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Sauver sa peau, au Centre de traumatologie et des grands brûlés

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Sauver sa peau, au Centre de traumatologie et des grands brûlés

La mise en place du Centre de traumatologie et des grands brûlés de Ben Arous s’est inscrite dans le cadre du renforcement de l’infrastructure sanitaire et du rapprochement des prestations de soins des citoyens. Inauguré en novembre 2012, cet établissement de santé publique a permis le transfert des services de soins, jadis assurés par une unité de traumatologie et de grands brûlés à l’hôpital Aziza Othmana, dans un centre spécialisé doté d’équipements et technologies de pointe. Il marque l’importance de la consolidation du secteur de la santé publique en vue de hisser le niveau des services d’urgences et de venir en aide aux victimes des accidents du travail, de la circulation, mais aussi des accidents tout court, d’une manière plus efficace et la plus rapide possible.

par Jaouida Ben Aouali

Centre de traumatologie et des grands brûlés de Ben Arous

En effet, plutôt que de se déplacer d’un service à un autre pour bénéficier des soins requis, c’est toute l’équipe médicale qui se mobilise pour venir au secours du patient. Ce dernier est ainsi traité de façon complète par les différents spécialistes. Il set à noter que cet établissement a nécessité l’engagement d’une enveloppe de 35,8 millions de dinars, dont 20,8 millions de dinars consacrés à l’acquisition du terrain, la construction, ainsi qu’à l’infrastructure spécialisée. Les 15 millions de dinars restants ayant assuré le coût de l’ameublement et des équipements.

Equipé pour sauver

S’étendant sur une superficie globale de 6 hectares, dont 22.000 m2 d’espaces couverts et 3 hectares destinés à l’héliport, le Centre de traumatologie et des grands brûlés comprend sept étages, rez-de-chaussée et deux sous-sols compris. Il compte 11 services spécialisés, notamment un service d’orthopédie et de traumatologie dont la capacité d’accueil est de 46 lits, un service de réanimation des grands brûlés (20 lits), un service de chirurgie plastique, réparatrice et esthétique pouvant accueillir jusqu’à patients, un service des urgence (14 lits), un service de chirurgie (26 lits), un service de neurochirurgie (31 lits) et un service d’anesthésie et réanimation d’une capacité de 12 lits. Concernant les services techniques, le centre bénéficie d’un service de médecine physique et de rééducation fonctionnelle, d’un service d’imagerie médicale, d’un service de biologie et de banque du sang et d’un service de pharmacie.

La capacité globale du centre est de l’ordre de 168 lits. Les services de soins sont assurés par un cadre médical, paramédical, administratif et un personnel ouvrier comptant 472 personnes.

Ce service, étroitement lié, tant par la localisation que par la fonctionnalité, au service des urgences, est entièrement numérisé. Il compte une salle de scanner extrêmement rapide, une salle d’échographie, une salle de radiologie, une salle de radiologie pour les consultations externes et une salle pour l’imagerie par IRM. Aspect très important, toutes les salles de radiologie sont connectées entre elles suivant un réseau numérique spécifique, permettant la prise en charge rapide des patients, un avantage de taille car il s’agit généralement de personnes polytraumatisées qu’il est indispensable de traiter efficacement.

Comprenant une salle réservée aux blessés légers et jouxtant le service d’imagerie, le service des urgences assure la prise en charge de 85 % des patients qui s’y rendent. Il comprend une salle de premier diagnostic, une pour blessés légers, deux salles pour le plâtrage, mais aussi un hôpital de jour dont la capacité d’accueil est de l’ordre de 14 lits et un bloc opératoire. L’équipe d’urgence est formée de deux médecins internes, trois résidents et un médecin assistant. Les cas de grands brûlés ou polytraumatisés repérés sont rapidement transférés dans le service de réanimation destiné à les accueillir. Il s’agit en effet d’une salle de réanimation d’urgence et de déchoquage.

Au second étage se trouvent le service d’orthopédie et de traumatologie et le service de chirurgie plastique, reconstructive et esthétique.

Outre les Tunisiens, des patients venus des pays voisins et d’autres pays d’Afrique sont pris en charge dans le Centre de traumatologie et des grands brûlés, qui se présente comme étant un établissement arabe, africain et régional, traduisant l’importance de l’exploitation des services tunisiens de santé à l’échelle internationale.

Quant au service de chirurgie plastique, reconstructive et esthétique, il s’avère indissociable des autres services car le centre accueille quotidiennement des cas de brûlures et d’accidents graves qui nécessitent l’intervention de cette spécialité.

La prise en charge des grands brûlés

Incendie, tentative de suicide, accident domestique ou professionnel… Les causes de brûlures sont nombreuses. Si la brûlure est importante et profonde, le pronostic vital est souvent en jeu. Entre le risque d’infections et le risque de complications liés aux défaillances d’organes, le taux de mortalité des grands brûlés dépasse les 25 %. La prise en charge des grands brûlés nécessite des traitements très spécifiques et à la pointe de la médecine.

L’épiderme, le derme et l’hypoderme sont les trois couches qui constituent la peau. Le degré d’une brûlure correspond à son niveau de gravité. Il existe trois degrés de gravité pour une brûlure. Quand la brûlure ne touche que les couches superficielles de l’épiderme, elle n’est généralement pas grave. Il s’agit d’une brûlure du premier degré. La chaleur entraîne la libération de plusieurs substances inflammatoires qui vont dilater les petits vaisseaux de la peau. Résultat, elle devient rouge, elle guérit le plus souvent en quelques jours.

Quand la peau atteint une chaleur située autour de 60 °C, tout l’épiderme est atteint et, éventuellement, la jonction derme/épiderme. Ce sont les brûlures du deuxième degré. La paroi des vaisseaux et des cellules est fragilisée. Du liquide s’accumule entre l’épiderme et le derme. Résultat, une cloque se forme et la zone devient très douloureuse. Si elles sont correctement traitées, ces brûlures guérissent en deux à six semaines. En revanche, quand il s’agit de brûlures du troisième degré, c’est beaucoup plus grave.

Elles se produisent quand la chaleur est supérieure à 65 °C. Toutes les couches de la peau sont atteintes. Les terminaisons nerveuses et les vaisseaux sanguins sont détruits. Du coup, les tissus se nécrosent. La peau devient sèche, cartonnée et noircit. Les tissus sous-jacents peuvent être atteints : tendons, muscles et parfois même les os. Lorsque la brûlure est profonde, elle peut provoquer un choc cardiovasculaire et une chute de tension, c’est une véritable urgence médicale.

La greffe de peau : elle est obligatoire pour les personnes brûlées au troisième degré. Elle se fait en différentes étapes, dont celle du maillage. La peau est étirée comme un bas résille. Si les brûlures sont très étendues, cela rend le maillage plus compliqué, faute de peau saine. Il y a, bien sûr, une limite aux capacités d’extension de la peau.

Une autre piste de traitement réside dans la culture de cellules d’épiderme, le but étant d’obtenir une peau artificielle qui sera ensuite greffée au niveau de la brûlure. Pour l’instant, les résultats sont en cours d’évaluation. Mais grâce à ces avancées, on guérit aujourd’hui des brûlures qui étaient mortelles il y a une dizaine d’années.

La prise en charge des grands brûlés implique un suivi sur plusieurs années. Il existe des centres spécifiques de traitement des grands brûlés, c’est le cas au Centre national de traumatologie et des grands brûlés. Après la phase aiguë, où les interventions consistent à sauver la vie du grand brûlé, vient le temps des chirurgies réparatrices qui visent à améliorer esthétiquement et fonctionnellement les greffes qui ont déjà été réalisées.

Chirurgiens, réanimateurs, infirmiers, aides-soignants… pour éviter de déplacer les grands brûlés, les spécialistes interviennent directement dans les chambres. Les chambres de réanimation peuvent se transformer en véritable bloc opératoire.