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Raoudha Zarrouk « La féminité contre la maladie »

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Raoudha Zarrouk « La féminité contre  la maladie »

Elle n’est plus à présenter tant son sourire radieux, pied de nez à « La » maladie irradie la scène associative. Depuis la fondation de l’association, la présidente de l’A.M.C., Raoudha Zarrouk, continue à lutter contre le cancer. Celui des autres. Cela fait maintenant plus d’une décennie que sa « joie de re-vivre » est une illustration ironique et victorieuse du « ça n’arrive qu’aux autres ».

par Héla Msellati

A vous voir, on ne croirait jamais que vous êtes une ancienne malade du cancer, désormais rétablie. Comment avez-vous fait pour mener à bien cette bataille ?

Quand j’ai découvert ma maladie, j’étais à la fleur de l’âge, une quarantaine resplendissante d’activités, de loisirs et de joie de vivre. Mes enfants avaient entre 18 et 20 ans, c’était la fin de l’année scolaire, la période de préparation des examens de fin d’année. Le brunch du dimanche est pour nous vital, ce sont des instants essentiels de notre vie familiale.

Ce moment resserre des liens d’intimité qui sont déjà, par principe, forts. La communication est à la base de notre vie de famille, ce qui a aidé à l’annonce de la maladie. Garder toujours le contact avec les siens contribue à dédramatiser la nouvelle et aide à réunir autour de la fatalité, pour l’affronter ensemble. Je pense qu’il y a certainement eu des passages extrêmement douloureux, mais ils me les ont bien cachés.

Comment s’est déroulée la période de ces soins qui restent quand même lourds ?

Les séances de chimiothérapie se sont déroulées aussi en partie chez moi, entourée des miens. Je les recevais allongée, dans mon salon, une thérapie conviviale, si l’on peut dire. Mes proches en profitaient pour me rendre visite et soutenir le moral des troupes. Derrière la mise en place du matériel médical, il y avait aussi toute une mise en scène. Je remarquais bien ceux qui revenaient des coulisses, cachant mal leur émotion. Passé le choc de l’annonce du mal, je m’en suis remise à Dieu. Cette sérénité devant le destin m’a permis d’entamer les soins avec optimisme. La preuve en est que la main de Dieu ne m’a pas lâchée.

Il est difficile pour une jeune femme, jolie de surcroît, de vivre les moments traumatisants d’une transformation physique. Comment les avez-vous affrontés ?

On m’avait prévenue que j’y laisserais ma chevelure, je suis alors allée me couper les cheveux très court. On m’avait aussi recommandé de m’acheter une perruque. J’ai répondu que si je devenais chauve, je me tatouerais le crâne, pour lancer une nouvelle mode. Je n’ai ni perdu mes cheveux, ni acheté de perruque. Je pense néanmoins qu’une femme atteinte de cancer se doit de développer sa féminité pour contrer la maladie. Il ne faut pas se laisser aller en baissant les bras, au contraire, il faut essayer de rester coquette et continuer à prendre soin de soi pour renvoyer une image positive. Du négatif, il est impératif de faire du positif.

Que faites-vous, au quotidien pour garder la forme ?

Je travaille, tout simplement. Tous les matins, après ma prière et le petit-déjeuner pris, je quitte mon domicile, à 8 h 10 précises, pour venir à l’association et y être à l’heure et même avant l’heure. Le président d’une association en est, en quelque sorte, le moteur, et chaque responsable, à mon avis, doit servir de modèle et donner l’exemple. Le voyant à l’œuvre, ses collaborateurs ne peuvent que suivre.

Avez-vous un régime alimentaire particulier ?

Depuis ma guérison, je mène une vie normale, avec une alimentation qui évite les excès. La recette est miraculeuse mais simple, il suffit de manger un peu de tout, modérément.

Un protocole beauté avant d’entamer la journée ?

L’eau des ablutions, tout simplement.

Quels conseils donneriez-vous aux femmes, particulièrement celles atteintes de cancer ?

A celles qui sont atteintes je dirais souvent cette phrase, qui pourrait constituer un slogan : « j’ai un cancer, et alors ? ». Il faut résister à la maladie, lui faire front et transformer ces moments douloureux en instants positifs. C’est en se moquant du mal qu’on gagne la bataille de la guérison. Si on abandonne la lutte, la maladie prend le dessus. Aux femmes en bonne santé, je dirais que pour se prémunir, l’autopalpation ou la palpation restent insuffisantes. Il est impérieux de procéder régulièrement à un dépistage par mammographie. Il faut aussi être et rester active, faire du sport et vivre bien. Bien signifie qu’il faut profiter des moments de bonheur que la vie offre, donner et recevoir de l’amour, s’amuser et rire. De tout, même du cancer.

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Elle est naturellement liée à celle de l’A.M.C. qui organise comme tous les ans sa journée ; celle-ci se déroulera le 31 octobre (2015) à la Cité des Sciences (Rue La Cité des Sciences à Tunis, Tunis 1004). Elle sera animée par un comité scientifique, bien sûr, ainsi que des membres du personnel médical et paramédical ayant en charge le traitement du cancer, depuis les chirurgiens jusqu’à la médecine esthétique.
Y prendront part aussi des représentants du ministère de la Santé ainsi que ceux de la C.N.A.M. Questions et débats y intéresseront également les malades et leurs familles.