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Senior jeûne et santé ?

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Senior jeûne et santé ?

Outre le fait d’être un devoir religieux, le jeûne a beaucoup de bienfaits pour la santé. Le corps est nettoyé, on se sent plus léger, on est bien dans sa tête et mieux dans son corps. Mais il ne faut pas oublier que le jeûne fait aussi subir un stress à l’organisme. A partir d’un certain âge, cela devient une question de santé, comment concilier santé et jeûne ?

Qu’est-ce qui se passe dans le corps durant le jeûne ?

En cas de jeûne, les cellules graisseuses relâchent les calories stockées directement dans le sang qui les répartira aux cellules de l’organisme, le nourrissant de l’intérieur. On se nourrit différemment, sur nos réserves, notamment de graisses. Et ces réserves sont importantes. Quelqu’un de constitution normale, ni trop gros ni trop maigre, a en moyenne des réserves de graisses pour trente jours ! Mais, le système nerveux central, avec le cerveau, les globules rouges et la moelle osseuse, a besoin de protéines et de glucose pour fonctionner. Or, l’organisme créé du glucose à partir des protéines et de certains de leurs constituants. Ainsi, pendant les premiers jours de jeûne, des structures protéiques mobilisables sont transformées en glucose. Privé de repas, l’organisme fabrique des corps cétoniques à partir des graisses de réserve. Encore plus dopants que le glucose utilisé en temps normal par le cerveau, ils effacent la sensation de faim et entraînent une impression de bien-être. Il ne faut donc pas se laisser griser ni lui attribuer des propriétés qu’il n’a pas.

Pendant le jeûne, si le renouvellement cellulaire se poursuit, au niveau des muqueuses intestinales, tout se passe au ralenti car le tube digestif est mis au repos. Le jeûneur doit s’habiller plus chaudement, l’activité digestive ne produisant plus de chaleur.

Comment le jeûne agit-il sur la santé?

Là, c’est un peu plus mystérieux, et plusieurs médecins avouent ne pas comprendre très bien l’effet du jeûne sur certaines affections. On pense que jeûner provoque un stress et relance les mécanismes d’autorégulation du corps, ce qui aurait des effets thérapeutiques. Le jeûne aiguiserait également les forces curatives de l’organisme et agirait en stimulant les organes d’élimination. On pense aussi que les hormones mobiliseraient les réserves du corps et auraient un effet anti-inflammatoire. Des études allemandes sont en cours sur les mécanismes reliant privation de nourriture et maladies comme  le diabète, l’hypertension ou le rhumatisme.

Enfin, il y aurait des effets bénéfiques à mettre au repos son système digestif. On aurait, alors, une normalisation de la flore intestinale, une purification, une élimination des toxines et une diminution de phénomènes inflammatoires

Jeûner : un moyen de se recentrer sur soi

Plus qu’un simple désir d’éliminer les toxines, le jeûne correspond à une démarche spirituelle. En rompant avec les habitudes alimentaires et sociales, il crée un état propice à la réflexion, au recentrage sur soi. Sous l’effet de la privation de nourriture, le fonctionnement cérébral est modifié et l’esprit est davantage orienté vers le moi, d’où parfois un sentiment de toute-puissance et l’impression d’être au-dessus des contraintes du corps.

Le jeûne a ainsi valeur de point de départ pour réformer son hygiène de vie et ses habitudes alimentaires. L’intérêt devient en ce sens plus préventif, à plus long terme, que curatif.

Les étapes du jeûne

Le corps a la capacité de s’adapter à la pénurie de nourriture pendant une trentaine de jours, en puisant dans ses réserves énergétiques. Pendant les premières quatre à six heures, il utilise le glucose et les nutriments ingérés, processus normal d’adaptation à la prise discontinue de nourriture. Puis survient l’étape de la glycogenèse : il puise dans ses réserves de glycogène dans le foie, afin de libérer rapidement du glucose.

Environ seize heures après le dernier repas, le glycogène hépatique est épuisé. L’organisme commence alors à puiser dans sa graisse (triglycérides). Au bout de deux à trois jours, sa production de corps cétoniques – seule source énergétique que le cerveau est capable de consommer en l’absence de glucose – s’accélère.

Lorsque les réserves lipidiques (graisses) sont épuisées, le corps commence à mobiliser soit ses acides aminés musculaires, soit ses protéines, qu’il puise jusque dans la trame osseuse, pour toujours maintenir un certain niveau énergétique et un minimum de fonction cérébrale. C’est la néoglycogenèse. Cette situation est toutefois fragile, et ne peut perdurer, quand la disponibilité en acides aminés se tarit. La survie n’est alors plus possible.

Les principaux effets secondaires

Si le corps n’est pas approvisionné en nourriture, le métabolisme s’adapte et il utilise le moins d’énergie possible. C’est pourquoi on a plus vite froid en période de jeûne. 

Si l’on jeûne plusieurs jours, le corps commence à puiser dans ses réserves de protéines et de graisses pour trouver l’énergie dont il a besoin. Ce processus de décomposition et de détoxification peut provoquer une mauvaise haleine et des odeurs corporelles désagréables. Lors de jeûnes plus longs, le corps commence à sécréter des «hormones du bonheur», comme l’endorphine, pour rendre la sensation de faim plus supportable. Le corps se libère et l’esprit est plus clair.

Jeûne et senior

Lors du jeûne, l’organisme « brûle » les muscles pour survivre. Avec les années, le risque de dénutrition est plus important, on a de plus en plus de mal à récupérer la masse musculaire perdue.

De plus, le fait de jeûner expose forcément l’organisme à des carences en vitamines et minéraux, un déficit qui peut exposer à de nombreux troubles.

En effet, le manque de nutriments fatigue les organes et altère plus ou moins subtilement leur fonctionnement. Le jeûne hydrique est, quant à lui, une illusion dangereuse.

En effet, il est facile de perdre un peu d’eau, ce qui donne l’illusion de perdre du poids. Mais c’est au risque de fragiliser le fonctionnement des organes essentiels comme le cœur, du fait de la diminution du volume sanguin, et le cerveau, qui a besoin d’eau pour assurer ses fonctions cognitives. L’organisme n’est pas fait pour jeûner, et c’est le mettre en danger que de lui imposer un régime contre nature. Le fonctionnement de l’organisme est réglé par plusieurs horloges biologiques, situées dans divers organes, mais c’est l’horloge du cerveau, véritable chef d’orchestre, qui les contrôle toutes, par le biais de la rétine, en fonction de la luminosité. L’alternance jour et nuit régule ainsi les mécanismes de faim et de satiété, d’où la nécessité chronobiologique de prise de repas au moins trois par jour, à des horaires relativement précis.

Ainsi, par exemple, si les organes ne sont pas approvisionnés, le cerveau en particulier, l’organisme, faute de protéines alimentaires, puise dans les «réserves».

Or les protéines musculaires sont les premières à être utilisées par le corps en cas de diète protéinique, et les utiliser ne peut qu’affaiblir l’organisme. C’est dangereux pour le cœur, surtout si ce muscle est déjà fragile. Facteur aggravant, en l’absence de sucres alimentaires, le foie se met à fabriquer du glucose à partir d’acides aminés, issus de protéines. Un autre effet pervers du jeûne porte sur certaines vitamines, solubles dans l’eau, ne pouvant donc pas être stockées. Ainsi, on élimine dans les urines la vitamine C et celles du groupe B au quotidien ; leur manque, à la différence des vitamines dissoutes dans les graisses (A, D, E, K), ne peut pas être compensé par une quelconque réserve.

Jeûne et cholestérol

Par rapport à la journée d’alimentation normale, le jeûne augmente le taux de cholestérol (augmentation de 14% du LDL, le  « mauvais » et de 6% du HDL, le « bon »). Cette augmentation n’est pas inquiétante dans la mesure où le rôle néfaste du cholestérol sanguin est largement remis en question. Au contraire, le jeûne provoque faim ou stress. En réponse, le corps libère plus de cholestérol, ce qui lui permet d’utiliser la graisse comme source de combustible, au lieu du glucose. Cela diminue le nombre de cellules graisseuses dans le corps. 

Par ailleurs, le jeûne se traduit par une augmentation spectaculaire du niveau d’hormone de croissance (GH). Un seul jeûne de 24 heures entraîne une élévation de la GH de 2000 % chez l’homme et 1300 % chez la femme ! La GH est une hormone « brûle-graisses » ; elle est sécrétée suite à un jeûne car le corps l’utilise pour préserver la masse musculaire et réguler le taux de glucose sanguin ainsi que le niveau de plusieurs hormones. Enfin, le jeûne réduit les triglycérides, un autre facteur de risque cardiovasculaire.

Jeûne et diabète

Chez le diabétique, lorsqu’il n’a pas assez d’insuline, le sucre ne peut pas entrer correctement dans les cellules ce qui entraîne une hyperglycémie, et l’organisme utilise les graisses de réserve ce qui conduit à la production d’acétone. La glycémie s’élève de façon importante ce qui entraîne une élimination de sucre dans les urines dont le volume devient important (polyurie), avec pour conséquence une diminution de la quantité en eau et en sel de l’organisme (déshydratation) avec une soif et une baisse de la tension artérielle (hypotension).

D’autre part, la production d’acétone en quantité importante s’accompagne de l’accumulation de déchets acides dans le sang (acidose), ce qui entraîne une fatigue physique et intellectuelle, une perte de l’appétit, puis des nausées et des vomissements.

Si la situation n’est pas corrigée rapidement, cela peut aboutir à un coma avec une respiration rapide car les poumons essaient d’évacuer l’acidité présente dans le sang.

C’est donc une situation dramatique, à soigner d’urgence. Dans le cas du jeûne, on note effectivement une légère acétose des urines, puisqu’elle signe le catabolisme des graisses de réserves.

L’avis du spécialiste

Dr. Sondos Baccar gériatre à l’hôpital Mahmoud El Matri, membre de l’Association Alzheimer

Tout d’abord, chez la personne âgée, le jeûne doit être préparé. On pense particulièrement aux cas qui présentent une pathologie chronique comme l’hypertension artérielle ou encore le diabète. S’agissant de ce dernier, le jeûne est proscrit pour les personnes insulinodépendantes (de même que pour les personnes sous traitement pour des calculs rénaux). Quant aux personnes ayant un diabète de type 2, c’est deux mois à l’avance qu’il faut prévenir son médecin traitant pour qu’il puisse étudier les différentes alternatives. Ce dernier doit revoir les quantités de médications ainsi que leur répartition. Dans certains cas, il proposera de revoir le traitement à la baisse puisque certains traitements sont souvent hypoglycémiants. Ceux-ci par exemple, se prendront de préférence à l’heure de la rupture du jeûne. Ainsi, les nutriments apportés lors de ce repas anticiperont les éventuelles baisses d’énergie provoquées par le traitement. Généralement, après l’essai d’un nouveau traitement, le médecin conseillera un bilan afin de constater les effets de ce changement sur le corps. En fonction des résultats, il rajustera le traitement ou, s’il le faut, proscrira le jeûne. Le jeûne est, de toute manière, fatigant pour le corps, alors que dire s’il se déroule en été. Pour cette année, on jeûnera pendant 17 h, ce qui est extrêmement éreintant, a fortiori pour les seniors. Il faut donc boire en abondance durant la soirée, et de façon fractionnée pour laisser le temps au corps d’assimiler l’eau et ses nutriments.

Ensuite, le s’hour est indispensable. Il faut aussi retarder la prise alimentaire au maximum, juste avant le début du jeûne. Prenez votre s’hour le plus tard possible, en y intégrant des fibres et de l’eau. Le masfouf, par exemple, est très conseillé. Pour ce qui est de l’alimentation, lors de la rupture du jeûne, on conseille les sucres à charge glycémique élevée et moyenne de même que des fibres. Pour les personnes âgées, l’activité physique est déconseillée durant la période du jeûne car celle-ci  épuise d’autant plus l’organisme, à noter que la prière est admise comme étant une légère activité physique.

A partir d’un certain âge, les effets du jeûne sont plus néfastes que bénéfiques pour la santé. Mais, étant donné que certaines personnes âgées peuvent avoir du mal à accepter l’idée de ne plus jeûner, la famille doit être présente. Il ne s’agit pas dans ce cas de forcer la personne à manger ou de l’abandonner à son sort. Bien au contraire, il vaut mieux l’aider, l’accompagner et surveiller son état de santé.

L’idéal serait d’avoir un lecteur de glycémie au doigt, que l’on soit diabétique ou non. Grâce à cela, on peut contrôler son niveau, de préférence, à 11heures du matin, juste avant la rupture du jeûne et dès que la personne se sent mal ou présente des signes de malaise. Les risques pour la santé des seniors lors du jeûne sont majeurs, d’autant plus lorsque le terrain est fragile. L’hypoglycémie ainsi que la déshydratation peuvent avoir des répercussions très graves allant même jusqu’à des cas de confusions voire de coma. Mais, comme on l’a dit plus haut, il ne faut jamais forcer une personne à s’alimenter car le bien-être psychique est aussi important que l’équilibre physique.

Le choix appartient à la personne âgée. Si celle-ci tient à jeûner, ceci doit se faire en collaboration avec le  médecin.