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Etre grand-parent…Une fabuleuse aventure

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Etre grand-parent…Une fabuleuse aventure

Devenir grand-parent pour la première fois est une véritable cure de Jouvence pour certains, pour d’autres c’est comme un glas qui annonce la vieillesse… Dans tous les cas, cela reste une belle aventure.

par Salem Djelassi

« Le fait de devenir grand-père m’a doublement comblé, se souvient Mohsen, 64 ans.

D’abord parce que voir sa descendance fait plaisir mais aussi parce que cela m’a permis de réparer le sentiment de culpabilité que j’ai eu de ne pas m’être occupé davantage de mes propres enfants quand ils étaient petits. Là, j’ai tout mon temps pour me rattraper ! »
Accéder au statut de grand-parent ne laisse pas indifférent. Certains en profitent pour réparer les erreurs « passées », mais il y a ceux aussi qui découvrent un autre monde qu’ils ne soupçonnaient même pas, comme Hédi, 63 ans : « Les gens de ma génération ne m’intéressent plus… Je ne suis bien qu’avec mes petits-enfants. »

L’arrivée des petits-enfants offre également un nouvel élan.

Dans son ouvrage « Psychologie de la retraite », Philippe Hoffman, psychologue clinicien, écrit : « Devenir grand-père pour la première fois est dans l’ensemble beaucoup mieux vécu que la cessation d’activité, même si les deux arrivent souvent en même temps. Le lien qu’ils établissent avec leurs petits-enfants va leur redonner de la vitalité ». C’est pour cela que Mohsen ajoute avec malice : « L’arrivée de mon petit-fils a été pour moi comme un élan de Jouvence. La continuité familiale, sans la responsabilité qui peut incomber à un père ».

Le psychothérapeute et psychiatre, Dr Houssème Louiz, renchérit : « les grands-parents sont fascinés par l’énergie qui se dégage des jeunes enfants, comme une transfusion de vie dont on a besoin quand on vieillit. Ça leur permet en quelque sorte de conjurer l’angoisse de la mort. Ils revivent le statut du parent mais sans l’angoisse de la responsabilité. C’est pour cela que les grands-parents vont se laisser aller beaucoup plus dans le lien affectif. »

Grands-pères laxistes contre grands-mères possessives

Dans ce nouvel univers où ils débarquent fraîchement, les grands-pères se découvrent un autre droit dont ils ne se rendent pas souvent compte : le droit de ne pas être sérieux. Un droit justifié par le profond lien affectif qui lie ces hommes à leurs petits-enfants. En quelque sorte, ils sont plus fous que les grands-mères qui gardent mieux le sens de la réalité… Eh oui ! Les mamies sont plus réalistes à n’importe quel âge même si, au début, elles éprouvent une émotion presque charnelle à la naissance de leurs petits-enfants telle Myriam, 58 ans. « Le jour où j’ai su que ma fille attendait son premier bébé, j’étais tellement bouleversée et heureuse que j’ai téléphoné à tous mes frères et soeurs et à mes amies. J’avais besoin de partager la joie qui m’envahissait » dit-elle.
Emus, les futurs grands-pères le sont aussi quand ils apprennent qu’un petit-fils s’annonce, mais à leur manière, souvent plus discrète. Mais à l’arrivée, on les découvre plus souvent laxistes. Parce qu’ils refusent inconsciemment de représenter la sagesse, ce statut qu’on leur accorde généralement avec l’âge.

De l’autre côté, il y a des grands-mères beaucoup plus sérieuses dans l’éducation de leurs petits-fils, elles semblent tenir beaucoup plus au statut de source de transmission d’une éducation certaine. Elles risquent de balancer dans l’autre extrême. En effet, la naissance d’un petit-fils constitue un moment charnière de la relation entre la grand-mère et sa propre fille. Cette nouvelle naissance peut engendrer des grands-mères hyper possessives qui passent « au-dessus » de la mère pour inculquer leur propre éducation aux petits-enfants. Les grands-mères sont-elles hyper réalistes au point de confondre les rôles ? En tout cas, il faut se méfier de ces rapports quelquefois conflictuels et prendre les distances nécessaires.

Pour mes parents, il s’agit de revivre le statut du parent mais sans l’angoisse de la responsabilité.

Encore jeunes mais déjà vieux

Même si, dans la majorité des cas, le nouveau statut de grands-parents apporte satisfaction, cela n’empêche que pour certains c’est un véritable choc… La nouvelle peut en effet générer des sentiments et des réactions contradictoires

« Mon Dieu ! Ce n’était vraiment pas facile à gérer comme nouvelle. Moi qui venais à peine de découvrir le monde du Net et qui passais mon temps à tchatcher ! » soupire Aïssa, 55 ans. Ce problème se pose donc avec les jeunes grands-parents, notamment ceux qui sont « branchés » nouvelles technologies. Ceux qui n’ont pas quitté la vie active. Le profil du grand-parent a changé aujourd’hui.
Mais l’image du vieil homme à la barbe blanche voûté sur sa canne ou d’une vieille dame en train de tricoter sur son fauteuil habite toujours les esprits et reste fortement associée au mot « grand-père » ou « grand-mère ». Même si on est encore jeune lorsqu’on devient aïeul, on peut se sentir « vieillir d’un coup ».
C’est ce qui justifie l’histoire de Mélika, 35 ans. « Lorsque j’ai eu mon premier enfant, j’étais très heureuse d’annoncer la nouvelle à ma mère. Contrairement à mon père, elle a réagi froidement. Puis elle m’a mise en garde contre les maladies qui menacent les foetus et les malformations congénitales. Cette pression énorme m’a poussée à faire des analyses et à consulter des spécialistes. A la naissance de mon adorable petite fille, maman a changé de caractère. Elle chouchoutait la petite et la dorlotait. Mais dès que celle-ci s’endormait, ma mère sombrait dans un profond silence. Un jour, elle m’a appris qu’elle avait pris des contacts pour un lifting…
J’ai tout compris et j’ai compati : je sais à quel point l’arrivée du bébé a été un coup de canif à son image de femme coquette… Cette étape a été très dure ! ».

Etre grands-parents implique certes une remise en question, voire susciter le sentiment d’être inutile, d’approcher la fin de sa vie, mais c’est aussi une épreuve de plus dans la vie à l’issue de laquelle il faut sortir gagnant. Dans tous les cas, c’est une aventure qu’il faut savoir gérer avec beaucoup de sagesse et d’amour.