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Essai clinique sur la gonarthrose Cure thermale et réeducation à sec

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Essai clinique sur la gonarthrose Cure thermale et réeducation à sec

En Tunisie, l’histoire des eaux thermales remonte à plus de deux mille ans et le recours aux eaux chaudes était déjà d’usage à l’époque romaine. Les sources thermales tunisiennes sont nombreuses et font l’objet d’une exploitation traditionnelle dans le cadre de « hammams » thermaux ou, plus récemment, dans des centres modernes et médicalisés. L’Office national du thermalisme et de l’hydrothérapie estime que 3,3 millions de curistes ont fréquenté des bains thermaux au cours de l’année 2012.
L’arthrose constitue un problème majeur de santé publique en raison de son impact sur la qualité de vie et de son coût socio-économique élevé. La prise en charge de l’arthrose a pour objectif d’atténuer la douleur et d’améliorer la mobilité, ainsi que les capacités fonctionnelles des patients. Parmi les traitements adjuvants non médicamenteux, la place du thermalisme n’est pas claire. En effet, même si l’utilisation d’eaux thermo-minérales à des fins thérapeutiques est une pratique très ancienne et répandue en rhumatologie, elle n’a fait l’objet que d’un nombre relativement limité d’évaluations et de publications médicales.

Rapport de l’essai clinique sur la gonarthrose : Cure thermale et réeducation à sec

Nous rapportons les résultats d’un essai thérapeutique randomisé, réalisé dans le but de comparer les bénéfices, sur les symptômes de la gonarthrose, d’une cure thermale et d’un traitement rééducatif conduit à sec dans le même centre thermal, situé sur l’île sud-tunisienne de Jerba.

Nous avons inclus des patients présentant une gonarthrose répondant aux critères diagnostiques de l’American College of Rheumatology (ACR 1992).

Ont été exclus, les sujets présentant une perte d’autonomie, ceux dont les capacités intellectuelles étaient diminuées, ainsi que ceux présentant des contre-indications à la cure thermale. Ont également été exclus les patients présentant une gonarthrose en poussée congestive et ayant bénéficié d’une infiltration intra-articulaire récente, une gonarthrose au stade chirurgical, les patients présentant une affection rhumatologique susceptible d’interférer avec les indices mesurés et enfin ceux utilisant des antalgiques du palier III de l’OMS.

La visite d’inclusion (J0) a été effectuée, au plus tard, une semaine avant la cure. La sélection des patients à adresser au centre thermal a été réalisée parmi un panel de malades consultants du service de rhumatologie de l’hôpital Mongi Slim, centre hospitalo-universitaire de la capitale, indépendant du centre thermal. Les médecins investigateurs (5 rhumatologues de l’hôpital Mongi Slim et 1 rhumatologue du Centre thermal de Jerba) ont, à cette occasion, vérifié les critères d’inclusion et ont fait signer le consentement éclairé, en version française ou arabe selon le choix des patients. Toutes les données démographiques et l’histoire clinique ont été également recueillis lors de cette première visite. Des radiographies des genoux en charge, de face et de profil, ont été pratiquées chez sur les patients. Ni les médecins participant à` l’étude ni les patients n’étaient informés préalablement du type de traitement qui allait être délivré, cure thermale (groupe 1) ou rééducation à sec (groupe 2).

Les traitements ont été délivrés quotidiennement, le matin, à l’exception des dimanches. Chaque groupe a séjourné durant 20 jours dans le centre de soins. Le suivi du déroulement des soins, de l’assiduité et de la tolérance lors de la cure a été effectué par le rhumatologue du centre thermal. Le traitement thermal et celui par rééducation physique ont été délivrés dans la station thermale de Sidi Zikri, sur l’île tunisienne de Jerba, ville éloignée du lieu de résidence habituel des patients.

Le traitement thermal utilisait une eau chaude (36°), chlorurée sodique et légèrement sulfatée, calcique et magnésienne. Les patients ont reçu quotidiennement 4 les 5 soins suivants : douches sous-marines (15 minutes), douche-massages (10 minutes), hydro-massage (20 minutes), rééducation en piscine (20 minutes) et application de péloïde chauffée sur les genoux (15 minutes).

Le traitement par rééducation physique a été délivré à sec et comportait un programme de rééducation classique de la gonarthrose, à savoir une physiothérapie antalgique à type d’électrothérapie (30 minutes) et un renforcement musculaire, de même qu’une rééducation en groupe.

Le critère de jugement principal était l’EVA douleur, évalué en aveugle par le même médecin pour chaque patient le dernier jour de la cure (J21) et 12 mois après la fin de la cure. Les critères secondaires étaient représentés par l’EVA douleur à 6 mois et par l’IAF de Lequesne et l’indice de WOMAC (Western Ontario and McMaster universities OA index) à J21, à 6 mois et à 12 mois.

Deux cent quarante patients ont été inclus entre le 1er février 2005 et le 30 juin de la même année et adressés au centre thermal de Jerba. Les différents paramètres démographiques et cliniques de départ entre les 2 groupes sont rapportés dans le Tableau 1. A la levée de l’anonymat, il s’est avéré que 119 patients avaient été traités par cure thermale et 121 par rééducation à sec.

Dans le groupe 1 des patients traités par cure thermale, une amélioration statistiquement significative des paramètres d’évaluation a été notée à J21, à 6 et 12 mois, à l’exception des indices de Lequesne, à 6 et 12 mois, et de WOMAC total à 12 mois.

Dans le groupe 2 des patients traités par rééducation physique, une amélioration statistiquement significative des différents paramètres d’évaluation à J21, 6 et 12 mois, à l’exception de l’EVA douleur, qui a été  retrouvée à 12 mois.

La comparaison des paramètres d’évaluation en fonction des deux types de traitements testés a montré certaines différences statistiquement significatives illustrées dans le Tableau 2.

Les résultats obtenus sur l’EVA douleur et sur les critères de jugement secondaires à la fin de la cure (J21) étaient tout à fait comparables entre les 2 groupes de traitement. Cependant, à 12 mois, l’EVA douleur, critère de jugement principal, était significativement plus bas dans le groupe de cure thermale que dans le groupe témoin. De même, le WOMAC douleur était statistiquement plus bas à 12 mois que celui obtenu dans le groupe rééducation à sec. Ainsi, le traitement thermal a été plus efficace sur la composante symptomatique douloureuse avec un bénéfice confirmé à un an. Le traitement par rééducation physique à sec était associé à une meilleure efficacité sur la composante fonctionnelle et douloureuse à 6 mois. En effet, l’IAF de Lequesne était significativement plus bas à 6 mois dans le groupe de rééducation à sec que dans le groupe de cure thermale. Il en était de même pour l’EVA douleur et le WOMAC douleur à 6 mois. Cette efficacité n’a cependant pas perduré à 12 mois.

Notre étude suggère une meilleure efficacité, à long terme, de la cure thermale sur la composante douloureuse de la gonarthrose, comparativement à la rééducation à sec. La supériorité constatée du traitement physique par rapport au traitement par cure thermale sur la composante fonctionnelle de la gonarthrose suggère l’intérêt de l’adjonction, parallèlement au protocole de cure thermale, d’un programme rééducatif de renforcement musculaire et ce, dans le but d’optimiser les résultats du traitement thermal.