cancer ne touche pas des gens qui travaillent au soleil mais plutôt des personnes qui s’exposent au soleil durant une période excessive, en été par exemple, ou bien des sujets qui sont dépourvus d’une protection au soleil. Il concerne également des sujets atteints d’un albinisme ou bien des enfants de la lune atteints de xeroderma pigmentosum (XP). Le tabac est un facteur responsable du cancer des lèvres et au niveau professionnel, un cancer de la peau survient suite à l’utilisation accrue de substances chimiques. Pour le mélanome, il y a le soleil qui est la première cause de l’apparition d’un mélanome mais il y a également des facteurs génétiques. C’est pour cela que quand on a une personne dans la famille qui est atteint d’un mélanome, il faut se méfier, il faut se protéger, consulter et pallier le moindre risque.

Quelles sont les modalités de prise en charge pour le cancer de la peau?

Pour le cancer basocellulaire, c’est un cancer bénin et qui ne métastase pas, il ne donne pas de lésions à distance. Le seul problème du cancer basocellulaire est une mutilation qui apparaît au niveau du visage si on ne consulte pas. Cette mutilation peut envahir une partie du visage et cela est plus inesthétique qu’autre chose. Pour le carcinome épidermoïde, je dirai qu’il n’est pas tellement grave mais dans de rares cas, il peut donner des métastases et une atteinte de la chaîne ganglionnaire. Le traitement se fait aussi par la chirurgie. Pour les lésions précancéreuses, comme la kératose actinique par exemple qui peut évoluer vers un carcinome épidermoïde, là il faut traiter avec plusieurs modalités, soit la chirurgie ou la photothérapie dynamique (la PTD) pour éviter le passer vers une atteinte cancéreuse. Le mélanome reste le cancer le plus grave. Il peut donner des métastases qu’on traite chirurgicalement. On peut associer parfois une radiothérapie ou une chimiothérapie mais à des stades très avancés. Le mélanome a un très mauvais pronostic, bien sûr selon le type du mélanome, parce qu’il y a plusieurs types de mélanomes. En effet, on distingue le mélanome superficiel, le mélanome nodulaire, le mélanome profond, le mélanome acral, etc. Selon la forme du mélanome, le pronostic peut être sombre. Cependant, 90% des cancers de la peau qui sont pris en charge à temps peuvent être guéris.

Quel apport de l’immunothérapie dans la prise en charge du mélanome ?

L’immunothérapie en est vraiment à ses débuts en tant que thérapie du cancer de la peau. On ne dispose pas assez de recul. En ce qui concerne mes patients atteints de mélanomes, on s’est arrêté à la chirurgie. En revanche, on peut dire que l’immunothérapie constitue un nouvel espoir face aux mélanomes. Cette thérapie n’a pas encore donné des résultats fiables mais elle a montré des résultats encourageants.