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Le vrai/faux de la thyroïde

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Le vrai/faux de la thyroïde

La glande thyroïdienne est une glande endocrine d’environ 6 cm, en forme de papillon et qui ne pèse que 10 g mais qui régule tout dans notre organisme et maintient notre homéostasie corporelle.

par Ema Farès

Actuellement, on estime le nombre de personnes ayant un dysfonctionnement de la thyroïde à plus de 300 millions dans le monde, plus de la moitié d’entre elles l’ignorant. Le vrai et le faux du gendarme de la régulation corporelle, la glande thyroïdienne.

Interview de Dr Nabila Zrig Souai – Endocrinologue

Les femmes sont plus vulnérables que les hommes aux maladies thyroïdiennes.

Vrai. En général, la maladie thyroïdienne est d’origine auto-immune et les pathologies auto-immunes sont plus fréquentes chez les femmes que chez les hommes.

Les troubles thyroïdiens chez les enfants sont relativement rares.

Vrai. Il est vrai que les troubles thyroïdiens chez les enfants sont relativement rares mais c’est très important de les diagnostiquer parce que ces troubles ont des retentissements sur la croissance, sur les capacités intellectuelles et cela peut vraiment avoir un impact sur l’avenir de l’enfant et surtout dans le cas d’une hypothyroïdie qui reste exceptionnelle chez l’enfant. En effet, à cet âge, l’hypothyroïdie est plus fréquente que l’hyperthyroïdie mais elle est plus rare chez l’adulte. Chez l’enfant, l’hypothyroïdie affecte le développement du système nerveux et sa croissance.

Le fait que le patient soit constamment fatigué est un signe d’hypothyroïdie ?

Faux. L’hypothyroïdie peut donner ce qu’on appelle une asthénie physique et psychique L’asthénie est l’un des signes de l’hypothyroïdie. Ce n’est pas un signe pathognomonique, c’est-à-dire que ce n’est pas un symptôme spécifique à la thyroïde. Toute personne atteinte d’une asthénie n’est pas obligatoirement atteinte d’une hypothyroïdie. Cependant, devant une asthénie persistante, il faut penser à une hypothyroïdie, diagnostiquer et faire un bilan thyroïdien.

Un goitre thyroïdien chez un enfant ou un adulte, c’est inquiétant ?

Faux. La définition du goitre est : une augmentation du volume de la thyroïde. Le goitre peut survenir suite à différentes causes, trouver un goitre chez un patient, ne veut pas dire que c’est une maladie grave. Quand on découvre un goitre, il faut compléter l’examen clinique par une échographie cervicale. Il faut connaître la cause et la composition de ce goitre. Si c’est une augmentation homogène de la thyroïde, ce n’est pas vraiment une maladie grave. Quand on trouve un nodule, on établit un diagnostic selon la caractéristique de ce nodule et la nature du goitre. On peut tomber sur un cancer de la thyroïde, ce cancer est un peu rare. Les cancers de la thyroïde sont des cancers « bénins et gentils ». Par ailleurs, ils ne sont pas très agressifs ni vraiment méchants comme les cancers qu’on repère dans les autres organes. Pour le goitre, il faut compléter l’exploration clinique, élucider la présence ou pas d’un nodule par un examen échographique. Il est important de consulter un médecin pour faire la part des choses, diagnostiquer la maladie et différencier un nodule sain d’un nodule cancéreux.

L’iode constitue un oligo-élément essentiel et présente une action préventive pour la glande thyroïdienne.

Vrai. La glande thyroïdienne secrète des hormones à base d’iode, il s’agit d’un type d’hormones. Une hormone qui s’appelle la T3 ou la triiodothyronine (à trois iodes) et une autre, la T4 ou la tétraiodotyrosine ou la thyroxine. En absence d’iode, la thyroïde ne peut exercer son rôle régulateur et endocrinien. Dans les années 60-70, il y avait une carence iodée dans notre pays et la politique de santé efficiente de l’époque a été d’enrichir le sel en iode. D’ailleurs, cette politique a permis de diminuer la carence iodée dans notre pays. Sans iode, la glande thyroïde ne peut pas fonctionner. En effet, le « noyau » de la sécrétion des hormones thyroïdiennes est justement l’iode.

Un trouble thyroïdien ne fait pas bon ménage avec la grossesse.

Vrai. Avant la grossesse, les problèmes thyroïdiens peuvent être une cause d’hypofertilité et non pas de stérilité. Par conséquent, les problèmes thyroïdiens peuvent empêcher ou retarder une grossesse. Les gynécologues, lorsqu’une femme consulte pour un problème de fertilité, recommandent généralement, un bilan thyroïdien pour déceler un dysfonctionnement qui pourrait entraver ou empêcher une grossesse. Une patiente ayant une maladie thyroidienne, si sa thyroïde est ajustée et bien équilibrée, peut tomber, en général, enceinte facilement. Le problème est que pendant la grossesse, l’anomalie thyroïdienne peut entraîner une fausse couche, peut également induire des problèmes de développement chez l’enfant. Il est donc préférable que la maladie thyroïdienne soit prise en charge avant la grossesse pour que cette phase de procréation se déroule convenablement et soit menée à terme, sans complications ni pour la maman ni pour le futur enfant.

La seule solution thérapeutique pour les nodules thyroïdiens est-elle l’intervention chirurgicale ?

Faux. L’intervention chirurgicale n’est pas obligatoire pour la prise en charge des nodules thyroidiens. Cela dépend de leur taille et de leur aspect échographique. A l’échographie, il y a des nodules qui sont tout petits et d’une allure échographique affirmant qu’ils ne sont pas inquiétants, dans ce cas, on peut ne pas opérer. En revanche, si le nodule est gros et qu’il comprime les organes avoisinants puisque la glande thyroidienne est située juste avant la trachée et l’œsophage, et si la personne présente des problèmes de déglutition, des dyspnées alors dans ce contexte, il faut opérer. Un autre cas à souligner si à l’échographie, l’aspect du nodule observé est inquiétant, dans ce cas on réalise une cytoponction et une analyse au niveau du nodule. La pratique d’une cytoponction permet de conduire la prise en charge des nodules suspects (la présence de cellules cancéreuses) et dans le cas de conséquences sévères, une intervention chirurgicale est pratiquée. Dans d’autres cas, on peut temporiser, en surveillant l’évolution des nodules et opérer après.

Peut-on vivre sans la glande thyroïde ?

Vrai. On peut vivre sans thyroïde, mais tout en remplaçant par un traitement à base d’hormones thyroïdiennes qui existe dans les pharmacies et qui est peu coûteux. Les malades auxquels la thyroïde a été enlevée sont des personnes qui peuvent vivre normalement mais à condition de pas oublier de prendre leur médicament quotidiennement. Dans ce cas, il n’y a aucun problème. En général, c’est un médicament qui se prend le matin, à jeun.

La médication est-elle à prendre toute la vie pour un dysfonctionnement thyroïdien ?

Vrai et Faux. Les médicaments pour une hypothyroïdie et une absence de la glande thyroïdienne sont à prendre toute la vie. L’hypothyroïdie est souvent une maladie qui suit le patient à vie et donc c’est un traitement hormonal qui est à prendre quotidiennement. La dose peut varier d’un patient à un autre, elle peut être ajustée en fonction du bilan thyroïdien mais c’est un traitement qu’on le prend à vie. Pour l’hyperthyroïdie, ce n’est pas le cas.

Les troubles de la thyroïde affectent la qualité de la vie de la personne

Vrai. En effet, la thyroïde est le moteur de l’organisme. Elle intervient sur l’humeur et le psychisme, chez la femme dans la régularité du cycle menstruel, le transit intestinal, la thermorégulation. Par ailleurs, la thyroïde participe aux facultés de mémorisation et à la capacité d’apprentissage. Par conséquent, si on a un trouble au niveau de la thyroïde, automatiquement et obligatoirement ce dysfonctionnement va retentir sur la qualité de vie du patient. Le remplacement par des hormones thyroïdiennes peut réparer ces troubles. Cependant, les patients qui présentent des troubles thyroïdiens, même avec un bilan normal, peuvent garder quelques troubles de la mémoire, de la force physique, de la motricité.

L’hypothyroïdie peut être responsable d’un excès de mauvais cholestérol (LDL), qui accroît le risque cardio-vasculaire.

Vrai. Dans le cas de l’hypothyroïdie, il peut y avoir une élévation du mauvais cholestérol (LDL). Par ailleurs, l’hypercholestérolémie peut régresser après le traitement de l’hypothyroïdie et donc après une correction de l’anomalie thyroïdienne, on peut rétablir des taux normaux.

Quelles recommandations pour la prise en charge des dysfonctionnements de la glande de la thyroïde ?

La pathologie thyroïdienne est fréquente dans notre pays. L’hypothyroïdie touche en général les femmes après l’âge de 40 ans, surtout celles qui ont des antécédents familiaux. Ce que je recommande, c’est pour les dames qui disposent d’antécédents familiaux, de consulter un spécialiste, de réaliser un bilan thyroïdien. Ces pathologies sont des maladies simples à traiter alors pourquoi attendre un retentissement sur la qualité de vie avec des anomalies qui sont traitables et qui peuvent métamorphoser notre quotidien. Je dirai aux patients : « N’hésitez pas à faire un bilan thyroïdien et à consulter votre médecin, si vous avez des doutes en repérant des signes d’asthénie, de frilosité, de troubles du cycle menstruel, la prise en charge est très simple ».

La transmission héréditaire d’un trouble de la thyroïde est-elle systématique ?

Faux. La transmission héréditaire d’un trouble de la thyroïde n’est pas systématique. C’est-à-dire que si un parent présente une hypothyroïdie, l’enfant ne développe pas obligatoirement cette pathologie, ce n’est pas une transmission directe. L’inverse est vrai, une personne peut développer une anomalie thyroïdienne suite à des facteurs environnementaux et sans que les parents aient une maladie thyroïdienne. Sur le plan héréditaire pour la glande de la thyroïde, il faut surveiller ses enfants sans avoir de phobie.

Qu’en est-il de l’atteinte par l’hypothyroïdie congénitale ?

Heureusement que cette hypothyroïdie congénitale n’est pas très fréquente, elle affecte un bébé sur 2000 à 4000. Cependant, dans notre pays, nous avons voulu faire le dépistage systématique. Le problème qui se pose en Tunisie est que le test de dépistage doit être fait à partir du cinquième jour de la naissance. Or, la femme quitte le centre de maternité rapidement donc elle ne reste pas généralement jusqu’au cinquième jour. Par conséquent, ce n’est pas faisable dans la suite de l’accouchement et ainsi on ne fait pas de bilans thyroïdiens systématiquement chez tous les enfants comme cela se fait dans beaucoup de pays européens. Ceci dit toute femme qui remarque que son bébé ne tète pas bien, est apathique, n’est pas réactif, est pâle, a tendance à être constipé, il ne faut pas hésiter de faire un bilan puisque les hormones thyroïdiennes interviennent dans le développement cérébral de l’enfant et donc cela peut retentir sur sa croissance et son apprentissage. Il serait préférable de les traiter de manière précoce.