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Je t’aime…. moi non plus

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Je t’aime….  moi non plus

 

Le 14 février, jour de la Saint-Valentin considéré dans de nombreux pays comme la fête des amoureux, s’est cordialement invité dans l’éphéméride de nos fêtes, donnant aux jeunes et à ceux qui le sont moins, l’amour ayant l’élégance de l’intemporalité, l’occasion d’échanger des mots doux, des cadeaux, des roses rouges, gages d’amour et emblèmes de passion. Lupercales dans la Rome antique, festival de Lupercus, dieu païen de la fertilité et honorant Junon, déesse des femmes et du mariage, assimilée par l’Église catholique sous la dénomination de saint Valentin, saint patron des couples, cette fête, s’est associée à l’amour physique, bien avant de devenir un rituel romantique, très proche de l’amour courtois. De païenne à chrétienne, avant de devenir cosmopolite, la saint-Valentin a longtemps été célébrée comme la fête des célibataires.

Du latin te amo, donnant l’italien ti amo ou le portugais amo-te, en passant par le français, je t’aime, ce jour saint est aussi l’occasion de décliner sa conjugaison amoureuse dans toutes les langues, à toutes les personnes et de s’interroger sur les multiples significations distinctes mais liées d’un verbe, presque aussi ancien que l’humanité. Depuis Adam et Eve, toutes les sciences ont cogité la question amoureuse, méditant sur le phénomène, source constante d’inspiration des arts. Si la Grèce antique distingue dans l’amour quatre sentiments différents : la philia, l’amitié, l’agapè, l’amour du prochain, la storgê, l’amour familial de l’éros, l’attirance sexuelle, le français aimer est, lui, issu du latin amare. Quand il est transitif, ce verbe signifie avoir pour quelque chose ou quelqu’un, de l’affection, de la tendresse, de l’amitié ou de la passion. S’il s’agit d’un animal, c’est alors de l’attachement qui n’est pas le même quand on a de l’attrait pour quelque chose et qu’on trouve du plaisir à la faire. Lorsqu’on aime quelqu’un, c’est qu’on est donc amoureux. Pronominal, il réfléchit l’action sur lui-même, alors, on se plaît, on s’aime bien et si on le compose, on s’entr’aime, on s’adore l’un l’autre. Aimer désigne donc ce sentiment d’affection et d’attachement envers un être ou une chose et par conséquent, poussant celui qui le ressent à rechercher une proximité physique, spirituelle, concrète ou virtuelle avec l’objet de cet amour, à adopter un comportement particulier. Aimer n’est donc pas si simple, au vu de l’immense variété de sentiments, de la diversité des états, de la disparité des comportements, variant d’un plaisir général lié à un objet, à l’agrément d’une activité jusqu’à une attirance profonde ou intense pour une ou plusieurs personnes. Autant d’emplois et de significations le rendant difficile à définir de façon unique et uniforme. Cet état émotionnel multiplie d’autant la difficulté que ce profond sentiment de tendresse envers autrui comprend un large éventail de nuances allant du désir passionné à l’amour romantique, de la tendre proximité de l’amour familial ou platonique à la dévotion spirituelle de l’amour de dieu. La curiosité grammaticale du mot amour n’en constitue qu’une preuve de plus : masculin au singulier, amour s’offre l’originalité d’être féminin pluriel ; si un de perdu, dix de retrouvés, face à un amour mort, se multiplient des amours délicieuses.

Là où le français nuance dans l’unicité, l’espagnol distingue querer d’amar ou gustar et l’anglais simplifie dans la paire to like et to love. Pratique, l’Amérique des années soixante distingue dans les relations amoureuses love, sex et fun, distinction qui a l’avantage d’être clairement établie et le fameux «peace and love » n’est rien moins que l’avatar anglophone du non moins notoire « vivre d’amour et d’eau fraîche ». En raison de sa complexité, la difficulté à saisir sa nature versatile, l’amour et le discours y afférent se réduisent souvent à des clichés, stéréotypes langagiers que l’on retrouve dans les proverbes et dictons, aphorismes et sentences qui fleurissent sur l’amour, depuis la phrase de Virgile: «L’amour triomphe de tout», jusqu’au légendaire : «L’amour rend aveugle». Le philosophe Leibniz en donne une définition devenue illustre : «Aimer, c’est se réjouir du bonheur d’autrui» et la phrase que Saint-Exupéry met dans la bouche du Petit Prince : «Aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction.» reste impérissable. Même Madeleine de Scudéry, pourtant précieuse topographe du Pays de Tendre reconnaît sa déroute: «L’amour est un je-ne-sais-quoi qui vient de je-ne-sais-où et qui finit je-ne-sais-comment. » Carave ou ken, amour vache ou platonique, amour de soi ou du prochain, gueule d’amour ou de rencontre, histoire d’amour ou au cinéma, la sagesse des nations demeure impuissante à décrire cette émotion. Il reste qu’un simple frôlement de manches fait naître l’amour dont la constante est que, là où il n’y a pas d’amour, il n’y a pas de joie. La conséquence est qu’on ne badine pas avec l’amour car en amour comme en rêve, il n’est rien d’impossible. S’il est aveugle, Serge Gainsbourg l’armera d’une canne rose, ajoutant que dans sa chanson «la plus morale (…) jamais écrite, (…) l’amour physique est sans issue» et « ne vaudra jamais mieux que le court temps que l’on passera à le faire». Mais même atteint de cécité, par éblouissement selon certains, il comprend toutes les langues, parle même à lèvres closes, et apprend aux ânes à danser.

Quand il donne de l’esprit aux femmes il le retire aux hommes et s’il commence par des anneaux, il finit par des couteaux. Mais «en attendant la réponse, le sexe soulève de bonnes questions» pour Woody Allen, interrogations auxquelles répondra Pierre Dac : «l’amour platonique est à l’amour charnel ce que l’armée de réserve est à l’armée d’active». Le génie de la formule et la vivacité du style d’un Paul Morand résoudra pratiquement la question : «l’amour est une histoire à dormir couché»!

Héla Msellati