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Mémoire Oh ma mémoire !

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Mémoire Oh ma mémoire !

L’Homme, « al insan » est celui qui par définition, oublie. L’oubli étant une bénédiction, disent les personnes qui ont connu de grandes épreuves ou de grands malheurs. La mémoire est une chose bien lourde à porter.

par Sondes Khribi Khalifa

Mais qu’est-ce que la mémoire d’abord ? Comment se forment les souvenirs et se stockent-ils dans nos cerveaux ? Pourquoi ne savons-nous que ce que nous voulons savoir ? Et comment se décharger du poids de sa propre mémoire ?

Un océan d’informations

Nous sommes exposés à une quantité infinie d’informations dès notre naissance. Depuis le bruit dans la salle d’accouchement d’à côté, à l’hôpital, à la voix de la mère qui discute violemment au téléphone en nous donnant le sein, jusqu’à la couleur de la voiture qui passe dans une pub à la télé et qu’on aperçoit sans même y faire attention, alors qu’on fait la vaisselle. 

Nous baignons donc dans un océan d’informations, surtout depuis l’avènement de la société de l’information et des écrans. Images en tout genre, pub à la télé, sur les façades des immeubles etc.

Mais comment se forme notre mémoire alors ? Est-ce que nous retenons tout ce que nous voyons ou vivons ? Pas complètement, non…

Je me rappelle…

Je me rappelle de certaines choses, pas de tout ce que j’ai vécu. C’est normal, car mon cerveau me joue des tours. La mémoire est tout sauf objective, elle est bien sélective. Face à une situation donnée, je réagis d’une façon donnée, car ma mémoire me restitue des informations données et pas d’autres. C’est comme un dressing géant, avec plein de tiroirs, chacun étant rempli de quelque chose de particulier. 

On peu avoir des préférences pour certains tiroirs, c’est-à-dire pour certains vêtements aux dépens d’autres. Mais surtout, ces tiroirs sont communicants. Eh oui ! C’est-à-dire qu’en ouvrant un tiroir donné, un autre peut s’ouvrir systématiquement…

« Ah ! de toutes les façons j’ai toujours été malheureuse avec toi ! » : voilà ce que dit une femme à son mari à la nième dispute. Est-ce qu’elle a TOUJOURS été malheureuse avec lui. Ce n’est probablement pas le cas, mais c’est le raccourci que lui sert sa mémoire pour appréhender vite une situation donnée (économie cognitive), et donner une réponse.

Mais comment se forment nos souvenirs donc ?

Comment se forme la mémoire ? 

Les souvenirs se forment de façon très sélective en effet, d’abord du fait de notre incapacité à réunir l’ensemble des informations relatives à une situation donnée. 

Il faut savoir que le monde qui nous entoure est d’une complexité telle, qu’il échappe littéralement à la volonté de connaissance. Nous constituons en réalité des poches de savoirs, relatifs à des domaines donnés, ou contenus dans un cadre donné, avec certaines constantes et certains paramètres, etc. C’est d’ailleurs ce qui pose toute la difficulté en matière d’intelligence artificielle, notamment parce que la collecte de l’ensemble des données relatives à une situation qui peut sembler banale, est si difficile. Raison pour laquelle nous savons faire des grosses machines de calcul, mais si peu de robots intelligents capables de traverser la rue tout seuls, par exemple.

Ensuite, il est impossible de parler d’objectivité du traitement de l’information du fait de l’impossibilité d’un traitement de l’ensemble de ces données (si l’on admet qu’elles sont là) de façon systématique.

La mémoire se constitue donc en distribuant les quantités d’informations (jugées) utiles à un instant donné, au sein de catégories préexistantes et prédéfinies dans le cerveau. Et ce, selon des catégories de relations prédéfinies aussi. Ce qui implique que nous avons une tendance claire à regarder ce que l’on veut voir (entendez selon nos catégories mentales initiales), savoir ce que l’on veut savoir, et retenir ce que l’on veut retenir…

Je sais ce que je veux savoir à la fin ?

Oui, complètement. Plus que cela, face à la masse conséquente d’informations à gérer et au risque de « découvrir » que nous avons tort (ce qu’on appelle tomber dans la dissonance cognitive) ….Nous reléguons aussi des informations, pour ne pas dire la plupart d’entre elles, dans l’inconscient. Ce que nous ne savons pas gérer est relégué dans l’inconscient, mais il surgit lorsque nous sommes en difficulté. Autrement dit, ce qui est refoulé reste invisible ou inaccessible jusqu’au jour où nous n’arrivons plus à gérer une situation donnée. Là, le cerveau replonge dans cette autre base de données pour réajuster sa compréhension des choses et, par conséquent, sa réaction.

Selon Freud, les processus primaires (ou inconscients) prennent le dessus sur les processus secondaires (ou conscients), lors des expériences de régression, terme choisi par la psychologie pour désigner ce moment où la conscience baisse la garde et autorise des masses d’inconscient à refaire surface. Moment assez déstabilisant pour la personne en général, ce qui confirme l’hypothèse des déformations conséquentes opérées sur le « réel » afin de l’assimiler et de façonner ainsi sa propre compréhension du monde.

C’est compliqué tout ca ? Non pas tellement. Soyez juste tolérant et permissif envers vous-même et les autres. Acceptez ce que vous êtes ou ce que vous avez été, acceptez la manière dont sont et dont ont réagi les autres à un moment donné. Juste acceptez et permettez-vous et permettez-leur d’être ce qu’ils sont. Vous n’avez pas d’emprise sur eux de toutes façons, et vous n’êtes pas censé en avoir…

Du moment que vous acceptez, vous stockez moins de tensions et de conflits. Et vous vous sentez nettement plus léger…

Le poids de la mémoire ? Non merci…

Justement, il faut savoir que c’est une véritable bénédiction de pouvoir se décharger de ses souvenirs. Une multitude de thérapies se fixent cette tâche pour objectif, et ce n’est pas du tout facile d’y arriver. Les automatismes de la mémoire nous pèsent tellement que, souvent, on aimerait se décharger du poids d’une histoire, d’une mauvaise expérience ou d’une douleur quelconque, mais on n’y arrive pas. On parle par exemple de ESPT (état de stress post-traumatique) chez les personnes qui, au contact d’un signal donné, une odeur, une couleur, de passage dans une rue ou en évoquant un certain sujet, plongent dans un état d’anxiété analogue à celui vécu il y a longtemps. Le cerveau ne fait pas la différence en réalité, entre ce qui est et ce qui a l’air d’être….

Comme vous l’aurez compris, la mémoire fonctionne sur ce mode de sélection et de catégories associées à des « clés » données, et une clé peut ainsi activer toute la mémoire qui aurait été enfouie pendant des mois ou des années : on ouvre un tiroir, et un autre s’ouvre systématiquement !

Pour une bonne qualité de vie, essayez de vous ancrer dans le moment présent et de ne vous rappeler que des choses positives.

Il ne sert à rien de replonger dans le passé douloureux, ça ne le changera pas, et vous ne gagnez rien.

Se fixer par contre sur les souvenirs positifs, éprouver une gratitude envers la vie qui vous a offert cela, vous plonge dans le plaisir et la sérénité et attire vers vous plus de positivité. La vie sera d’autant plus belle…