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Tabagisme en Tunisie…. Est-ce uniquement un problème de sensibilisation ?

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Tabagisme en Tunisie…. Est-ce uniquement un problème de sensibilisation ?

L’Organisation mondiale de la santé a choisi de consacrer la prochaine journée mondiale sans tabac, prévue le 31 mai prochain, à la Convention cadre de l’OMS pour la lutte anti-tabac. A l’heure où les cafetiers tunisiens, et autres personnes irrespectueuses, profitent lamentablement de l’anarchie ambiante, pour manifester afin que l’on puisse (re)fumer dans les lieux publics (sic),souvenons-nous que la loi anti tabac n’est pas une émanation du diable mais bien de notre législateur et elle ne fait que se conformer aux engagements internationaux de la Tunisie, signataire de la Convention depuis 2003.

par Nidhal Adhadhi

Journée mondiale sans tabac

En Mai pour célébrer ce rendez-vous, le ministère de la Santé publique propose chaque année un programme assez diversifié.
Selon Dr Mounira Masmoudi Nabli, chef de service des maladies non transmissible au ministère de la Santé publique, ce programme a pour but « la sensibilisation des différents intervenants ainsi que le grand public, notamment les jeunes, à l’importance et l’intérêt du respect de la loi visant à les inciter à arrêter de fumer ou à n’en pas commencer. »
La stratégie de communication du ministère de tutelle dont la cible prioritaire reste les jeunes fumeurs et les enfants scolarisés, comprend une célébration nationale marquée par un séminaire national et une grande campagne médiatique (spots publicitaires télévisés et radiophoniques, affiches, messages sms…), une journée portes ouvertes et enfin six forums radiophoniques. « Ces actions nous permettent de nous rapprocher au maximum de la convention mondiale cadre de l’OMS », a expliqué Dr Nabli notant qu’en matière de la lutte anti-tabac « la Tunisie est considérée comme un bon élève de l’OMS qui lui a décerné un prix pour les deux années successives 2009 et 2010 destiné aux pays du sud méditerranéen. »

Législation anti-tabac en Tunisie

En analysant le cas tunisien en matière de lutte anti-tabac sur le volet législatif (loi du 23 février 1998 relative à la prévention anti-tabac passif et actif et la loi de 2009 relative à l’interdiction de fumer dans les lieux publics ainsi que le volet concernant la communication (campagne de prévention et différentes actions sur le terrain), tout semble aller bien.

Résultats insuffisants du programme anti-tabac en Tunisie

Toutefois, on se demande si tout cela produit des résultats positifs chez les fumeurs. Hélas, le fossé entre le « discours préférentiel de bon élève » et la réalité de terrain, se creuse.
Pour Pr Hichem Aouina, tabacologue, pneumologue et allergologue, il s’agit d’un abus de langage de dire que la Tunisie « est un bon élève de l’OMS ». Et d’enchaîner : « Le tabac est aujourd’hui un produit typiquement à consommation courante, le plus facile à obtenir et le plus banal. Il continue à tuer 7.000 mille personnes chaque année en Tunisie ».
Le fait de se focaliser sur l’aspect préventif, tempête-t-il, et se contenter de rappeler au public les dangers du tabagisme, « reste très insuffisant ». Selon lui, pour aboutir à des changements concrets, il va falloir penser au-delà de ce que les Journées mondiales peuvent offrir comme solutions. Ces dernières, ont tendance à marginaliser les fumeurs en les diabolisant alors que ceux-ci représentent, du point de vue médical, les acteurs les plus impliqués dans cette cause en tant que personnes ou parents, surtout, qui peuvent influencer les non fumeurs.
Une prise en charge des fumeurs à travers un mécanisme d’aide au sevrage tabagique demeure la première mesure à promouvoir. A ce titre, le rôle des professionnels de la santé est vital. Ils sont ainsi appelés à ne pas culpabiliser les fumeurs, à enraciner chez eux la culture de la réclamation de leurs droits à consommer sain et les inciter ainsi à changer leurs comportements, c’est-à-dire à gérer leur dépendance psycho-comportementale.

Ce qui revient à dire que le fumeur est appelé à consommer la cigarette sans vraiment en avoir besoin. Or, rappelle le Pr Aouina, « on peut aisément maîtriser la dépendance au tabac par le biais de substituts nicotiniques ». Ce qui augmente la dépendance psycho-comportementale, c’est cette facilité de trouver de la cigarette à la portée de tous. Outre le rôle que peuvent jouer les professionnels de la santé et l’entourage du fumeur, l’Etat est lui aussi censé veiller sur l’application rigoureuse des lois et maîtriser les flux de la contrebande. Le problème du tabagisme en Tunisie n’est pas exclusivement un manque de sensibilisation mais un problème plus complexe qui est celui de la structuration.

Le programme de la célébration

cigarette écrasée
* Une compagne médiatique : spots publicitaires télévisés et radiophoniques, des affiches, smsing.

* un séminaire national à l’attention des représentants des différents ministères et associations concernés qui aura lieu le 31 mai.

* une journée porte ouverte au centre culturel et sportif El Manzah 6

* des ateliers de mesure de monoxyde de carbone chez les fumeurs et les non fumeurs,

*des concours des dessins destinés aux enfants de 8 a 12 ans

* six forums radiophoniques porteront sur les thèmes généraux « la convention cadre et prévention anti-tabac » qui vont être diffusés sur les radios régionales.