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Tu vœux ou tu vœux pas ?

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Tu vœux ou tu vœux pas ?
par Héla Msellati

«Janvier est le mois où l’on offre ses meilleurs vœux à ses amis. Les autres mois sont ceux où ils ne se réaliseront pas»

… écrivait Lichtenberg dans son Sudelbuch, « livre brouillard» mais registre non comptable, dans lequel furent consignées avec verve et causticité les pensées qui firent sa notoriété. 2013 est arrivé, janvier est bien là et pendant qu’il s’installe confortablement, avant de céder la place à son suivant, il est grand temps de prononcer ou de rédiger vœux et souhaits pour les douze mois à venir. Engagement, désir, résolution, promesse faite à Dieu ou à soi-même, les vœux sont, de coutume, les souhaits du jour de l’an, adressés, répétés, traditionnellement et comme une litanie, jusqu’à la fin janvier. C’est un espoir ou un désir qu’un événement s’accomplisse … et il semblerait y en avoir dans notre actualité.

Pour changer du bon vieux « bonne année, bonne santé», les innovations les plus diverses se multiplient pour toucher, ou du moins tenter de le faire, les personnes chères….Sur le net, dans les textos et ailleurs, classiques ou originales, idées et formulations diverses et diversifiées se déclinent sur des variables allant du bon ton, au meilleur goût. Il y a la vertigineuse arithmétique de l’addition d’ « 1 an d’Allégresse, 12 mois de Plaisir, 52 semaines de Bien-être, 365 jours de Chance, 8 760 heures de Succès, 525 600 minutes d’Amour, pour un total de 31 536 000 secondes de bonheur». De façon poétique, certains le disent en vers, ou ce qui sont supposés l’être : « Que le bonheur soit avec toi, Que la lumière soit devant toi, Que les anges soient autour de toi, Que dieu te donne la joie, BONNE ANNEE !». A la manière humoristique, les amateurs de bons mots souhaiteront : « Bon âne né et bonne sans thé.» et les velléitaires de la fuite en avant prendront leurs rêves pour des réalités : « Ding Dong, l’embarquement du vol 2013 est annoncé. Vos escales; chance, santé, bonheur … la durée sera de 12 mois. Veuillez vous présenter porte 31.» Les fêtards, quant à eux, solliciteront les arts de la table. Au repas de fêtes, leurs propositions seront aussi variées que juteuses, celles d’ « inaugurer avec un cocktail de joie, (de) déguster un velouté d’amitié et son gratiné de santé, (de se) régaler avec un filet d’amour et sa sauce folie, puis (de) finir en douceur avec une bûche d’harmonie… Enfin, (de) savourer chaque seconde de (la) nouvelle année». Dans les menus, pour le moins harmonieux, de mets et de vœux, les gastronomes concocteront une « salade d’amitié sauce rigolade, (un) gratin de prospérité accompagné d’un consommé bonne santé, (un) plateau de petits bonheurs variés, (des) amuse-gueules de sérénité, (une) pièce montée aux choux d’amour, le tout arrosé d’un magnum de BONNE ANNEE.» Les plus simples, eux, se contenteront, d’ « (un) velouté de santé, (accompagné d’un) hors-d’œuvre de bonheur, (d’un) filet d’amour sauce tendresse et (finiront par un) café d’amitié. En termes d’argent et d’argot et comme 2012 a été dépourvu de « flouze», les optimistes les plus intéressés présageront un 2013 balèze, avec la promesse de « gagner du pèze».

Dans les œuvres de fiction, vœu et souhaits sont souvent utilisés comme incidents déclencheurs et l’occasion de « faire un souhait», « qu’un souhait se réalise» ou d’être « exaucé» se retrouvent dans le folklore de nombreuses traditions. Dans notre culture, les coutumes dans lesquelles on « fait un vœu» sont multiples et le souhait, qui peut être signifié par le rituel lui-même, n’y est quelquefois pas énoncé, sait-on jamais !, mais formulé mentalement, pendant l’exécution de ce dernier. Celui-ci va de la rituelle m’loukhia du nouvel an de l’Hégire aux sept cailloux destinés à l’infâme. Dans l’attente qu’un tel souhait soit exaucé, l’émettre est bénéfique et édifiant, donnant à celui qui le formule l’opportunité d’identifier l’objet de son désir, le transformant en objectif personnel, frisant parfois l’obsessionnel.

Dans l’irréel, comme dans les religions, un souhait est une demande, expresse et réitérée la plupart du temps, formulée auprès d’une instance transcendantale, créature surnaturelle aux pouvoirs illimités. L’exemple le plus connu est celui d’Aladin et de sa lampe merveilleuse. Ange ou démon, esprit ou génie, diable ou bon dieu, c’est selon. Celui qui les accorde les accommode, aussi, selon les véritables intentions de sa créature, justifiant ainsi sa suprématie sur les motivations les plus profondes, muettes ou explicites de celui qui les formule, ainsi que son entière soumission. Pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, l’énoncé exact du souhait est décisif, toute parole pouvant être retenue et se retourner inopinément contre son émetteur, avec des conséquences souvent des plus déplaisantes.

«Faire un vœu est un plus grand péché que de le rompre» soulignait le même Lichtenberg.

Il reste que dans les contes, et sans doute dans la vie, on peut rêver ; c’est ce qui demeure encore, dieu bénisse, à notre portée. Dans la fiction, le nombre de souhaits accordés est également variable. Fortuné, Aladin a bénéficié du chèque en blanc de son généreux génie. Le plus courant est que, dans les contes, comme celui des « Souhaits ridicules» de Perrault, le chiffre ne dépasse pas, le plus souvent, trois.

Le plus sage est donc de tourner sa langue sept fois dans sa bouche, avant d’émettre ses trois vœux, afin qu’ils ne restent pas pieux.

Les jeux sont faits. Rien ne va plus. Refaites vos vœux !