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René Frydman : Un papa médical pas comme les autres

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René Frydman : Un papa médical pas comme les autres

René Freydman est un célèbre médecin obstétricien français. Sa particularité ? Il a contribué, au sein de l’équipe du Pr Emile Papiernik, à donner naissance, en 1982, au premier bébé éprouvette français, Amandine.

par Rym Benarous

Accueillant, sourire aux lèvres, René Frydman est un chercheur humain, chaleureux et modeste, dont le savoir n’a fait au cours des années que nourrir encore plus l’humilité, ce secret des grands hommes. Entretien exceptionnel avec ce grand ami de la Tunisie !

Que pensez-vous de ce prix Nobel récemment attribué à Robert Edwards, l’heureux papa de quatre millions de bébés éprouvette de par le monde ?

J’en suis très heureux car jusque là, on a toujours parlé de la fécondation in vitro (FIV) du bout des lèvres. C’est une technique qui a encore du mal à se faire reconnaître car il y a des courants de pensée, en particulier l’église catholique, qui y est fermement opposée. Elle fait peur. Cette reconnaissance vient éclairer d’un point de vue positif d’abord, toute cette démarche scientifique qui permet une meilleure connaissance de la reproduction, mais aussi de récompenser à titre personnel Robert Edward pour sa pugnacité et sa détermination. Ce chercheur passionné a en effet travaillé 20 ans avant de réussir. Ce qui est formidable avec lui, c’est qu’il avait vraiment cet objectif de soulager la souffrance des couples infertiles alors que d’autres scientifiques qui ont travaillé comme lui sur la FIV, étaient plus dans une vision de recherches et de résultats.

Robert Edwards a-t-il influencé votre carrière ?

Effectivement, j’ai commencé à m’intéresser à cette discipline à partir de ses propres publications en 1975.
A l’époque, on en était encore à essayer de réparer les trompes, ce qui ne marchait pas vraiment. C’est à cette période que j’ai commencé à penser à un programme qui allait vers la fécondation in vitro. Et puis un jour, à Paris, en 1977 plus exactement, j’ai rencontré Robert Edwards. Il m’a fortement encouragé à suivre cette voie et à développer ce que j’ai pu faire jusqu’alors dans mon service.
Nous sommes restés très proches, nous avons fait des congrès ensembles et il m’a même invité chez lui à quelques reprises. Nous avons toujours eu d’excellents rapports. J’apprécie énormément cet homme très joyeux et à l’humour britannique mais en même temps au rire très latent. C’est toujours avec beaucoup d’émotion que je pense à lui.

Qu’est ce que cela apporte à René Frydman, l’homme, d’avoir aidé des centaines de couples stériles à enfanter ?

En parallèle de mes recherches sur la reproduction, je pratique aussi l’obstétrique. J’assiste donc aux accouchements.
J’adore ça ! C’est vrai que je suis médecin, mais au moment de la naissance et dès que les problèmes médicaux sont résolus, c’est René, l’homme, qui réapparaît. C’est lui qui reçoit les émotions de ces femmes, de ces couples.
Quand j’annonce à un couple un début de grossesse après une longue histoire de stérilité, quand un couple stérile prend son enfant dans les bras, c’est toujours l’homme qui réagit.

Quels sont les défis à relever pour la FIV ?

La FIV se doit de devenir plus efficiente et plus efficace en comprenant mieux par exemple la qualité des ovules. Jusque là, on est encore dans le brouillard. Le tri des ovules se fait un peu au hasard. On les féconde, on prend deux embryons qu’on remet dans l’utérus, sans vraiment savoir quel est leur potentiel. Il nous faut développer cette approche de la connaissance du potentiel des ovocytes et des embryons.
Le deuxième défi de la FIV est d’améliorer la technique de congélation des ovules. On pourra ainsi réduire le nombre d’embryons stockés. Je rappelle que cette question pose toujours des problèmes, surtout d’ordre éthique et philosophique. Avec cette technique, la fertilité féminine ne sera plus menacée, notamment celle des femmes jeunes ayant eu un cancer et dont les ovaires seront détruites par la chimiothérapie. Elles n’auront plus à choisir entre la vie et donner la vie. Cela permettra également de développer le don d’ovocytes, pour ceux qui l’acceptent bien sûr. La congélation des ovules sera sûrement une étape capitale pour les années à venir.

Que pensez-vous de la polémique concernant cette femme enceinte morte cliniquement mais à qui , en accord avec le mari et les chercheurs, on a extrait le bébé par une césarienne après l’avoir maintenu in utéro dans le corps de la mère décédée?

A un tel stade précoce de la grossesse, cette pratique me semble complètement déraisonnable. C’est très différent du cas où l’on serait très près du terme et que le foetus aurait beaucoup de chances de survivre et de s’en sortir. Dans ce genre de situations, il faut agir au cas par cas et analyser à chaque fois le pour et le contre avant de trancher. Il faut avant tout penser à la vie et au devenir de cet enfant à naître.

Lors d’une récente conférence à Tunis sur l’éthique médicale, Axel Kahn a condamné les manipulations scientifiques bizarres et a cité comme exemple une famille américaine qui avait quatre enfants dont un atteint de leucémie. Les parents ont décidé d’avoir un cinquième enfant pour pouvoir prélever sur lui des cellules souches afin de guérir son frère malade.

En France, quand il y a une maladie génétique, nous sommes autorisés à faire un diagnostic préimplantatoire pour identifier les embryons indemnes de cette maladie et savoir s’ils sont compatibles sur le plan tissulaire ou pas. Ainsi, on ne remet dans l’utérus de la mère que ceux qui sont sains. Je répète qu’une telle manipulation n’est autorisée que dans le cas d’une maladie génétique.

Axel Kahn, lui, est complètement contre. Il dit que cet « enfant test » n’est procréé que pour en guérir un autre

Je n’ai pas cette opinion. C’est vraiment très délicat. Mais après tout, pourquoi est-on venu au monde ? C’est toujours très compliqué de répondre à cette question. Et puis, je ne pense pas qu’il y ait une seule mère qui porte un enfant pendant neuf mois et qui le met au monde en ne pensant qu’au grand frère malade. Je pense que tout se mêle à un certain moment.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes chercheurs dans le domaine de la reproduction?

Mon conseil serait justement de persévérer sur leur lancée. Le prix Nobel attribué à Robert Edwards est en fait une reconnaissance de toute cette voie. Pourquoi s’accrocher ?
Parce qu’il y a encore tellement de questions sans réponses : pourquoi des fausses couches ? Pourquoi des malformations utérines ? Comment arriver à repousser l’âge de la ménopause ? Il y a dans ce domaine général énormément de mystères à résoudre et on a besoin pour cela de beaucoup de chercheurs. On n’avancera en médecine que si la recherche avance.

Est-ce la première fois que vous venez en Tunisie ?

Non, absolument pas. J’y viens souvent même. Et cela me permet de penser à Hafedh Hajeri, malheureusement décédé. C’était un médecin d’origine tunisienne, exerçant à Paris et à qui je tiens à rendre hommage. C’est lui qui m’a vraiment appris l’obstétrique à l’hôpital Antoine Béclère à Clamart.
On avait des liens très forts et d’ailleurs, cela continue aujourd’hui avec ses enfants.