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Ma révolution facebook

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Ma révolution facebook

Ô mon Facebook, me pardonneras-tu ? Tout début, je t’ai complètement zappé, négligé, je ne savais même pas que tu existais ! Vu mon grand âge, du moins selon tes critères (chez toi, le nombre d’amis est inversement proportionnel au nombre des années), je suis longtemps passée à côté. C’est ma petite soeur, beaucoup plus jeune et dans le vent, qui m’a invité à l’y rejoindre. Ce que j’ai fait immédiatement, j’ai confiance dans son avis. Au début, j’ai tâtonné. Je n’avais presque pas d’amis, la plupart n’étaient pas beaucoup plus adroits que moi, mais c’était quand même sympa. On échangeait de loin des photos, on se donnait de nos nouvelles, on se souhaitait bon anniversaire, et on se retrouvait après des années de silence. Pas si mal, mais bon, pas de quoi fouetter un chat. Puis, peu à peu, mon réseau d’amis s’est étoffé. Après mes amis dans la vraie vie, j’acceptais parcimonieusement des inconnus, selon l’adage « les amis de mes amis sont mes amis ». Et parmi eux, de plus en plus de mes compatriotes, qui participaient à des groupes, des causes, et partageaient pour certains mes goûts et mes intérêts. Alors de clic en aiguille, j’ai pour la première fois été au courant des derniers films en salle, des présentations de bouquins, des concerts, des dernières expos. Plus besoin de se farcir « La Presse » pour être au courant de la vie culturelle ! Soulagement… et impression grandissante d’« en être », de ne plus être en Tunisie comme un cheveu dans la soupe… Mais mon Facebook adoré, toi le vrai, toi par qui les révolutions arrivent, je t’ai vraiment découvert après le 10 janvier 2011. Ce jour-là, je partageais une expo « coup de coeur » sur le peintre Aly Ben Salem, quand j’ai vu fleurir les drapeaux tunisiens de tous les côtés… Que se passait-il ? Que n’avais-je pas vu venir ? Comment pouvais-tu m’aider à comprendre ? Et c’est alors que je t’ai vraiment aimé, mon Facebook, toi qui m’a accompagné heure par heure, toi sans qui rien ne serait arrivé. Pendant ces quelques jours, comme la plupart d’entre nous, j’ai aimé, commenté et partagé, j’ai reçu et envoyé, j’ai invité et suggéré, j’ai publié, posté, modifié, je me suis exprimée… à tort et à travers, sans retenue. Une vraie formation éclair sur le tas, plus aucun de tes secrets ne me sera méconnu ! Ô mon Facebook ! Tu as libéré notre parole, tu as libéré notre plume, tu as libéré notre pays! C’est toi qui m’a permis d’acheter La Presse sans répugnance, de tenir dans les mains Le Monde, Courrier International, et même le Canard Enchaîné ou la Régente de Carthage, sans même avoir à prendre l’avion ! C’est toi qui me permets aujourd’hui de lire avidement des titres comme « Tunisie, le sursaut d’une nation », « Dignité Liberté Démocratie » ou « Ben Ali, fuite et fin». C’est toi qui m’a permis de surfer sans entraves sur le net, de contempler des photos chocs en couverture de tous les journaux, ornées de pancartes assassines et de visages prêts à tout. Aujourd’hui, et c’est fascinant, la plupart de mes amis tunisiens partagent la même photo de profil. Cette photo de mains jointes autour du drapeau Tunisien, qui à elle seule résume tout : la fierté, l’envie de savourer tous ensemble notre liberté retrouvée, et de travailler main dans la main pour ne jamais revenir en arrière. Ce sont ces mêmes amis qui ont vibré avec moi pendant ces deux semaines, qui m’ont tenu au courant, qui m’ont ému, avec lesquels j’ai ri, pleuré, espéré, débordé de joie et de reconnaissance. Merci à eux d’avoir été là. Car même si pour la plupart, nous n’avons pas gardé les moutons ensemble et ne les garderons sans doute jamais, cela ne nous a pas empêchés de vibrer à l’unisson. Vous mes amis de France et de Navarre, qui pour beaucoup avez déserté Facebook depuis belle lurette (à quoi peut-il vous servir, vous qui avez accès à l’information, qui avez le droit de dire ce que vous pensez, de lire ce que vous voulez), comment pouvez-vous imaginer ce qu’il représente pour nous ? Revenez parmi nous,, mes amis démissionnaires, venez partager notre joie, nos débats, notre combat ! Plus on est de fous, plus on rit, plus on pleure, plus on partage. Le 28 février, journée mondiale sans Facebook, j’essaierai de ne pas allumer mon ordinateur. Quoi qu’il m’en coûte, puisque l’heure est au retour à la vie normale, au travail et à la reconstruction. Mais j’en profiterai peut-être malgré tout pour me familiariser avec Twitter, pour moi toujours aussi mystérieux et inaccessible. Ô Twitter ! Que ne serais-je devenue si je t’avais rencontré plus tôt ? Secrétaire d’Etat, ministre, Présidente ? Mais puisqu’il n’est jamais trop tard pour bien faire, j’ai bon espoir de te comprendre et de t’aimer, un jour ou l’autre…. Et de vivre avec toi, peutêtre, ailleurs, ma deuxième révolution !