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Lève-toi et marche

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Lève-toi et marche

Les troubles de la marche sont non seulement fréquents chez les personnes âgées, mais signalent généralement un risque accru d’événements adverses ultérieurs, puisqu’il s’agit d’un des principaux facteurs de risque de chute. De plus, la marche a des vertus multiples sur tout l’organisme.

par Myriam Bennour Azouz

Les pertes d’autonomie liées à l’alitement, voire à l’immobilisation au fauteuil, s’installent en quelques jours et évoluent d’une façon exponentielle : au grand âge l’équilibre physiologique, équilibre instable, bascule à la moindre brise. Or, même s’il s’agit de brefs déplacements quotidiens, la marche fait fonctionner à chaque fois plusieurs fonctions vitales de l’organisme, qu’il est indispensable d’entretenir pour conserver l’équilibre physique et psychique de la personne âgée (sensoriel, musculaire, retour veineux, ossification).

La marche c’est très important

En effet, la marche a beaucoup de rôles connus mais oubliés au quotidien : la marche est si banale qu’on la sous-estime, ne lui attribuant aucune vertu « médicale ». Et pourtant, le système osseux, les cartilages, les muscles, les tendons et ligaments, la circulation veineuse, la ventilation respiratoire, l’équilibre, le système nerveux périphérique et le système nerveux central bénéficient de la verticalisation et de la marche, même si la marche a lieu à petits pas. Aussi, pour être autonome, une personne âgée doit se déplacer seule le plus longtemps possible soit à l’extérieur, soit à l’intérieur de son appartement. C’est important tant au niveau physique, que sur le plan psychologique. En effet, au niveau physique, il faut absolument entretenir toutes les fonctions mécaniques et neurologiques afin que la personne âgée ne devienne pas dépendante pour marcher. Car si elle perd cette autonomie, cela ne sera pas sans répercussion sur son état psychologique, avec perte de confiance, et appréhensions lors des déplacements..

Qu’est-ce que les troubles de la marche ?

Les troubles de la marche se caractérisent par un ralentissement de la vitesse de la marche ou une déviation dans la régularité de la marche. Les modifications de la symétrie ou de la synchronisation des mouvements du corps font également partie des troubles de la marche. Le temps que met un individu à se déplacer mais également le temps pour passer de la position assise à la position debout (se lever de son lit, d’une chaise etc.), l’équilibre, une fois que l’individu est en position debout (voire assise), représentent les facteurs susceptibles de prédire l’évolution. C’est ainsi que les troubles de la marche prédisent de l’incapacité à effectuer les activités quotidiennes d’un individu (manger, se laver, faire ses courses, etc.).

Physiologiquement, c’est-à-dire normalement, la vitesse de la marche est à peu près normale jusqu’à environ 70 ans voire 75 ans, rarement plus selon les individus. Puis, cette vitesse décroît progressivement tous les 10 ans, d’environ 15 à 20 %.

Comment cela s’exprime-t-il ?

Les caractéristiques de la marche chez la personne âgée sont liées au vieillissement et à la survenue éventuelle de maladies ainsi qu’à une modification physiologique du fonctionnement des organes. Le plus souvent, on observe :

– Un raccourcissement du pas qui, de fait, ralentit la vitesse de marche « confortable ».

– Une modification de certaines parties du mouvement : pieds plus écartés et moins levés, réduction du balancement des membres supérieurs.

– Une trajectoire plus aléatoire, moins régulière.

– Un temps plus long en appui sur les deux pieds.

– Un raccourcissement de la durée de passage du pied.

Enfin, les effecteurs fonctionnant moins bien, les sujets vieillissants présentent une réduction de la force musculaire avec une diminution du nombre de fibres musculaires qui se traduit par une réduction de l’amplitude des mouvements articulaires.

Quels sont les différents troubles de la marche ?

Si la marche peut être rendue difficile par une altération d’une ou de plusieurs fonctions la coordonnant, il est possible d’individualiser certains types de marche permettant d’avoir une première idée sur l’origine du trouble. Il existe autant de types de marche que d’origines différentes.

– Qu’est-ce que la marche hésitante et mal systématisée ?

C’est le trouble le plus fréquent chez les personnes âgées. Elle se retrouve en présence de troubles de la vue, dans les démences et en particulier la maladie d’Alzheimer, dans les déficiences liées à des affections globales avec souvent une prise médicamenteuse importante, et dans des environnements inadaptés au déplacement d’une personne âgée.

– Qu’est-ce que la marche avec boiterie et douleur ?

C’est une marche très fréquente et invalidante. Elle est habituellement due à une arthrose ou à une chute pouvant être localisée indifféremment à la hanche, au genou et au pied.

– Qu’est-ce que la marche dite en fauchage ?

C’est une marche au cours de laquelle le membre inférieur fait un mouvement externe (similaire à celui de la faux). Elle est caractéristique des personnes atteintes d’hémiplégie, le plus souvent due à un accident cardio-vasculaire cérébral.

– Qu’est-ce que la marche dite « steppante » ?

C’est une marche qui donne l’impression qu’à chaque pas, la personne monte une marche. C’est habituellement la traduction d’une paralysie du nerf sciatique poplité externe.

– Qu’est-ce que la marche ivre ?

C’est une marche qui s’accompagne d’un élargissement du polygone de sustentation, c’est-à-dire accentuation des moyens de rester en équilibre. Elle est sinueuse, faite de pas brusques et irréguliers, les pieds retombant lourdement sur le sol. Elle se voit dans les affections qui touchent le cervelet et dans les atteintes nerveuses globales.

– Qu’est-ce que la marche à petits pas ?

C’est une marche où les pieds sont collés au sol. C’est une caractéristique des états lacunaires, c’est-à-dire des infarctus cérébraux localisés ou des hydrocéphalies à pression normale.

– Qu’est-ce que la marche avec rétro-pulsion ?

Dans cette marche, le marcheur est en hypertonie, les orteils sont relevés, et cette marche reprend tous les éléments inclus dans un contexte d’angoisse et traduisant habituellement soit des antécédents récents de chute, soit un syndrome de régression psychomotrice.

– Qu’est-ce que la marche dandinante ?

C’est une marche qui donne une démarche en canard qui est celle que l’on rencontre dans les anomalies musculaires comme les myopathies et les myosites.

Comment vivre avec ?

Vivre avec des troubles de la marche, c’est trouver des réponses à trois questions qui vont permettre, si possible, un retour à la normale, une reprise de l’autonomie et contribuer à réduire les craintes de retour de ces troubles.

– Quelle rééducation pour obtenir que la marche puisse être efficace et se déroule en toute sécurité ?

– Quels aménagements et appareils proposer ?

– Quelle prévention pour que cela ne s’aggrave pas, voire que les troubles ne surviennent pas ?

Ainsi, même pour des patients autonomes, la prévention reste parfois un soin de santé, pouvant s’exprimer sous la forme d’aide manuelle à la marche sur des parcours variés (escaliers, gravillons …).

En ce sens cette aide n’est pas l’affaire de spécialistes, mais concerne tout l’entourage, en particulier les familles.

Ces soins de santé sont excessivement importants pour que la personne âgée recouvre ou conserve son autonomie. L’aidant doit faire preuve d’une grande patience : il a en effet pour mission de dispenser l’aide dont a besoin la personne, tout en respectant ses capacités physiques et sa personnalité. En quelque sorte, il doit la laisser s’impliquer dans cette quête d’autonomie : une assistance trop importante peut provoquer un blocage et l’empêcher de faire d’elle-même les mouvements naturels pour conserver une autonomie suffisante