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Le cerveau a-t-il un sexe ?

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Le cerveau a-t-il un sexe ?

En math ou en physique, les hommes sont plus doués que les femmes. Les femmes sont faites pour des métiers comme l’enseignement, la santé ou le paramédical. Les hommes, eux seraient faits pour les métiers de leadership, pour le foot et la télé. D’ailleurs, c’est la nature qui les a ainsi faits, différents ! On ne va pas dire que l’un est supérieur à l’autre, passée cette époque, mais plutôt qu’ils sont différents. Voilà.

par Sondes Khribi Khalifa

A quel point ces idées sont scientifiquement validées ? Est-ce que le cerveau d’une femme est fondamentalement différent de celui d’un homme, à la naissance… ? Qu’est-ce qui explique alors que des corps de métiers soient, semble-t-il, majoritairement occupés par des femmes et d’autres par des hommes ?

Le cerveau d’un homme est-il différent de celui d’une femme ?

La science s’est intéressée à cette question depuis longtemps. Comme tous les aspects de la vie humaine, la science est traversée et influencée par les croyances les plus ancrées dans une société donnée, à un moment donné de l’histoire humaine. Elle est pénétrée par les courants de pouvoir du moment. C’est ainsi que vers les années 1800, Paul Broca avait montré qu’il y avait une différence de 150 g entre le cerveau d’une femme et celui d’un homme. Il en a alors conclu -explication attendue- que les hommes étaient plus intelligents que les femmes. Cette explication avait de beaux jours devant elle jusqu’au progrès technologique de l’imagerie cérébrale. Celle-ci a révolutionné les neurosciences, car on pouvait désormais VOIR et suivre en temps réel, ce qui se passe dans le cerveau d’une personne, lorsqu’elle réfléchit, se mémorise quelque chose et plus généralement lorsqu’elle exécute une tâche donnée.

Ce que l’on sait aujourd’hui alors c’est qu’il n’y a pas de différence fondamentale entre le cerveau d’un homme et celui d’une femme. C’est la variabilité générale qui l’emporte sur la variabilité liée au genre. Autrement dit, il n’existe pas de différence biologique suffisamment récurrente qui caractérise les cerveaux des hommes, par rapport à ceux des femmes, ou inversement. La variabilité individuelle semble être, pour le moment, la plus importante. Les chercheurs sont en train de découvrir de nouvelles choses tous les jours…Et c’est ce qui est excitant dans la science !

Effets d’apprentissage …

Si les cerveaux d’un homme et d’une femme ne sont pas foncièrement différents, comment expliquer alors ces tendances, en apparence innées, pour tel ou tel domaine professionnel ?

Ce sont les effets d’apprentissages qui l’expliquent, en tout cas, pas de détermination cérébrale en amont, selon les spécialistes.

Les effets d’apprentissage, cela veut dire par exemple le rôle que joue la maman et tout l’entourage d’un enfant dans le façonnement du cerveau de celui-ci. Les effets d’apprentissage ce sont les dessins animés, les comportements des maîtres et des maîtresses depuis la maternelle et tous les aspects d’une société qui font une certaine distribution des rôles sociaux et qui tiennent à la préserver.

Ce sont ces petits comportements au quotidien qui vont renforcer une tendance donnée, chez un garçon ou chez une fille. C’est ce qui explique que des filles soient «douées» pour faire le ménage ou nettoyer la maison, alors les garçons ne savent même pas laver une cuillère ! Ceci n’a rien d’une prédétermination liée au sexe de l’enfant. C’est simplement le résultat d’une éducation donnée, baignée elle-même dans une culture donnée. Celle du « non chéri, toi tu es un garçon, tu ne pleures pas ! Et rends à ta sœur sa poupée ! Ce n’est pas pour les garçons les poupées ! Qu’est-ce qu’on va dire de toi à l’école demain, que tu joues à la poupée ? ».

Nous ne mesurons certainement pas à quel point nos comportements inconscients façonnent l’avenir de nos enfants…

C’est au quotidien que ça se joue, dès le jeune âge. La petite enfance, ensuite l’adolescence sont les périodes clés du façonnement des personnalités et des cerveaux.

Essayez simplement d’ouvrir au maximum le champ des possibles devant vos enfants des deux sexes.

Ouvrir le champ des possibles…

Si votre petite fille joue à la poupée et que votre petit garçon joue au ballon, c’est parce qu’ils ont été poussés vers ces comportements et le choix même de ces jouets. Loin de penser, alors, priver votre fille de poupée ou votre garçon de ballon, essayez simplement d’ouvrir au maximum le champ des possibles devant vos enfants des deux sexes, essayez de proposer un maximum d’activités, de ne jamais pousser l’un ou l’autre vers une section donnée (les maths ou les lettres par exemple). Et surtout essayez de détecter l’envie ou la passion de votre enfant, de lui donner les outils et le temps de la perfectionner. Ses capacités seront alors renforcées.

Dans le cas contraire, elles vont finir par disparaître, dégénérer littéralement. Car les configurations des neurones en question dégénèrent, s’il n’y a pas de renforcement par l’usage.

L’orientation scolaire, ou mieux, le talent propre de votre enfant, ne viennent pas de son sexe. Ce talent c’est une « possibilité » qui a été renforcée par l’usage. C’est un atout considérable dans la vie professionnelle et du moins un vecteur d’épanouissement majeur.

Pas de détermination cérébrale en amont, selon les spécialistes

Essayez de détecter la passion de votre enfant, de lui donner les outils et le temps de la perfectionner.

Le cerveau,un organe extrêmement modulable…

Contrairement aux idées reçues, on n’est pas prédéterminé dans la vie à cause de capacités cognitives données, un degré d’intelligence donné, etc. Loin de là. On démontre tous les jours un peu plus à quel point le rôle de l’environnement et de la pratique sont d’une importance capitale dans le façonnement de notre cerveau. Ça s’appelle la plasticité cérébrale et cela veut dire que les expériences vécues au quotidien façonnent l’anatomie même du cerveau. Les capacités fonctionnelles de ce cerveau changent alors, au fur et à mesure de la pratique quotidienne. Postulat utilisé de plus en plus dans la rééducation des patients tétraplégiques. C’est vous dire qu’elle est véritablement efficace.Mesurez alors à quel point l’éducation de l’enfant joue un rôle dans le façonnement de son cerveau, et par conséquent dans ses potentiels dans telle ou telle branche d’études ou, plus tard, sa réussite dans tel ou tel domaine.