Nos Plus

Le pneumocoque est responsable de 46% de ces méningites

Publié le
Le pneumocoque est responsable de 46% de ces méningites

Selon une étude multicentrique réalisée en Tunisie et coordonnée par le Pr Mohamed Tahar Sfar, les méningites à pneumocoque sont les plus sévères provoquant quatorze pour cent de mortalité et vingt pour cent de séquelles. Chaque année la pneumonie est à l’origine de 8% des décès d’enfants de moins de cinq ans en Tunisie.

Interview avec Pr Mohamed Tahar Sfar, Chef de servicede Pédiatrie, hôpital Tahar Sfar de Mahdia

par Nacer Ould Mammar

Quelle est la fréquence des infections pneumococciques ?
Chaque année, plus d’un million d’enfants à travers le monde meurent d’une infection pneumococcique. Le pneumocoque sera, après la réintroduction de la vaccination contre l’heamophilus dans le calendrier vaccinal national (à partir du 1er Avril 2011), la première cause d’infection bactérienne chez l’enfant de moins de 5 ans en Tunisie. En effet dans une étude réalisée dans 17 services de pédiatrie tunisiens entre 1998 et 2002, le pneumocoque représentait 32 % des méningites à germe identifié alors que dans une série plus récente (entre 2008 et 2009), le pneumocoque est responsable de 46% de ces méningites.

Quelles conséquences peuvent avoir ces infections sur le plan de la morbidité et la mortalité?
Chez l’enfant, les infections pneumococciques peuvent avoir des conséquences variées. Dans la majorité des cas, elles se traduisent par des pneumonies ou des otites .Mais ces infections peuvent également être plus invasives, c’est le cas lorsque le pneumocoque est à l’origine de septicémie, ou surtout de méningite. Elles peuvent provoquer des lésions cérébrales responsables de séquelles neuro- sensorielles à type de surdité, hydrocéphalie, épilepsie, retard psychomoteur…, ces séquelles touchent pratiquement un enfant sur quatre atteints de méningite à pneumocoque. Malgré les progrès de la réanimation et les nouvelles générations d’antibiotiques, la méningite à pneumocoque est toujours très meurtrière : 17 % de mortalité.

La pneumonie de l’enfant est à l’origine de 8% des décès d’enfants de moins de 5 ans en Tunisie.

Pourquoi ce germe est-il si méchant ?
En dehors de son pouvoir pathogène naturel, le pneumocoque est devenu ces dernières années de plus en plus résistant aux antibiotiques et particulièrement à la pénicilline. Cette résistance est essentiellement liée à l’utilisation parfois abusive des antibiotiques sur prescription médicale ou par automédication, elle est de l’ordre de 40 à 50% selon les pays, la Tunisie n’est pas épargnée.
Comment peut-on protéger nos enfants ?
Le pneumocoque existe sous différentes formes, on distingue 90 sérotypes différents. Ainsi, la mise au point d’un vaccin efficace constituait un véritable défi. Depuis une vingtaine d’année, un vaccin est déjà disponible contre ces infections mais il se révélait incapable de stimuler une réponse immune adéquate chez les nourrissons et les jeunes
enfants. Actuellement, deux nouveaux vaccins sont commercialisés en Tunisie, un comportant 13 sérotypes et un autre 10 sérotypes. Ces vaccins permettent théoriquement de protéger contre 70 à 80% des sérotypes identifiés par les études tunisiennes. Il est recommandé de faire 3 injections à 2,3 et 4 mois et un rappel à 1an. Le coût de ce vaccin est relativement élevé, mais vu son innocuité et son efficacité contre un germe à risque invasif important, nous le recommandons et nous sommes persuadés qu’à l’instar de la vaccination contre l’heamophilus, le vaccin contre le pneumocoque enrichira très prochainement notre calendrier vaccinal.■