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Tout sucre, tout miel

Publié le
Tout sucre, tout miel
par Héla Msellati

Urine sucrée, urine de miel, dia-baïno

4000 ans avant notre ère,la médecine chinoise traditionnelle mentionnait déjà de « l’urine sucrée », « madu méhé », celle que les médecins anciens des Indes appelaient « l’urine de miel ».

Aussi vieille que Mathusalem, et déjà considérée comme une maladie de personnes bien nourries, les symptômes de celle qui sera nommée « diabète » étaient décrits, 1500 avant J.C., par le papyrus Ebers comme une grande soif et un amaigrissement fatal. Dans l’Antiquité grecque, Hippocrate, lui, cite la polyurie, augmentation de la production d’urine, et sur l’Agora repérait les diabétiques par la présence de nombreuses abeilles au-dessus des toges des plus âgés, vraisemblablement imprégnées de glucose.

D’ailleurs, le mot grec dia-baïno, signifie « passer au travers » et, dès ces époques lointaines, les urines très abondantes ayant suscité l’intérêt des médecins étaient devenues symptomatiques de cette maladie. Ce sont d’ailleurs ces mêmes signes que décrira le successeur d’Hippocrate, Arétée de Cappadoce et qui permettront à ce dernier de faire le lien entre la maladie et la présence de sucre dans les urines.

Il faudra cependant attendre quelques siècles encore pour qu’au XIème siècle, un Arabe, Ibn Sina, détaille le diabète sucré, distinguant, comme l’avait déjà fait Arétée, le diabète primaire du secondaire et, à son tour, décrive très précisément le diabète insipide. Avicenne prescrivait d’ailleurs aux diabétiques d’alors un mélange à base de fenugrec, traitement toujours en vigueur dans notre médecine traditionnelle contre « l’urine sucrée ». C’est un Anglais, Thomas Willis qui, au XVIIème siècle, prouvera la présence de sucre dans l’urine des diabétiques et un siècle plus tard, en 1788, Cawley révèlera, quant à lui, le premier cas de diabète sucré d’origine pancréatique. C’étaient les premiers pas de la recherche sur le diabète.

Diabète

Insipide ou sucré, de type 1 ou 2, gestationnel ou néonatal quand il n’est pas tout bonnement atypique, ses genres et appellations diffèrent et la « maladie des riches », sous ses multiples formes, touche aujourd’hui même les moins aisés. Plus d’une centaine de millions de personnes sur la planète en sont affectées, soit 2,8% de la population mondiale.

Dans ce tableau peu rassurant, fatigue, nausées et palpitations sont les premiers dangers directs. Les accidents de santé les plus usités et attendus, dans le quotidien des diabétiques restent l’hyperglycémie ou l’hypoglycémie. Au long cours, les complications du diabète peuvent s’avérer plus dangereuses et vont de l’infarctus à la cécité, des artérites des membres inférieurs, leur amputation ou des problèmes rénaux en tout genre.

Selon les prévisions avancées par l’O.M.S., ce nombre devrait encore augmenter considérablement d’ici 2030 pour culminer à plus de 370 millions de diabétiques, soit « une augmentation de 110% par rapport au nombre de patients recensés en 2000 ». Par ailleurs, ces mêmes chiffres prévoient également, pour la même date, près de 284 millions de diabétiques dans les pays en développement.

En 2013, nous étions quelques 1 700 000 à en souffrir, sans compter ceux qui s’ignorent, soit 15 % de Tunisiens, loin devant nos voisins maghrébins. Ces chiffres vertigineux sont la conséquence aussi de la généralisation des comportements humains. La mondialisation ce sont aussi, partout dans le monde, des changements d’habitudes alimentaires qui favorisent de plus en plus l’apparition et la croissance de pathologies au détriment du mode de vie.
Devenu peu hygiénique, voire malsain, celui-ci se traduit par une alimentation de plus en plus riche en sucre et graisse, menant nécessairement à une prise de poids, conséquemment parfois à l’obésité, facteur d’accroissement du risque de diabète.
L’activité physique qui se réduit de plus en plus, associée à un phénomène naturel de vieillissement de la population, dans cette prévalence, font le reste.

Méconnu et silencieux le mal de populations trop (et mal) nourries se découvre souvent (trop) tardivement. Reculer l’échéance de sa venue reste encore le meilleur moyen de lui contrer le passage : perdre du poids, quand on est en surplus, faire de l’exercice, corriger ou améliorer son hygiène alimentaire, mettre un terme aux addictions, reconnaître ou mieux connaître, son capital santé, particulièrement ses facteurs héréditaires.

De nos jours, l’âge, le surpoids, la sédentarité, ou les antécédents familiaux sont désignés comme facteurs de risque, on a pendant longtemps, incriminé la consommation abusive de sucre. Si, aujourd’hui le point de vue des scientifiques, sur le lien entre la consommation de sucre et la prévalence du diabète est remis en question et qu’il n’est également pas définitivement établi que le sucre entraîne l’ « urine sucrée », il n’en demeure pas moins que le remède le plus à portée reste de se bouger, pour le brûler. Marcher contre le diabète, et pas seulement pour un « pas à pas ».