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Le pouvoir du hwè

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Le pouvoir du hwè

Le quoi ?? Silence dans la salle… Et si je vous dis : froid, portes, fenêtres, enfants, capuches, écharpes ?
Ou encore : phénomène maléfique cristallisant l’ensemble des peurs et angoisses liées à la maladie, et semblant pourtant la plupart du temps laisser de marbre d’incorrigibles francis* inconscients et irresponsables ? Ouf ! Vous avez trouvé ? Eh oui, il s’agit bien du courant d’air…

par Emma

Mon premier souvenir lié au hwè est très ancien. Ce jour-là, après avoir étourdiment entrouvert la fenêtre du salon familial, j’ai vu de mes yeux vu la regrettée hajja** bondir de son fauteuil pour refermer dans un mouvement léger et athlétique et sur la pointe des pieds la fenêtre placée loin derrière moi. Rassérénée, elle s’est ensuite réinstallée en tailleur (posture d’ailleurs interdite à toute personne non initiée), le sourire immuable, dans la joie de la paix et de la sécurité retrouvée. Je me réjouirai toujours de lui avoir l’espace d’un instant redonné l’allant de ses vingt ans !
Je nous revois plus tard, en famille, attablés au bord d’une magnifique piscine, par une de ces journées de mi-saison, magnifiques mais changeantes. Après avoir échangé dix fois nos places, ouvert, fermé et déplacé les parasols, l’image que donnait notre petit groupe à l’arrivée des kemias était impayable : d’un côté, bien à l’abri du soleil, quelques prudents autochtones vêtus de cols roulés, cache-cols et autres doudounes, et de l’autre quelques Français ravis, les bras nus et arborant fièrement de larges lunettes de soleil.
Vous me direz que cette histoire revient finalement à enfoncer des portes ouvertes (gare au hwè !) et qu’il n’y a dans cette anecdote « pas de quoi fouetter un chat » ? Effectivement !
Et pourtant quelles crispations parfois, lorsqu’il s’agit d’enfants et d’éducation… Lorsque l’un d’eux tombe malade, un seul coupable : « le hwè ». Ou plutôt deux : le hwè et celui (celle ?) qui n’en a pas protégé l’enfant. Exit toute réflexion sur d’autres possibles causes comme, en vrac, les bactéries, les virus et épidémies, le climat humide et venteux, un éventuel terrain asthmatique, les pollens. Que de pression sur les épaules de mères si peu préparées (suivez mon regard…).
Mais avec le temps, va, tout s’en va, et on se surprend à sourire des petites cocasseries de la vie quotidienne. Ah ! Les plages tunisiennes vidées de leurs autochtones dès les premiers cumulus. Les joggers du mois d’octobre équipés comme pour une ascension de l’Himalaya. Les enfants étouffant derrière d’épaisses couches de doudounes, manteaux et autres écharpes. Ou encore le ton macabre de la présentatrice météo à la radio évoquant « la persistance du froid dans toutes les régions ! ».
Et aujourd’hui, lorsque touristes ou visiteurs venus « du froid », toujours aussi insensibles à toute forme de hwè quel qu’il soit, dénudent allègrement bras et jambes, exhibent shorts et tongs en avril et, ô inconscience, ouvrent en grand portes et fenêtres, je me surprends à les regarder du même regard incrédule que je voyais parfois se poser sur moi. Et, rapide et légère, je m’évertue à rétablir au plus vite le barrage anti-hwè nécessaire à la sécurité de ma petite famille…
… bon vent!
* Les français
** Grand-mère