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Senior : Les dangers de la dénutrition

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Senior : Les dangers de la dénutrition

Il n’est pas toujours facile de conserver le plaisir de manger et de bouger lorsque le vieillissement et les problèmes de santé influent sur la façon de s’alimenter et sur la forme physique. Attention tout de même, ne laissez pas faire, cela peu conduire à de bien pires situations.

par Myriam Bennour Azooz

Les changements physiologiques liés au vieillissement lui-même : perte d’appétit, rassasiement précoce ou diminution du goût, peuvent en effet modifier l’alimentation de la personne âgée et peser sur son statut nutritionnel. Néanmoins, le vieillissement en lui-même ne doit pas être considéré comme une maladie, mais simplement comme une fragilisation par rapport à l’éventuelle survenue d’une pathologie.

La dénutrition, c’est quoi ?

La dénutrition se manifeste par la diminution des apports alimentaires qui entraînent des carences multiples et une détérioration de la santé. Le premier symptôme évident est la perte de poids.

La dénutrition n’est pas à prendre à la légère. En effet, il s’agit d’un état pathologique provoqué par l’inadéquation entre les besoins métaboliques et les apports nutritionnels. Elle se caractérise par une perte de masse maigre et souvent de masse grasse. Elle est aussi dangereuse parce qu’elle induit des modifications des fonctions corporelles physiologiques, responsables d’une aggravation du pronostic des maladies.

Chez la personne âgée, la dénutrition est associée à la mortalité, aux chutes, aux fractures et à la dépendance.

Des besoins nutritionnels différents

Les besoins nutritionnels regroupent las apports en nutriments (glucides, lipides, protéines) et en micronutriments (vitamines, minéraux, oligo-éléments). Ces besoins énergétiques varient selon le contexte ; ils sont réduits en cas d’immobilisation et majorés dans les situations d’hyper catabolisme (infections, cancers…)

Les facteurs de risques

Plusieurs facteurs se combinent favorisant l’apparition d’une situation de dénutrition chez les personnes âgées.

-Diminution de l’activité physique :

Il en est ainsi de la réduction de l’activité physique qui se fait naturellement avec l’âge, mais qui induit la diminution des besoins alimentaires. Avec le temps, la personne peut être amenée à ne plus ressentir la sensation de faim et à sauter des repas.

-Le goût :

A l’instar des autres sens, il s’altère avec l’âge. Si en plus, il y a prise de médicament avant le repas, rien de plus normal que les aliments n’aient plus de saveur et que certaines personnes rechignent à manger.

– Les problèmes digestifs et gastriques

Ils augmentent avec l’âge, alors que la muqueuse gastrique s’atrophie. Par ailleurs, la diminution des sécrétions enzymatiques digestives peut être la cause de constipation.

-Les problèmes bucco-dentaires :

Les personnes âgées sont nombreuses à souffrir de problèmes dentaires. D’autres encore souffrent de gencives douloureuses ou alors de problèmes de déglutition. La mastication devient alors difficile, voire douloureuse. Nos aînés ont alors tendance à renoncer à des aliments riches en apports nutritifs s’ils semblent difficiles à mâcher, comme la viande ou les légumes crus.

-Les préjugés alimentaires

De fausses idées peuvent être la source d’une malnutrition chez la personne âgée. En effet, on a tendance à croire que l’organisme des personnes âgées requiert moins d’énergie que celui de personnes plus jeunes. Or, il n’en est rien ; les besoins énergétiques sont plus importants à l’âge de 75 ans qu’à 55 ans !

Les risques qui découlent de la dénutrition

Chez les sujets âgés, la dénutrition contribue à la survenue de pathologies parfois graves. Elle est un facteur aggravant chez les personnes déjà atteintes de dépression, de maladies chroniques, d’insuffisance cardiaque, rénale ou respiratoire de même qu’en cas de maladies neuro-dégénératives puisqu’elle participe à en déstabiliser l’équilibre. Le système immunitaire étant moins réactif, les individus sont aussi affaiblis et plus vulnérables. Le risque d’infections est alors largement augmenté en cas d’opération, la cicatrisation devient difficile et plus longue, le temps de convalescence aussi. La dénutrition est également responsable d’une fonte musculaire, elle-même responsable d’une augmentation du risque de chutes et donc de fractures. Certaines pathologies se retrouvent plus courantes comme les pneumopathies et  les infections urinaires.

Cet état participe de ce fait à l’accélération du vieillissement et à la réduction de l’autonomie.

Comment détecter la dénutrition chez un senior ?

Lorsque la dénutrition est suspectée, l’examen clinique avec la mesure du poids corporel comparé au poids habituel est la première chose à faire. En effet, un amaigrissement de plus de 5 % en un mois ou de plus de 10 % en 6 mois, correspond à une dénutrition modérée alors qu’un amaigrissement de plus de 10 % en 1 mois ou de plus de 15 % en 6 mois correspond à une dénutrition sévère.

Le calcul de l’indice de masse corporelle (IMC= poids en kg / taille² en m) permet d’en apprécier la gravité. Ainsi, un IMC inférieur à 18 fait fortement suspecter une dénutrition.

Des examens sanguins supplémentaires peuvent être utiles, selon le contexte, pour préciser l’intensité de la dénutrition (vitamines, oligo-éléments, albumine…)

Comment s’en prémunir ?

Une alimentation saine, régulière, diversifiée et équilibrée assurée par trois repas et une collation au goûter est la meilleure et la plus efficace des mesures préventives pour réduire le risque de survenue d’une dénutrition. En cas de premiers signes, la multiplication des repas avec 6 repas par jour peut s’avérer être d’une bonne aide, sans pour autant favoriser le grignotage.

Astuces pour manger avec plaisir

-Objectif 1 : digestion facile

Pour pallier à la difficulté de mastiquer, pensez au thon émietté, à la soupe et à la viande hachée.

-Objectif 2 : donner envie avec des plats savoureux

Comme on l’a dit plus haut, pour diverses raisons, le sens du goût des personnes âgées se retrouve  altéré, n’hésitez donc pas à relever les plats avec différentes épices condiments et aromates. Variez les goûts et les saveurs et n’ayez pas peur d’avoir la main lourde.

-Objectif 3 : réapprendre à apprécier les repas

Comment voulez-vous que nos aînés aient plaisir à manger si tous les jours c’est patates au four et broudou ? Avec un menu unique ou, au mieux à deux variables, quoi de plus normal que de perdre l’appétit ! Pensez varié ! Surprenez-les avec des menus inventifs, différents et hauts en couleurs, le déjeuner redeviendra un moment de plaisir et de surprise.

-Objectif 4 : faire du repas un moment de partage

Le moment de passer à table n’est pas seulement un impératif de survie, où on doit manger pour rester en forme et pouvoir prendre ses médicaments d’après le repas. C’est avant tout le moment où toute la famille se réunit pour discuter, plaisanter, parler de sa journée. Rappelez-vous quand vous étiez plus jeune et que vos parents vous réunissaient à chaque dîner comme c’était bien. Maintenant qu’ils sont âgés, plus que jamais, ces instants passés ensembles sont des plus précieux pour eux, et peut-être ce qui va les maintenir en santé plus longtemps.

L’avis du spécialiste Docteur Mohamed Bennis, Médecin généraliste

La dénutrition est une véritable pathologie à prendre au sérieux

Quel que soit l’état de santé de votre proche senior, soyez attentif à 4 points primordiaux : le poids – l’alimentation – l’hydratation – le niveau d’activité.

Au moindre signe de changement, incitez-le à appeler son médecin traitant. Ne le faites à sa place que s’il refuse. Il faut être particulièrement vigilant en cas de diabète, de maladie cardiovasculaire et surtout si la personne est atteinte de la maladie d’Alzheimer, car le risque de dénutrition est alors plus élevé, puisqu’elle peut oublier de se nourrir, pensant l’avoir déjà fait.