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Ramadan 1950 vs 2015

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Ramadan 1950 vs 2015

Beaucoup d’entre nous se réjouissent de l’arrivée de ce mois saint. D’autres s’y préparent depuis des mois. Mais pour tous Ramadan se fête et se vit sous le sceau de la célébration. En a-t-il toujours été ainsi ?

par Myriam Bennour Azooz

L’épreuve du jeûne est un exercice de purification. C’est un signe d’obéissance à dieu, en même temps qu’une façon de suivre la tradition et d’accroître sa piété.

La rupture du jeûne : moment de partage

S’il y a une chose qui n’a pas changé, c’est bien celle-là ! Eh oui, quel que soit notre statut social, que l’on soit pratiquant ou non, la rupture du jeûne est un moment sacré ! Et il se fait en famille et dans la bonne humeur s’il vous plaît ! En effet, chaque soir après l’appel à la prière, au coucher du soleil, la famille se retrouve pour la rupture du jeûne qui commence généralement par des dattes. La maman, bienveillante aura préparé la chorba et plus particulièrement la traditionnelle chorbèt frik, à base d’orge, puis les briks, le tajine. Le père aura acheté une boisson fraîche et du pain de campagne tabouna. La soirée peut enfin commencer, et on demeure généralement en famille une bonne partie de la soirée, autour de pâtisseries, de crèmes de sorgho et de petites histoires.

On vivait de nuit

Les gens sillonnaient les rues jusqu’au « s’hour ». Ils achetaient des produits aux vendeurs ambulants et participaient à des soirées festives et religieuses. Ce mois faisait également le bonheur des enfants qui avaient la permission de minuit et en raison des sucreries qu’on leur distribuait.

Aujourd’hui, du fait de l’insécurité ambiante, même si les gens continuent de sortir durant les soirées ramadanesques, la foule qui grouillait avant dans les souks diminue, et l’on prend soin de rentrer assez tôt.

Aujourd’hui : une alimentation plus moderne mais toujours à profusion

Dans le vieux Tunis, il y avait une profusion de tout. Les étals regorgeaient de fruits de toutes sortes, de légumes frais. Maqroudh, bambalouni, fataïers de toutes sortes et autres chebek janna. Beaucoup de ces pâtisseries ont aujourd’hui disparu des étals, mais la tradition demeure dans quelques familles qui essayent de se transmettre ce savoir-faire.

La ville était en fête

Il faut savoir d’abord que le mois de Ramadan, mois de jeûne et de prière, était aussi perçu comme un mois festif. A partir des années 60 et jusqu’à la fin du siècle les cafés ne fermaient pratiquement jamais.

Ambiance de fête chaque soir. Les lieux cultes : El Halfaouine connu pour ses manèges tourbillonnants, Bab Souika pour ses salles des fêtes ( salle de Cortoba, Salle El Fath, ou encore salle de Madrid parfois reconverties en cafés chantants (cafichanta), en plus des cafichantas de fortune que l’on improvisait qui dans une boutique, qui dans l’ouverture d’une maison, et leurs spectacles de foire; mais aussi les souks (souk Sidi Mehrez, souk El Grana, souk Ez-Zitouna, souk El Attarine qui ouvraient le soir à partir de la deuxième quinzaine du mois de Ramadan et qui continuent aujourd’hui. Mais beaucoup regrettent ces autres espaces qui, aujourd’hui, n’existent plus. Bon, c’est vrai qu’aujourd’hui on a le Festival de la Médina qui tente de reproduire et de prolonger les spectacles traditionnels d’antan tout en y intégrant une touche de modernité. Comme on dit, chaque époque a ses rites !

Des traditions qui disparaissent

Le coup de canon : Le mois de Ramadan étant un mois à part de par son caractère sacré, un coup de canon en annonçait le début et la fin (on entrait alors dans le mois de l’Aïd). La rupture du jeûne shakkan el fatr était également annoncée par un coup de canon. (Cette pratique est actuellement complètement abandonnée).

Boutbila : Le s’hour, c’est-à-dire le dernier repas avant le jeûne qui commence dès l’aube jusqu’au coucher du soleil, était annoncé par boutbila, (littéralement celui qui a un tbal, une sorte de tambourin sur lequel il tapait en criant : réveillez-vous pour le s’hour, ou allez prendre votre s’hour. Ce volontaire prenait sur lui de prévenir les habitants qu’il fallait se dépêcher de prendre leur repas avant que l’appel à la prière ne vienne, avec l’aube, interdire toute prise de nourriture jusqu’à la fin de la journée.

Le cafichanta : à l’origine « café chantant », on en retrouvait un peu partout au centre-ville et à Bab Souika. C’était une animation populaire très prisée et une distraction de premier choix pour beaucoup de jeunes gens.

Tolérance : c’était mieux avant

Dans les années 50 et jusqu’à la fin du siècle dernier, Tunis vivait Ramadan dans la sérénité. Les gens se côtoyaient dans le respect de leurs différences. Pas de jugement de valeur. Pas de regard circonspect ou soupçonneux, et personne n’était tancé de « kafer » quelle que soit sa tenue vestimentaire ou son comportement. Aujourd’hui, il peut être gênant, voire choquant, pour certains pratiquants de voir des gens boire, fumer ou manger dans la rue, ainsi que des femmes dénudées (robes à bretelles, mini jupe…)