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Sexualité N’ARRETEZ JAMAIS

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Sexualité N’ARRETEZ JAMAIS

Le vieillissement, avec tout ce qui le constitue, peut entraîner de très grands bouleversements dans la vie d’une personne : il est difficile pour toute personne âgée d’accepter de vieillir et de voir son corps changer. Pour beaucoup, ceci signifie qu’on n’a plus « droit » à certaines choses qui seraient de l’apanage de la jeunesse. Jusqu’à quel point est-ce vrai ? Qu’en est-il pour le sexe ?

par Myriam Bennour Azouz

La sexualité se transforme-t-elle avec l’âge ?

L’activité sexuelle régresse avec le temps, plus particulièrement après la cinquième décennie de la vie. Toutefois, rares sont les sujets chez lesquels l’intérêt pour la tendresse et la sexualité a totalement disparu, selon le docteur en sexualité humaine Hicham Sharif. Les multiples études et recherches faites par les diverses sociétés savantes de santé sexuelle, ne confirment pas l’image de personnes désexualisées par l’âge.

La diminution de l’activité sexuelle est plus marquée chez les femmes que chez les hommes. Ainsi, le déterminant le plus important s’est avéré être la qualité du partenaire : les sujets ayant un partenaire attitré sont sexuellement plus actifs. Cette interdépendance explique d’ailleurs que l’activité sexuelle des femmes recule plus nettement : cela tient à la mortalité plus précoce des hommes et, par conséquent, à la pénurie de partenaires sexuels à un âge avancé. L’attrait exercé par la sexualité, dans la seconde moitié de la vie, dépend pour l’essentiel de l’importance de la sexualité dans les jeunes années.

Les sujets pour lesquels la sexualité jouait un rôle important dans leur jeunesse manifestent envers la sexualité un intérêt plus soutenu que les personnes qui, jeunes, ne lui accordaient qu’une importance mineure. Cela traduit l’imprégnation biographique de la sexualité, à travers laquelle se manifeste une histoire personnelle, faite de besoins et de relations ainsi que le vécu de la condition sexuelle de chacun, femme ou homme.

Qu’est-ce qui change ?

Plus fréquents dans la seconde moitié de la vie, les troubles qui apparaissent chez l’homme sont liés à un dysfonctionnement érectile, ce qui est lié au processus de vieillissement. Sans doute les troubles fonctionnels de la sexualité affectent-ils davantage les hommes que les femmes, du fait de leur visibilité plus manifeste, ce qui risque de conduire à une perte de confiance en soi sur le plan sexuel. Dans des cas extrêmes, l’homme redoutant une défaillance adoptera une stratégie d’évitement total, malgré un attrait persistant au sexe.

Chez la femme

La ménopause est souvent représentée comme le début de la fin pour une part de la féminité : sexualité, séduction… Il s’agit là d’une idée complètement fausse… Bien heureusement !!! L’évolution est, pour une large part, due à une diminution du taux d’œstrogène pendant la ménopause. Cette baisse d’œstrogène (hormone naturelle, sécrétée par l’ovaire, assurant la formation, le maintien et le fonctionnement des organes génitaux) conduit à une atrophie des ovaires, de l’utérus et du vagin, lesquels se rétractent et perdent de leur élasticité. En conséquence, les muqueuses vaginales s’assèchent, les femmes âgées pouvant alors ressentir des douleurs pendant l’acte sexuel, ce qui n’est pas chose rare.

L’activité sexuelle diminue autour de la ménopause, c’est certain. En Tunisie, Selon le Dr. Sharif et d’après un petit sondage en ligne sur la sexualité de la femme, 55 % d’entre elles sont sexuellement actives entre 50 et 59 ans, contre 7 % entre 60 et 69 ans, 3 % entre 70 et 75 ans et 35 % inactives. Parmi les femmes sexuellement actives, nous trouvons 58 % d’entre elles satisfaites de leur vie sexuelle. C’est dans les causes du mécontentement que se cache la première surprise : les femmes insatisfaites voudraient plus de sexe, pas moins ou pas différemment. Ceci va à l’encontre de l’idée classique selon laquelle la libido des femmes diminuerait avec la ménopause, et que le ralentissement de leur activité sexuelle en serait la conséquence logique.

Chez l’homme

L’homme subit une modification appelée andropause que l’on peut définir comme l’ensemble des manifestations physiologiques et psychiques survenant chez l’homme entre 45 et 70 ans, particulièrement en ce qui a trait à son activité sexuelle. Les plus importantes répercussions de cette modification sont, entre autres, une érection plus lente à venir et une éjaculation plus tardive ou précoce. La contrepartie de la baisse de la spontanéité érectile est que celui-ci peut maintenir des érections plus longues sans éjaculer. On peut donc dire que tant que le désir et l’intérêt porté à la vie amoureuse sont présents, il suffit d’être en bonne santé morale et sexuelle pour que l’érection reste satisfaisante.

Tous égaux dans le désir

Pour les hommes comme pour les femmes, « malgré les modifications physiologiques, le sujet du troisième âge continue d’éprouver des besoins sexuels », nous dit le Dr. Sharif. Ce qui n’exclut pas le fait que les relations sexuelles soient légèrement modifiées. Le point commun majeur entre les deux sexes est inévitablement la monotonie et l’ennui des rapports conjugaux… la fatigue physique et mentale, les infirmités physiques et mentales dont l’incidence s’élève après quarante ans.

En revanche, le vieillissement sexuel n’altère pas le désir et la capacité sexuelle. Nous pouvons en déduire que les modifications sexuelles ne sont pas les plus handicapantes dans les rapports sexuels des personnes âgées.

Masters et Johnson (sexologues américains), pionniers de la sexualité humaine dans le monde, affirment que « la sexualité féminine ne connaît pas de limite d’âge ». Pour ce qui est de l’homme, ils affirment que, placé dans des conditions physiques et émotives convenables, l’homme conserve et garde assez fréquemment sa capacité sexuelle, jusqu’à quatre-vingts ans et même plus !

Accepter les changements

Outre les modifications purement physiologiques et physiques, les relations des personnes âgées peuvent être influencées par des facteurs psychologiques… Le vieillissement est pour chacun synonyme de perte, et c’est cela qui le rend douloureux. Le corps se transforme, le visage change, l’image de soi prend des années dans le regard des autres. C’est ainsi que plusieurs facteurs internes ou externes, entrant en jeu au cours du vieillissement, peuvent être la cause de difficultés, entraînant de profonds remaniements de l’appareil psychique, à savoir : maladie, handicap, grand-parentalité, décès… Or, il est reconnu aujourd’hui que la santé sexuelle est bien une composante de la santé globale. Et grâce aux progrès de la médecine, pour ceux qui le souhaitent, les traitements de la dysfonction érectile peuvent aider. Même chose pour les femmes, grâce au traitement hormonal local, sauf contre-indication, qui peut éviter sécheresse et atrophie. Pas question pour autant de vouloir absolument médicaliser la sexualité des seniors et de se mettre en quête de la performance.

Il faut accepter les modifications du corps, par exemple le fait pour un homme de mettre plus de temps à obtenir une érection. Mais il n’y a pas de norme.
La sexualité normale, c’est la sexualité dont le couple a envie !