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Sofiène El Fani « Après le cinéma la cuisine est ma grande passion »

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Sofiène El Fani  « Après le cinéma la cuisine est ma grande passion »

Primé par le César 2015 du meilleur directeur photo avec le film Timbuktu de Abderrahmane Sissako, Sofiene El Fani a été aussi derrière la caméra de « La vie d’Adèle » (Palme d’or Cannes 2013 ) et de la « Vénus noire » de Abdelltif Kechiche entre autres. Il s’agit du plus talentueux chef opérateur tunisien. Il nous a accordé cet entretien.

par Salem Djelassi

On sait que vous aimez faire du sport.  Vous avez choisi de faire de la boxe comme sport de loisirs, pourquoi ? 

Je n’ai jamais été un grand sportif, mes parents ne l’étant pas, il n’y a jamais eu d’encouragement sincère à ce niveau-là, mais j’ai toujours été un adepte de l’activité physique.

Comme on dit « mens sana in corpore sano », je pense qu’il est important d’avoir une bonne hygiène physique pour permettre à l’esprit de respirer. C’est également une excellente manière d’évacuer par le corps toutes les tensions psychologiques. J’ai toujours l’impression de me sentir plus lucide et plus serein après une séance de sport.

J’ai toujours été attiré par la boxe, certainement à cause des références cinématographiques qui ont marqué ma jeunesse comme Raging Bull et Rocky. L’initiation s’est faite à travers un ami boxeur, qui tenait à partager avec moi cette expérience. Depuis, je suis régulièrement des cours avec un formidable coach tunisien. Outre la préparation physique intense et revigorante, il y a la préparation psychologique et la technique qui permettent à l’esprit de gérer la tension et le stress. C’est un entraînement qui a des répercussions positives sur mon quotidien. D’ailleurs, dernièrement, avant de me rendre à la cérémonie des Césars, j’ai effectué une petite séance d’entraînement, histoire d’être décontracté. Ça m’a porté chance !

Rares sont ceux qui travaillent dans le milieu cinématographique et qui ne fument pas. Vous êtes l’un d’eux, qu’est-ce qui vous a préservé de la cigarette ?

En fait, je ne fume plus ! J’ai arrêté depuis quelques mois. J’ai retrouvé un odorat et un goût qui avait été abîmés par le tabac. Ne parlons même pas du souffle…

Il est vrai que beaucoup de personnes dans le milieu du cinéma sont des gros fumeurs, principalement à cause du stress et des longs moments d’attente pour certains.

J’avais déjà arrêté quelques fois auparavant et repris bêtement à cause de mon métier. Cette fois-ci c’est définitif, je ne ressens même plus l’envie de fumer. La boxe y est aussi pour quelque chose ! La volonté.

Quels sont les aliments que vous préférez ? …

Tous ! Je suis très gourmand. En ce moment c’est encore la saison des artichauts violets et j’en mange pratiquement quotidiennement avec différentes recettes. 

Je porte une attention particulière à ce que je mange. Je cuisine moi-même à la maison et je choisis avec beaucoup d’intérêt les produits au marché. La cuisine est ma deuxième grande passion après le cinéma.

Que pensez-vous de l’hygiène alimentaire des Tunisiens aujourd’hui ?

Je pense qu’en général les habitudes alimentaires du Tunisien ne sont pas toujours des plus saines. Il y a beaucoup d’excès. Trop de gras, trop de sucres, trop piquant, trop d’alcool, trop de cigarettes… Et le trop de tout est un mélange explosif ! Surtout quand il n’y a pas derrière un minimum d’activité physique. 

Heureusement pas tout le monde n’a pas ce rythme de vie. On a la chance d’avoir une cuisine tunisienne très variée, d’avoir des produits frais de saison que les gens en Europe paieraient à prix d’or et d’avoir une des meilleures huiles d’olive qui est la base de notre alimentation.

Votre métier exige beaucoup de sacrifices et de déplacements parfois. Comment faites-vous pour garder l’équilibre familial ? 

Effectivement, ce métier exige beaucoup de sacrifices de ma part et de la part de mon épouse qui travaille également dans le milieu. Nous essayons de préserver au maximum notre fille. 

Quand je ne travaille pas, j’essaie de me consacrer au maximum à ma famille et à la maison et inversement quand je suis absent, c’est ma femme qui prend tout en charge. C’est un effort constant à fournir pour préserver l’équilibre de notre foyer.

En tant  que professionnel du cinéma quels sont les films ou les images qui vous ont le plus saisi ?

Il y en a beaucoup, je n’ai pas de film particulier. Cela dépend aussi des moments de ma vie.

Ce serait comme demander à un enfant de choisir entre son père et sa mère.

En général, les films qui m’ont marqué sont ceux qui m’ont poussé à la réflexion ou qui m’ont procuré de vives émotions. Sur les derniers que j’ai pu voir, je pourrais citer « Birdman » et « Black Swan ».

Si vous étiez médecin  du monde,  quels sont les maladies contre lesquelles vous auriez lutté ?

La bêtise et l’ignorance ! Mais seule la culture peut guérir. 

D’un point de vue médical, il y a d’abord le cancer qui est un des pires fléaux de notre temps. Il y aurait ensuite l’Ebola et les différentes grippes mortelles. Je pense qu’avec un minimum d’investissement et de mesures de précautions d’hygiène, on pourrait contrer efficacement ces pandémies.

Croyez-vous que le cinéma puisse être une arme efficace contre le terrorisme ?

Très certainement. L’image a un pouvoir immense. C’est pour cela que le cinéma a souvent été instrumentalisé à des fins de propagande ou censuré parce qu’il dérangeait. Le cinéma peut témoigner d’une certaine réalité et pousser à la réflexion. Il a aussi une fonction éducative.  Donc oui je pense qu’il peut contribuer à la lutte contre le terrorisme.

L’image à une lourde responsabilité aujourd’hui. Malheureusement avec la télévision, on assiste plus une tentative d’uniformisation de l’esprit et à un phénomène de consommation. Pasolini en parlait déjà dans les années soixante.

Que conseillez-vous aux jeunes pour qu’ils prennent  soin de leur santé ?

D’après moi, ça doit être une manière de vivre et de penser. Comme une philosophie. Comme on doit prendre soin de son corps par l’activité physique et une alimentation saine, il faut prendre soin de l’esprit par la culture et l’expérience. Il faudrait pouvoir vivre en harmonie avec son corps et son environnement. Ce serait l’idéal.