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Rester jeune dedans et dehors

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Rester jeune dedans et dehors

De tout temps, la beauté et la jeunesse ont inspiré les hommes et les poètes qui nous exhortaient par-delà les siècles. Il est possible et permis aujourd’hui de vieillir tout en restant fidèle à l’image que l’on se fait de soi car on peut déjouer « la ride véloce et le muscle avachi » et profiter longtemps des joies et des plaisirs que procure l’existence.

par Jaouida Ben Aouali

Ce bonheur était hier encore réservé à la jeunesse, l’officielle, celle de l’état civil mais cette dernière peut se prolonger et repousser un hiver souvent déprimant. Traitements antivieillissement, lifting, chirurgie des paupières, liposuccion, implants mammaires, laser, injection de toxines…
Si les seniors et les personnes âgées optent encore majoritairement pour la médecine esthétique, ils sont de plus en plus nombreux à oser la chirurgie esthétique.

Il est vrai que les progrès de la médecine et les conditions de vie en général favorisent ce qui n’est plus un exploit mais devient un espoir qu’il est possible de concrétiser. La moyenne d’âge des individus augmente considérablement tandis que la natalité diminue.
Ici, il faut s’arrêter sur un détail qui a toute son importance. En effet, si plus de 15 % des hommes ont déjà fêté leur soixantième anniversaire, 20 % des femmes en ont fait de même. Ce qui revient à dire que trois quarts des soi-disant « vieux » sont en fait des « vieilles » dames, une réalité qui, on s’en doute, a un impact sur les choix de vie et pousse à constater que la soixantaine n’est plus l’âge de l’entrée dans la vieillesse telle que l’inconscient collectif se l’imagine.
Elle est loin l’époque où Balzac pensait que la femme de 30 ans était vieille. Nul besoin de chiffres pour se rendre à l’évidence : l’âge de la retraite venu, nombre de nos concitoyens sont en pleine possession de leurs moyens et ont devant eux, mis à part les accidents de santé et les maladies graves, un joli nombre d’années. Le système social a été conçu, à l’origine, pour une population qui abandonnait la vie active entre 40 et 50 ans. Or, aujourd’hui, on rencontre de plus en plus souvent de fringants vieillards encore en activité au-delà des 70 ans et plus…

Etre vieux mais rester jeune

Depuis le milieu de l’année 1995, une certaine catégorie de laser a fait son entrée en chirurgie esthétique, en complément des actes de rajeunissement du visage que constituent les différents liftings. Ajoutons à cela le fait que les retraités représentent une catégorie sociale souvent privilégiée, bénéficiant d’une somme d’argent dont beaucoup de personnes actives se contenteraient.
On s’aperçoit que les femmes au-delà des 65 ans n’hésitent plus à faire appel à la chirurgie esthétique. Par exemple, la pose de prothèses mammaires n’effraie pas de dynamiques et alertes « vieilles dames » qui refusent de renoncer à toute séduction et de se résigner à la seule évocation d’un corps qui n’est plus, pire, qui les trahit, et de se satisfaire de visites programmées autour d’une tasse de thé et de petits fours. Pour elles, la vie continue avec les mêmes joies et les mêmes tourments de femme. Les sentiments font partie de l’âme qui, elle, ne vieillit pas et la sexualité ne s’éteint pas inéluctablement le premier jour de la retraite. De plus, elle n’est plus considérée comme tabou. Il est seulement nécessaire de ne pas avoir honte de soi afin de ne pas se replier dans le souvenir.

« Ce qui nous fait vieillir, ce n’est pas de prendre de l’âge, c’est de déserter notre idéal ». Or, il est vrai, la jeunesse aujourd’hui est un idéal et la vieillesse une injustice, même si elle trouve grâce aux yeux de nos semblables, même si elle retrouve un charme authentique car elle ne pourra jamais rivaliser avec la jeunesse et ne sera jamais autant valorisée.
Mais si, à partir d’un certain âge, les facultés intellectuelles nécessaires à résoudre de nouveaux problèmes décroissent considérablement, contrairement à celles qui font intervenir l’expérience, tout le problème consiste donc à ce que l’expérience acquise puisse compenser la perte d’adaptation à des situations nouvelles.

Dur dur d’être une femme… senior

Le printemps de la vie reste la séduction suprême dans notre société qui se veut active, performante et… désirable. La jeunesse s’épanouit dans l’immédiateté sans songer au lendemain où tout sera moins beau et où la maturité exigera plus d’esprit, plus d’indulgence et de douceur. La jeunesse ne conjugue que le présent, ignore la marche perfide des années et la personne âgée déroge aux valeurs qui lui sont propres.
La séduction, la vitalité, le travail ne sont plus ses premiers soucis tant et si bien qu’elle est parfois réduite à la seule expression d’un corps qu’elle porte comme un fardeau, un boulet qu’elle voudrait oublier et qui fit dire à Simone de Beauvoir : « Je me suis résignée à mon corps ». Dans ces conditions, il est plus difficile, bien sûr, d’envisager, ne serait-ce que psychologiquement, un embellissement par la chirurgie esthétique de ce corps, que lorsque c’est une jeune personne éprise de son apparence et qui souhaite remédier à une imperfection. Il n’y a pas si longtemps, la société même semblait vouloir refuser cette chance jusqu’à ce que les femmes, toujours combatives, fassent le « forcing », passant outre les réticences de l’esprit quelque peu conservateur de notre culture orientale et… moderne.
Cette levée de boucliers tient peut-être au fait que l’âge a des effets plus déprimants, plus destructeurs, non pas physiologiquement, mais socialement sur les femmes. Elles sont très vite reléguées dans des catégories qui n’ont plus cours alors que l’on dira de l’homme que c’est un « beau vieillard encore vert ».

Les signes extérieurs de vieillesse

Autrefois, la vieillesse était compensée par des égards qui lui étaient concédés par les plus jeunes et une considération spontanée. La longévité et l’expérience avaient leurs admirateurs. Chez les Africains, encore à notre époque, on aime à se vieillir car le vieillard est une personne respectable qui fait autorité. On connaît tous le proverbe qui dit que lorsqu’un vieux meurt, c’est toute une bibliothèque qui brûle. Lorsque l’on parle de vieillissement, les spécialistes, eux, entendent sénescence, un synonyme, et différencient le vieillissement normal (eusénescence) du vieillissement anormal (dyssénescence).
Le vieillissement intervient dans trois domaines : la morphologie, la physiologie, la psychologie. Concernant la morphologie, nous savons que le corps atteint la fin de sa croissance et parvient à l’âge adulte entre 18 et 21 ans et qu’après la trentaine, les choses déjà se dégradent. La force musculaire est à son maximum entre 20 et 30 ans et ensuite, sa masse diminue ainsi que la densité osseuse. Comme la nature est bien faite, pour nous leurrer, les dépôts graisseux augmentent parallèlement, cachant la perte musculaire, et ce n’est qu’après la cinquantaine que les pertes augmentent de manière plus importante.

L’apparence change et les premières manifestations concernent la peau qui devient plus fine, les rides apparaissent comme les vaisseaux sous-cutanés qui peuvent alors être visibles.

Les deux molécules de l’organisme les plus sensibles à l’âge sont le collagène et l’élastine qui sont synthétisées par une cellule importante de la peau, le fibroblaste. Comme la plupart des cellules, celle-ci se divise pour se reproduire. Or, d’après les expériences, le fibroblaste n’aurait en fait qu’une quantité limitée de divisions, à la suite de quoi il ne se divise plus, vieillit puis meurt. Autrement dit, il disparaît progressivement de l’organisme. C’est exactement comme si les cellules avaient une horloge interne, génétiquement programmée. Seule, la vitesse du phénomène dépend de l’environnement de la personne. D’aucuns disent que cette programmation permettrait la reproduction de l’espèce jusqu’à ce que la descendance soit aussi en âge de se reproduire mais pas plus. Il est, à cet égard, reconnu que la ménopause cet arrêt chez la femme de la fonction de reproduction, n’existe que chez l’humain.

Tous ces phénomènes, en réalité bien plus complexes, dépendent très probablement des réactions que nous avons face à notre propre vieillissement. On ne peut mettre en doute que le sentiment de vieillir corresponde à une perte ressentie. Cette perte commence, pour beaucoup d’entre nous, par la perte de la maîtrise de son corps. Par exemple, alors qu’à 30 ans, une semaine de restrictions suffisait à se débarrasser de deux kilos superflus, l’effort nécessitera un mois vers la cinquantaine ou des restrictions plus importantes. Le souffle peut aussi se faire plus court en salle de gymnastique, comme les lendemains de fêtes peuvent être plus difficiles qu’à 20 ans. Tout cela a d’autant plus d’importance que la place du corps dans la société est aujourd’hui prépondérante.
Plus qu’hier, le vieillissement social est avant tout une altération du physique. D’aucuns peuvent considérer que cela est injuste puisque le corps s’use souvent plus rapidement que l’esprit qui lui, peut encore s’affiner avec l’âge. Mais il est plus facile de maîtriser ou de ralentir l’altération du corps que celle de l’esprit et si un « coup de jeunesse » peut aider à supporter les années qui s’amoncellent, et même à en effacer quelques-unes, eh bien, tant mieux !

D’ailleurs, il suffit de voir combien aujourd’hui, les « seniors » sont toniques, entreprenants et pleins d’entrain. Les clubs de sport ont leurs bataillons du troisième âge, les organismes de voyages, de découvertes ou d’aventures connaissent, eux aussi, un afflux de retraités en pleine forme.
C’est que la science, et en particulier la médecine, sait de mieux en mieux améliorer cette véritable seconde vie qui existe après la vie professionnelle, où l’esprit ouvert et le corps encore alerte peuvent profiter de cette période souvent douce de l’existence. Sur tous les fronts, on tâche de lutter contre les atteintes fonctionnelles de notre corps. Les femmes, notamment, qui subissaient un véritable et terrible contrecoup physiologique après la ménopause, ont aujourd’hui à leur disposition des traitements simples pour les éviter ou les réduire très sensiblement.

Les interventions esthétiques, un nouvel élixir de jeunesse

Alors que la baisse de la sécrétion hormonale autour de la cinquantaine avait, chez elles, des conséquences importantes, comme la prise de poids, la fragilisation du squelette, les troubles de la sexualité et de l’humeur, les traitements hormonaux substitutifs (THS), lorsqu’ils sont bien menés, opèrent de véritables miracles sur les femmes (des études récentes suggèrent même que le THS réduit de 30 à 50 % les risques de maladie d’Alzheimer). La peau retrouve toutes ses qualités, le sport peut se poursuivre encore de nombreuses années sans crainte de cette fameuse ostéoporose, la sexualité peut s’épanouir d’une nouvelle jeunesse. Bref, certaines considèrent qu’il s’agit là d’une soudaine nouvelle vie, d’autant plus que l’apparition de la ménopause peut s’échelonner sur plusieurs années, avec des troubles divers qui surgissent rarement subitement ensemble.

Cette vigueur nouvelle, cette qualité de vie retrouvée est l’une des principales raisons qui orientent les femmes du troisième âge vers le chirurgien plasticien, ce dernier ayant l’occasion de recevoir des femmes qui, au-delà de la soixantaine et retrouvant une libido satisfaisante, réclament, à juste titre, de quoi émouvoir et charmer les hommes. Le lifting, la lipoaspiration et les prothèses mammaires entrent précisément dans ce contexte de pur plaisir hédoniste. Chez les hommes, la chirurgie des cheveux mais aussi la cosmétique ou une plus grande attention aux problèmes d’érection ou d’éjaculation répondent aussi à cette demande de plus en plus importante d’un confort supplémentaire dans leurs vieux jours.

Pour preuve, la frénésie, outre-Atlantique, pour la fameuse pilule Viagra censée résoudre une bonne partie des troubles de l’érection. Dans ces conditions, la vieillesse est alors moins considérée comme une exclusion de la vie que comme une autre vie avec, certes, ses inconvénients mais aussi avec les plaisirs et les avantages qui lui sont propres.

Ainsi, la chirurgie esthétique détermine dans cette population une nouvelle demande qui s’éloigne pratiquement de toutes celles faites par des individus en pleine activité professionnelle. La plupart du temps, ce qui caractérise les personnes d’un certain âge et principalement les femmes qui viennent en consultation, c’est qu’elles ont une approche de la chirurgie esthétique totalement libérée des contraintes psychologiques. Elles considèrent cette chirurgie comme un super-cosmétique dont elles usent sans fausse pudeur et qui leur permet de retrouver un physique agréable à leurs yeux d’abord et aux yeux des autres ensuite. Bien vieillir, c’est pouvoir encore séduire.

Ces mêmes femmes comprennent qu’un acte esthétique s’inclut dans un tout, dans une ligne générale, l’ensemble qu’est le corps. Une poitrine parfaite, ferme et bien galbée, deux beaux globes sur un torse dont la peau est flétrie, ou avec un visage affaissé, abîmé par les ans, sera choquante, discordante.
Réparer, oui mais harmonieusement. Aussi, la tendance qui se dessine actuellement est de prendre en considération la totalité du corps comme une composition dans laquelle on voudrait éviter les fausses notes. Ainsi, faut-il surveiller et traiter les petites taches de vieillesse sur les mains, les varicosités sur les jambes, en même temps qu’une liposculpture ou un lifting. La prise en compte de « l’environnement » physique, avant toute intervention, permet de l’optimiser.
Par exemple, soigner la peau par une série de massages avant une lipoaspiration permettra d’améliorer très sensiblement le résultat. C’est une nouvelle manière de penser la chirurgie esthétique, au-delà de l’acte.

Il vient toujours un jour où l’on accepte de vieillir et la chirurgie esthétique ne doit pas être une illusion ni une fuite mais un répit ; elle permet d’attendre, de se reprendre et de rester encore jeune avec une image de soi qui ne cause ni humiliation ni souffrance. Le corps est un outil qu’il faut préserver, entretenir, aider afin qu’il vous mène loin et… bien. En associant l’hygiène de vie propre à l’âge, les traitements destinés à pallier les carences de la nature, les soins élémentaires aux parties vulnérables, comme la peau, les mains, les dents, la circulation veineuse, et les actes esthétiques plus ou moins lourds, on peut échapper à l’exil qu’impose parfois le temps qui passe, à la tristesse, au désarroi physique qu’entraînent aussi les années.

Garder un esprit jeune, un corps net et donc jeune, est à notre portée ; c’est un idéal, une victoire qui ne concerne que nous-mêmes.

Mais quels risques pour les seniors : un peu, beaucoup ou pas du tout ?

Selon une étude récente menée par des chirurgiens plasticiens au Vanderbilt University Medical Center et dont les résultats ont récemment été présentés lors d’une réunion scientifique annuelle de l’American College for Surgeon à Chicago, les seniors ne courent pas plus de risques de complications dus à la chirurgie esthétique que des patients plus jeunes.

Les données de plus de 129.000 patients, jeunes (39 ans) et âgés (69 ans), ont été analysées par les médecins sur une période de cinq ans et aucune différence significative relative aux taux de complications n’a été relevée entre les moins et les plus de 65 ans.

« Un nombre croissant de patients âgés recourt à la chirurgie esthétique chaque année », a déclaré Max Yezhelyev, docteur en médecine et en sciences (MD-PhD) et auteur de l’étude. « Notre étude a démontré que les patients de plus de 65 ans peuvent recourir à des interventions de chirurgie esthétique en toute sécurité et avec un taux de complications similaire à celui de patients plus jeunes lorsque celles-ci sont pratiquées par un chirurgien esthétique affilié à l’Ordre national des médecins », a-t-il ajouté.
L’étude, dont l’objectif était de déterminer l’existence de différences significatives dans les résultats des interventions de chirurgie esthétique entre les patients âgés et les jeunes, a révélé que le taux de complications postopératoires importantes chez les patients âgés est de 1,94 % contre 1,84% chez les plus jeunes, une différence notoire entre les deux groupes étant liée à des facteurs comme le diabète ou un indice de masse corporelle plus important. Parmi les interventions étudiées, du lifting à la liposuccion, une seule, l’abdominoplastie, a montré un taux statistiquement significatif et plus élevé chez les patients âgés (5,4 % contre 3,9 %).

Senior prends garde !

A partir d’un certain âge, plusieurs interventions esthétiques sont parfois à déconseiller.
Par exemple, tout ce qui nécessite une bonne élasticité de la peau comme la liposuccion sans abdominoplastie ou une rhinoplastie importante. En plus d’être moins élastique, la peau est éventuellement plus fragile et risque d’être davantage marquée par des irrégularités. Et, bien entendu, la récupération après une opération est plus difficile pour un senior, tout autant qu’après l’anesthésie générale. Ce qui signifie que toutes les interventions ne sont pas autorisées et qu’une consultation auprès d’un spécialiste déterminera les risques.
Les maladies, l’obésité, le tabac et le diabète vont également réduire les possibilités d’action. Une intervention de chirurgie esthétique chez une personne âgée nécessite un bilan préopératoire plus approfondi et si les risques dépassent les bénéfices, elle sera éventuellement refusée.