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Jamais sans…ma canne

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Jamais sans…ma canne

Et si la canne n’était plus cet outil dégradant, rappelant à celui qui la tient les outrages du temps, l’infirmité, le handicap? Tombée en disgrâce depuis le début du XXe siècle, est-il encore possible de l’envisager autrement que comme une honte, une punition?

par Emmanuelle Houerbi

Rappelons-nous que la canne, au-delà de l’aspect utilitaire d’aide à la marche, est un objet aux multiples facettes qui a traversé les âges. Canne de prestige, canne de collection ( Toutankhamon serait le premier à s’y être adonné), canne sculptée en signe de puissance (chevaux, lions, aigle), ou encore canne de luxe, inspirant les plus grands joailliers. Canne ingénieuse, extravagante, canne-siège (!). Canne ergonomique: pliable, ultralégère, télescopique. Et enfin, canne de combat ou accessoire de danse… Bien sûr, les modèles communément vendus sont souvent peu attirants, mais, peut-être, avec un peu d’imagination, pourrions-nous assumer et, qui sait, même aimer cet objet si utile qui permet de retrouver à la fois le plaisir de la marche et une réelle autonomie.

La canne : un objet chargé d’histoire et de symboles

Son origine se perd dans la nuit des temps. On en trouve déjà des traces en Egypte, à Rome, en Assyrie, puis tout au long des siècles. La canne a connu des hauts et des bas selon les époques, symbolisant tour à tour le patriarche (Moïse), le pouvoir, la virilité, l’élégance ou le handicap. Aujourd’hui, en cette période de désaffection, n’oublions pas qu’au XIXe siècle, parfois appelé «l’âge d’or de la canne», il était aussi incongru pour un homme de sortir sans sa canne qu’à une femme de se promener sans chapeau. Face à cet engouement, de grands bijoutiers-joaillers comme Cartier et Tiffany ont imaginé de luxueux pommeaux, et les cannes de cette époque sont aujourd’hui les fleurons des plus belles collections.

Une précieuse aide technique à la marche:

La canne est une «troisième jambe»: comme tous les outils d’aide à la marche, elle sert à répartir le poids du corps entre les jambes et les bras, afin de décharger le membre inférieur affaibli (pied, jambe, genou ou hanche). Elle permet aussi de compenser un équilibre précaire, voire de surmonter sa peur de tomber. Favorisant l’autonomie, elle est particulièrement conseillée en cas de déminéralisation osseuse et d’arthrose de la hanche ou du genou. Les difficultés de mobilité des personnes âgées peuvent avoir des causes multiples, et les solutions sont diverses: cannes simples, souvent réglables, cannes anglaises avec appui sur l’avant-bras (après une chirurgie orthopédique notamment), cannes tripodes ou quadripodes (3 ou 4 pieds) plus stables, pour pallier des problèmes d’équilibre ou des séquelles neurologiques. Alors, puisqu’il faut maintenir la marche le plus longtemps possible pour le bien-être général, n’hésitez pas à adopter, dès que nécessaire, la canne qui vous convient.
Un peu d’imagination pour réhabiliter la canne:

Cela dit, est-il possible d’allier sécurité, confort et style? Juste pour le plaisir, n’hésitez pas à admirer les nombreuses cannes disponibles sur Internet, certains sites regorgeant d’idées et constituant une véritable source d’émerveillement. Plus près de nous, et beaucoup plus accessible, que diriez-vous d’une visite dans les souks ou chez des brocanteurs, pour chiner toutes sortes de cannes ornées, ciselées qui redonneront à cet objet style et originalité?

Si votre besoin de canne est léger ou provisoire, n’hésitez pas à arborer fièrement le petit bijou que vous aurez choisi. Dans le cas contraire, pourquoi ne pas se faire plaisir et craquer pour des modèles uniques? Car même si celles-ci ne sont pas forcément assez stables ni assez solides pour être utilisées au quotidien (vous le vérifierez avec votre médecin), vous pourrez au moins les sortir dans les grandes occasions. Et dans tous les cas, elles seront sans doute du plus effet dans votre salon!