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Quand l’hypnose nous soulage…

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Quand l’hypnose nous soulage…

L’hypnose dont nous allons parler n’est pas l’hypnose de spectacle lancée par les charlatans ni l’hypnose traditionnelle basée sur la suggestion. L’hypnose existe depuis des décennies et a été utilisée surtout avec Jean-Martin Charcot, Hippolyte Bernheim et Sigmund Freud pour traiter les femmes hystériques. Puis elle a été abandonnée au profit d’autres techniques et thérapies.

par Rania Klibi

« Ton conscient est très intelligent, mais, à côté de ton inconscient, il est stupide »  Milton Erickson

De nos jours, on assiste au grand retour de l’hypnose surtout ericksonienne. Cette technique thérapeutique est classée parmi les thérapies brèves les plus efficaces pour plusieurs problèmes de santé que ce soit physique ou psychique (anxiété, accouchement, tabac, alcoolisme, anorexie, migraine, perte de poids, traitement de la douleur, dépression, troubles de la sexualité…). L’hypnose semble avoir le vent en poupe à travers les différents écrits, les forums sur le net, les conférences. Elle semble aussi être redécouverte par les psychologues, les psychiatres, les sexologues et les psychothérapeutes.

Qu’est-ce que l’hypnose ericksonienne ?

L’hypnose ericksonienne, due à Milton H. Erickson, est une nouvelle conception de l’hypnose et de son utilisation à des fins thérapeutiques. Il s’agit d’une psychothérapie humaniste qui accepte le patient sans le juger. L’hypnose ericksonienne a donné naissance à la thérapie brève et a impliqué le patient dans son processus de guérison. Elle s’adresse à l’inconscient parce qu’il préfère les invitations aux faits imposés, il aime ce qui est facile et l’hypnose lui offre cela. Pour Erickson : « l’inconscient est sage, protecteur et constitue un immense réservoir de ressources. Par conséquent, chacun possède des possibilités uniques de développement, de croissance et d’ouverture. Plus permissive que l’hypnose classique, utilisant des inductions indirectes et adaptées au patient, l’hypnose ericksonienne conduit le plus souvent à une transe éveillée plutôt qu’au sommeil hypnotique. Elle est par conséquent accessible à tout le monde ». Cette pratique semble mettre en jeu les capacités les plus étranges du cerveau. On pourrait avancer le fait qu’avec cette technique on communique avec certaines zones du cerveau lorsqu’il représente un état modifié de la conscience afin d’aboutir au résultat attendu. Ce n’est pas un état de sommeil, mais un état modifié de conscience, comme le rêve, la transe, la relaxation, les expériences mystiques, la méditation. Utilisée en psychothérapie, elle se situe dans une optique courte : trois à dix séances, sur une durée de quelques semaines à quelques mois sont suffisantes, même pour des problèmes lourds et, cela sans « rechute » ou « substitution de symptôme ». Lors de cet état modifié de la conscience, corps et esprit entrent dans un état de transe, une transe pas comme celle qu’on voit dans la Hadhra et les autres rituels des marabouts, c’est une sorte de voyage dans un monde, de symbolique où le corps s’exprime pour libérer la souffrance. Elle sollicite la participation active du patient. Il s’agit plus d’un état de profonde relaxation, pendant lequel le patient va pouvoir s’exprimer librement. Le thérapeute utilise des métaphores, c’est-à-dire un langage symbolique, pour guider l’inconscient du sujet et l’amener à trouver lui-même les solutions à ses problèmes. Lors de la séance d’hypnose, on peut assister à une résistance de la part du patient qui peut être active (le patient n’est pas coopératif, ne veut pas guérir) ou passive (le patient résiste sans en être conscient). Il faut faire attention aux améliorations trop rapides car ça peut être un changement transitoire et superficiel. Cela peut renvoyer à un refus inconscient de guérison.

Existe-t-il un risque à utiliser l’hypnose ?

Certes, l’hypnose relève du monde des mystères, un outil pour accéder à notre inconscient qui nous effraie tant. Mais le danger ne réside pas à l’accès à l’inconscient mais l’utilisation de ce qu’on va découvrir et aux compétences de l’hypnothérapeute. En effet, ce qui est dangereux c’est la personne qui se prétend « thérapeute » et qui n’a pas la compétence et les qualités humaines et professionnelles pour pratiquer une thérapie (hypnotique ou non) ni le fait de posséder des diplômes (« médecin », « psychologue » ou « psychothérapeute »…)

Mais, l’hypnose en elle-même, comme phénomène, est parfaitement inoffensive. Si l’hypnose était inefficace, vous n’encourrez aucun « risque ». Pas même celui de guérir ! Tout outil agissant peut être utilisé « bien » ou « mal ».

Contre les idées reçues…

  • On ne dort pas en hypnose.
  • On n’est pas forcément relaxé lorsqu’on est en transe.
  • Le sujet garde le contrôle de la séance.
  • On n’a aucun besoin d’une transe profonde pour avoir des résultats.
  • On ne peut pas obliger quelqu’un à faire quelque chose contre sa volonté.
  • Il n’y a pas de déplacement de symptôme avec l’hypnose ericksonienne.
  • Le pire qui puisse arriver: s’endormir (très rare).

Comment se déroule une séance d’hypnose :

  • La phase d’entretien : elle dure 30 à 40 minutes. Il s’agit d’une étape indispensable lors de la première séance pendant laquelle le thérapeute définit les objectifs de cette pratique de même qu’il y aura une revue sur les idées qu’a le patient sur l’hypnose afin de corriger les idées reçues, qui sont fausses et éviter tout malentendu entre le patient et le thérapeute. Lors de cette phase, on demande également au patient ses couleurs préférées, ses endroits favoris, les odeurs qu’il aime afin d’utiliser cela ultérieurement dans l’hypno-thérapie.
  • La phase de travail :le patient s’installe confortablement. le thérapeute commence par la relaxation afin que le patient soit plus détendu et à l’aise. Puis, commence l’hypno-thérapie proprement dite avec les techniques d’induction, les suggestions, les métaphores. L’induction peut durer de quelques minutes à près d’une heure. Quand la plongée dans l’inconscient est suffisante pour mettre en œuvre les ressources et les savoir-faire qui s’y trouvent, ceux-ci sont mis en action. La durée nécessaire pour la mise en place des changements souhaités varie largement d’une personne à une autre. Elle dure rarement plus d’une demi-heure.
  • Après la séance d’hypnose : Au moment de la sortie de l’hypnose, la personne se sent un peu désorientée pendant un temps bref, avec un sentiment de détente et de profonde relaxation. Le retour à l’état de conscience habituel se fait en une à cinq minutes.

Et en Tunisie ?

L’hypnose est une technique assez méconnue en Tunisie mais qui commence à avoir une place dans le champ des psychothérapies brèves.

Cette pratique est surtout utilisée dans les cabinets privés par des psychologues, des psychiatres et des sexologues mais quasi absente dans le milieu hospitalier.

Il se pourrait que cette thérapie tente certains lecteurs, vu son côté mystérieux, qui vont se demander comment avoir accès à ces hypnothérapeutes mais malheureusement il n’existe pas encore d’annuaire rassemblant les adresses des praticiens et c’est une grande lacune à laquelle ces derniers essaient de remédier. On se pose également la question de « comment savoir si on est face à un charlatan ou face à un « vrai » hypnotérapeute ? » A vrai dire, il est difficile de répondre à cette question, parce que même si cette thérapie échoue, on ne va pas savoir si c’est à cause de l’incompétence du thérapeute ou de la résistance du patient ou bien si c’est un charlatan, mais on pourrait avancer quelques éléments qui aident à le savoir, comme les gestes déplacés du pseudo thérapeute, le fait de ne pas se sentir en confiance et on peut aussi vérifier les diplômes. En conclusion, l’hypnose ericksonienne est une thérapie destinée à tout le monde et qui n’a pas de contre-indication. C’est une sorte de rêverie en attention flottante qui permet au patient de se débarrasser de certains problèmes dans peu de temps tout en étant motivé et impliqué.

C’est une pratique qui prône le respect du patient, de ses désirs et de son inconscient tout en ayant un principe simple à comprendre avec de multiples champs d’application. « La première chose à faire en psychothérapie est de ne pas essayer de contraindre l’être humain à modifier sa manière de penser ; il est préférable de créer des situations dans lesquelles l’individu modifiera lui-même volontairement sa façon de penser. »Milton Erickson.

Les champs d’application de l’hypnose

L’hypnose s’applique à plusieurs problèmes de la santé et donne de bons résultats si on a un bon thérapeute qui maîtrise cette technique et un patient coopératif qui veut vraiment guérir.

L’hypnose semble être efficace pour :

  • Traiter la dépression
  • Se libérer des dépendances comme le tabac, l’alcoolisme et la dépendance amoureuse
  • Troubles anxieux, stress
  • Phobies
  • Confiance en soi
  • Préparation aux examens
  • Travail sur le deuil
  • Travail sur les violences et les séquelles de traumatismes
  • Préparation à une intervention chirurgicale, résolution d’une phobie des soins médicaux ou dentaires, la perception de la douleur, l’accouchement.
  • Le bruxisme (serrer les dents, grincer des dents),
  • la succion du pouce
  • Troubles psychosomatiques
  • Douleurs chroniques
  • Les troubles sexuels
  • La migraine
  • La perte de poids
  • Les tics
  • L’insomnie
  • La préparation mentale des sportifs
  • La boulimie
  • L’anorexie
  • La timidité.

Avis du spécialiste : Dr Monia Caid Essebsi Hanayen – Psychologue Clinicienne et Psychothérapeute.

L’hypnose est un processus dans lequel peut prendre place la visée thérapeutique. Elle s’appuie sur un phénomène physiologique, un potentiel que chaque être humain est capable de développer et le thérapeute montre le chemin pour y accéder.

L’état hypnotique constitue avant tout une expérience agréable où le corps est détendu et l’esprit calme, nous pensons que toute personne hypnotisée prend plaisir à ce bien-être.

L’hypnose ericksonienne peut soigner une multitude de maux comme : les allergies, les troubles digestifs, les troubles alimentaires, les phobies, le tabagisme, l’alcoolisme, atténuer le stress, les problèmes de couple, l’éjaculation précoce, etc.

En Tunisie, c’est une pratique qui est de plus en plus connue et utilisée même s’il y a beaucoup de personnes qui ne croient pas à cette thérapie parce qu’ils ne connaissent pas ce que c’est exactement et la confondent avec l’hypnose de spectacle.