Si Senior

Handicap aujourd’hui Un goût de réalités et une saveur d’enjeux

Publié le
Handicap aujourd’hui Un goût de réalités  et une saveur d’enjeux

Le handicap est la limitation des possibilités de l’interaction d’un individu avec son milieu. Cette limitation encadre un contexte national et sociétal en termes d’éducation, de scolarisation, d’intégration professionnelle et de participation citoyenne. L’objectif des handicapés est de vivre pleinement et s’intégrer aux activités collectives et communautaires. Quel est le nôtre ?

par Hela Kochbati

 

Dans le monde, on estime à environ 15% la population atteinte d’un handicap, soit un milliard d’habitants de la planète vivant avec des handicaps et des inaptitudes. Les pouvoirs publics et les populations ne sont pas toujours sensibilisés aux difficultés et à différentes contrariétés que les personnes handicapées et invalides rencontrent dans leur quotidien, notamment l’accès à l’information, à l’éducation et à la formation mais aussi dans leurs simples déplacements. La Journée internationale des handicapés, célébrée chaque année le 3 décembre, vise à mieux faire comprendre la mobilité et les aspects de vie de ces personnes en portant l’attention sur l’importance de leur intégration positive dans la société. En Tunisie, ils sont toujours mal perçus par une importante frange de la population et 80 % d’entre eux sont pauvres. A leur vue, les passants détournent le regard,quand, pire encore, ils n’effectuent pas des gestes destinés à éloigner le mauvais sort…

Qu’est-ce qu’un handicapé ?

Une définition qui marque une attitude de la société sur les handicapés : « toute personne dans l’incapacité d’assurer par elle-même tout ou une partie des nécessités d’une vie individuelle ou sociale normale, du fait d’une déficience, congénitale ou non, de ses capacités physiques ou mentales. »

Les origines du handicap se distinguent par leur survenance due à une maladie ou un accident advenu à la naissance ou dans le cadre de la vie professionnelle (accident de travail), un accident au foyer (chutes), sur la route (accidents routiers), différents crocs physiques et divers autres accrocs de la vie. Le domaine du handicap renvoie aussi à d’autres maladies, aux blessures, mais aussi aux troubles psychiques, anomalies congénitales ou génétiques, voire aux effets de l’âge, de la grossesse, du mode de vie (alcool, drogue, surpoids…), qui peuvent entraîner des déficiences ou surajouter aux effets d’une déficience.

En Tunisie, sont-ils si bien traités que ça ?

La Tunisie compte plus de 208 mille personnes handicapées, soit 2 % de la population, dont la moitié vit dans la capitale, c’est le chiffre déclaré. En réalité, la situation est toute autre, on estime que le chiffre tangible dépasse le double du chiffre ci-dessus mentionné. Il existe 366 associations qui sont actives dans ce domaine. Elles gèrent près de 300 centres et ont une capacité d’accueil de 17 mille personnes. L’encadrement dans les centres spécialisés et de réhabilitation tendent à améliorer l’intégration, particulièrement celle des enfants handicapés en milieu scolaire. Cependant, malgré les efforts réalisés et la ratification en 2005, de la Convention internationale relative aux droits des handicapés, beaucoup reste à faire pour l’intégration de ces personnes en milieu scolaire et institutionnel. Concernant le monde de l’emploi, la fonction publique octroie un taux de 1 % de postes pour les handicapés. Une grande majorité des personnes à besoins spécifiques en Tunisie est illettrée, et plus de 60 % n’ont pas accès aux structures scolaires et universitaires, la quasi totalité vit dans le seuil de pauvreté. S’il est vrai que, par rapport aux autres pays africains, les handicapés en Tunisie sont mieux encadrés, nous demeurons très en retard, par rapport aux pays avancés, dans la facilitation du quotidien de nos concitoyens porteurs d’un handicap.

Effectif des handicapés par types et groupes d’âge en Tunisie

Si certains trottoirs comprennent des abaissements et des passages spécialisés pour les handicapés, beaucoup d’autres ne présentent aucune facilité d’accès pour ces personnes qui trouvent quotidiennement de grandes difficultés à se déplacer. En fait, il s’agit également d’installer des signaux et des passages habilités aux insuffisants moteurs et physiques. Que dire des administrations souvent inaccessibles, des centres spécialisés peu accueillants, des centres de formation insuffisants …Que souligner devant l’absence de véhicules spécialisés, l’accès au transport en général et au transport commun en particulier ?… Comment faire face aux centres peu aménagés, au manque frappant de personnel médical et paramédical et d’éducateurs spécialisés ?

« Le chiffre : 208.000

La Tunisie compte plus de 208 mille personnes handicapées, soit 2% de la population.« 

Si, en majorité, les handicapés se trouvent maltraités et affrontent d’énormes difficultés tous les jours pour faire face aux aléas et à la pratique de la vie, alors une approche de solidarité et une initiative concitoyenne pourront favoriser l’adaptation de cette frange sociale dans l’espace scolaire, universitaire et dans le monde de l’emploi. Une interaction entre les différentes prises en charge et la nécessité de prendre en compte l’aspect interdisciplinaire

« « Les cinq sens des handicapés sont touchés mais c’est un sixième qui les délivre ; bien au-delà de la volonté, plus fort que tout, sans restriction, ce sixième sens qui apparaît, c’est simplement l’envie de vivre » (Fabien Marsaud)« 

des handicaps est nécessaire pour appréhender et concevoir des techniques modernes pour l’autonomie, l’éducation, et l’accès à la santé. De là, on approche les solutions innovantes interagissant dans des contextes de soins médicaux, de situations économiques et de rapports sociaux pour une meilleure qualité de vie des handicapés. Il s’agit de changer de message face au regard des personnes handicapées : c’est l’acceptation de la différence et l’affirmation de leur pleine affinité.

Dans le volet technologique, l’abord des inventions dans la recherche pour la santé et l’autonomie des handicapés sont des objectifs pour que ces personnes aient leur sécurité, leur bien-être et une grande indépendance. Tout cela se reflète dans l’innovation scientifique permettant de garantir des produits transdisciplinaires dans divers champs (orthopédie, rééducation, neuroscience …). La collaboration des différents acteurs au service de ces personnes handicapé dans centres spécialisés (médecins, infirmiers, aides-soignants, familles,…) permet la réhabilitation et l’insertion en tant qu’une réponse d’adaptation; et incite à un meilleur avenir des handicapés quant à leur intégration dans la société d’une manière homogène.

« La date 3 décembre : La Journée internationale des personnes handicapées est célébrée chaque année, le 3 décembre.« 

La consolidation de la place des personnes handicapées dans la société tunisienne

La société civile comme plusieurs institutions, associations et centres spécialisés (IPH (Institut de promotion des handicapés), APAHT (Association des parents et amis des handicapés), AAGHD (Association d’Assistance aux Grands Handicapés), ACT (Association de Coopération en Tunisie), Association des insuffisants moteurs) s’associent aux efforts de l’état pour la promotion des handicapés et l’amélioration de leurs conditions. La Tunisie compte 101 associations de protection des handicapés. Les efforts de ces associations ont porté sur le renforcement de l’accès du jeune handicapé à l’éducation et à la formation, en lui fournissant l’opportunité d’affiner ses dons et ses potentialités, en erraccinant son droit au savoir et à l’information pour faciliter son intégration dans la vie publique, en lui donnant accés à tous les services être performant dans tous les domaines.

« « Est considérée handicapée toute personne dans l’incapacité d’assurer par elle-même tout ou une partie des nécessités d’une vie individuelle ou sociale normale, du fait d’une déficience, congénitale ou non, de ses capacités physiques ou mentales. »« 

La prise de conscience de cas de ces personnes est un enjeu majeur pour une meilleure intégration sociétale et la lutte contre toute forme d’exclusion. Fabien Marsaud affirme «les cinq sens des handicapés sont touchés mais c’est un sixième qui les délivre, bien au-delà de la volonté, plus fort que tout, sans restriction, ce sixième sens qui apparaît, c’est simplement l’envie de vivre »…Certains luttent pour le pouvoir, d’autres se battent pour exister parmi les normaux et pour une préservation de dignité. Ces normaux perdent des fois le sens des réalités et des mutations. Alors que le transhumanisme gagne du terrain … L’invalidité sera dépassée et surmontée à grosses pattes de volonté pratique et citoyenne …et certains s’en apercevront le jour où leurs pieds leur ordonneront d’aller faire un jogging…à bon salut, bon entendeur !

Ils le vivent, au quotidien

Vincent Louis Jacques Fritschi, 45 ans, Bab Jazira (Tunis)

« Mon quotidien est un peu comme celui de tout le monde, je me lève le matin très tôt pour commencer ma journée, je suis de nationalité française, affilié social en France et je dispose donc d’une pension d’invalidité. J’ai travaillé pendant 20 ans dans l’humanitaire et dans le théâtre. Je constate qu’il y a une grande différence entre un invalide tunisien et un invalide français, surtout dans le cadre du travail et de la formation. J’ai eu de la chance de mener une vie normale jusqu’à 40 ans, je ne suis pas né handicapé, je le suis devenu après un accident. En France, tous les handicapés ont le droit d’accès à l’information, à la formation scolaire, à la protection et autres. L’enjeu, dans l’insertion des handicapés, est dans la formation, tout comme pour des personnes normales. Les infrastructures en Tunisie sont difficiles d’accès surtout dans les administrations et les services publics. L’avantage c’est que la population est volontaire et le regard est tellement différent. Grosso modo la culture de l’handicap : «c’est que l’handicapé est puni pour une faute ». Dans la rue en Tunisie, on m’arrête pour m’aider ou pour me donner une bénédiction. Les tunisiens ne posent aucune barrière particulière, ils ne regardent pas chacun à part mais ils ont un code spécial d’aide. Alors qu’en France, quand ils rencontrent un handicapé pour l’aider, soit ils appellent les pompiers, soit ils ne font rien d’eux-mêmes. Par ailleurs, la Tunisie présente après la révolution une « économie faible », le fait de payer quelqu’un au service d’un handicapé coûte beaucoup moins cher qu’en France. On fait avec le handicap chaque jour et chaque instant du mieux qu’on peut. Il suffit de regarder les Jeux para-olympiques de Londres 2012. En Occident, il est certain, qu’il y a une richesse et l’accès à cette richesse est beaucoup plus simple. J’essaye d’arriver à un résultat satisfaisant. En fait, le handicap est lié à la dépendance mais cela n’empêche pas l’individu d’être indépendant dans son esprit. J’habite un quartier populaire à Bab Jazira et non dans un quartier de la Marsa comme la plupart des coopérants français, je suis volontaire et je passe mon temps au milieu des jeunes de ce quartier comme vous dites en arabe «echabeb ». Pour le temps qui me reste à vivre ici en Tunisie, avec tous les avantages et les inconvénients, je suis fier de mon expérience qui m’octroie l’opportunité de la découverte d’autrui, de l’aspect typique et folklorique d’un pays francophone comme le vôtre.»

Abdellatif, 85 ans, Torbet El Bey (Tunis)

« J’étais chargeur au marché de gros de Bir Kassaâ où j’ai travaillé pendant 40 ans! Et là, je suis assis sur ce fauteuil roulant. Le matin, je sors et je me poste à ce coin de rue où je ne fais rien si ce n’est regarder les passants et la vie normale… des autres. A midi, je rentre chez moi. Il y a une dizaine d’années, je suis tombé de l’escalier chez moi, un accident de maison. Depuis je suis paralysé, après une hospitalisation de trois mois à l’hôpital Rabta. A la maison, heureusement que ma sœur est devenue comme une assistante, ma soignante. Elle prend soin de moi tous les jours car maintenant, je suis comme un petit enfant, je porte des couches comme un petit enfant et je ne suis plus autonome. L’Etat ne me prend pas en charge. Les médicaments sont coûteux. Une seule fois, j’ai été soigné grâce à l’aide de mon voisin qui a dépensé 50 DT pour mes médicaments ».